Ma lecture de « Défaite de Famille » : les turpitudes d’une famille ordinaire vues par Orelsan

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Mathilde commente le clip et le making of de « Défaite de Famille », l'un des titres du nouvel album d'Orelsan, « La Fête est finie ». Primé trois fois aux Victoires de la Musique, le rappeur a déjà vendu plus de 400 000 exemplaires de son dernier album.

Ma lecture de « Défaite de Famille » : les turpitudes d’une famille ordinaire vues par Orelsan

Orelsan, pas besoin de te le présenter, si ? Le rappeur a sorti son troisième album studio, La Fête Est Finie, le 20 octobre 2017, et a connu un succès fulgurant : il a été disque d’or en trois jours, puis disque de platine en une semaine.

Peu après son film Comment c’est loin, Orelsan a lancé cet album avec le hit Basique et a même commencé sa tournée début février 2018.

À l’heure où j’écris ces lignes [mi-mars], le clip de Basique compte 50 millions de vues, et celui de Tout va Bien, second tube de l’album, 23 millions.

Le troisième clip de l’album, Défaite de Famille, est sorti le 28 février 2018. Si tu as déjà lu quelques uns de mes articles, il est possible que tu aies remarqué que je suis assez fan d’Orelsan.

Si je t’en parle sur madmoiZelle, c’est pour développer en particulier le propos de Défaite de Famille, un titre que j’ai trouvé particulièrement hilarant et parsemé d’un humour piquant. Le clip a encore renforcé cet effet pour moi.

Le 22 mars 2018, c’est son making of qui est venu approfondir encore le propos de l’artiste.

Défaite de Famille, comment en faire prendre pour son grade à tout le monde

Orelsan a utilisé pour ce titre un procédé similaire à celui grâce auquel il avait écrit Suicide Social. Il s’agissait d’une critique d’une société dans laquelle chacun et chacune avait des torts, caricaturés à l’extrême.

Avec Défaite de Famille, Orelsan s’intéresse cette fois‑ci aux retrouvailles familiales.

Le rappeur attaque fort dès le premier couplet. Alors qu’il est visiblement au milieu d’une réunion de famille, durant laquelle on lui demande une chanson, il accepte… Et s’exclame :

« Puisqu’on est tous réunis ici

Pour chanter les démons d’minuit

Manger d’la mousse de canard sur des blinis

Danser sous les stroboscopes de Gifi

J’ai préparé un p’tit speech

Parce j’dois vous avouer un petit détail de ma vie :

J’déteste les fêtes de famille. »

La suite des paroles est un enchaînement de punchlines hilarantes, mais pas moins féroces pour autant. Orelsan critique tous les travers de la « bonne petite famille française », et ce sans mâcher ses mots.

« Vincent, t’as le même âge que moi, pourquoi t’es quand même plus vieux ? »

Alcoolisme, blagues vaseuses, adultère, fausses discussions politiques, beauferie, racisme… Le chanteur écorche sans vergogne les clichés de « tonton raciste » et autres « tatiemophobe ».

Orelsan met en scène et critique à la fois sa propre vision du monde

J’avoue, j’ai été surprise lorsque j’ai découvert un clip tourné comme une série de stories Snapchat, dont chaque protagoniste est incarné par Orelsan, lui‑même.

Muriel dont les yeux sont aussi vides que son esprit, Papy mytho qui tente de persuader qu’il a toujours été un héros, ou encore Arnaud obsédé par ses réseaux sociaux, ce ne sont pas moins de 27 personnages que joue le rappeur, donnant une tournure nouvelle à son texte.

Une des premières questions qui m’est venue a l’esprit a été : « Comment a‑t‑il fait ? »

J’ai pu lire dans plusieurs articles sortis peu après ce clip qu’il avait été tourné à l’Iphone. Et du coup, quid des effets spéciaux ?

Ma curiosité a été telle que j’ai foncé dès que j’ai vu qu’un youtubeur avait sorti une vidéo expliquant une hypothèse sur la réalisation de ce clip.

Cependant, cela n’a pas suffi à désaltérer mon intérêt. C’est chose faite à présent, puisque le making of du clip a été publié sur la chaîne d’Orelsan !

Je te laisse le regarder ci‑dessous.

Le fait qu’Orelsan soit, à travers l’image et malgré le maquillage, la cible de ses propres critiques, rend encore plus profond (et drôle) son rap.

Cette mise en abîme montre à quel degré il balance ses vacheries, et spoiler alerte : c’est plus que du second degré.

À lire aussi : Comment reconnaître un article ironique sur Internet ? Le tuto tout simple !

Il prend un véritable recul sur ses propres affirmations, et permet grâce à cela de souligner la différence entre l’artiste et le personnage. Car, et ses anciennes productions le montrent, Orelsan est à la fois un créateur et sa propre marionnette. Son album avec Gringe ou la série Bloqués en sont deux exemples.

Malgré la distanciation de l’artiste, j’ai reconnu dans ces caricatures quelques uns des traits de caractère de membres de ma famille… Voire de moi‑même.

Son making of montre encore plus l’aspect « cliché » duquel il joue sur les personnages. Il est le premier à leur donner des surnoms peu flatteurs comme « tonton bourré », et s’amuse, une fois déguisé, à les parodier autant que possible.

Comme lorsqu’il prétend avoir fait fortune avec son entreprise de roulements à bille (j’ai beaucoup ri). Le plus fou, selon moi, c’est que le sérieux avec lequel il interprète ses personnages en rend certains très crédibles !

Quelque part, son discours acerbe n’est à mon avis pas qu’une moquerie. Finalement, n’est‑ce pas une façon critiquer, sous la caricature, les pires travers de ces fameux papiraciste et tatiemophobe ?

À lire aussi : Le féminisme selon « Bloqués », mon épisode préféré (mise à jour)

D’autant plus qu’Orelsan affirme régulièrement combien il aime sa famille. Sa grand‑mère Janine a même fait une apparition dans son film et son clip J’essaye, J’essaye (ce qui est excessivement mignon).

Janine a d’ailleurs découvert le dernier album de son petit‑fils, Défaite de Famille inclus, sous les caméras de Quotidien.

Je trouve leur complicité super touchante.

Même si Janine a moins d’engouement pour le titre Défaite de Famille, elle acquiesce avec énergie lorsque la journaliste lui demande si « c’est du bon rap », et ne peut s’empêcher de se déhancher au rythme du beat des instrumentaux.

Alors, le succès d’Orelsan serait un savant mélange de cracher sur tout le monde et cracher sur lui‑même ?

Du rappeur polémique à l’artiste d’aujourd’hui

Orelsan a longtemps été critiqué, et ce n’est pas fini, puisque suite aux trois Victoires de la Musique qu’il a remportées cette année, une pétition avait été lancée pour les lui faire retirer, comme le raconte ce très bon article paru sur France Culture.

Cependant, de plus en plus de critiques s’accordent à qualifier La Fête Est Finie d’album « féministe » notamment pour son titre Bonne Meuf.

J’ai beaucoup aimé le fait qu’il utilise ce même morceau dans son making of, lorsqu’il est déguisé en femme. Le second degré et la distanciation entre la personne, l’artiste et ses personnages m’apparaissent d’autant plus frappants.

J’ai découvert également que même l’association Ni Putes Ni Soumises, qui, à l’époque de ses chansons polémiques Sale Pute et Saint Valentin avait lancé des poursuites contre l’artiste, s’est positionnée contre la pétition demandant le retrait des Victoires.

J’entends de plus en plus parler d’un artiste « grandi », d’un rappeur « qui a mûri »… Et qui conquiert un bon nombre de critiques.

C’est justement le propos de l’interview d’Orelsan par Mouloud Achour dans Clique, interview en deux parties dont la première revient sur son parcours, et son évolution.

Il y parle également de ses inspirations, et évoque sa relation au féminisme, puisque c’est ce qui est le plus souvent questionné chez lui.

Une des phrases d’Orelsan qui m’a marquée dans cette interview était une où il s’adressait aux médias, leur disant « on fait plein de trucs positifs dont on ne parle jamais ».

Voilà qui m’a donné encore plus envie de traiter le making of et la sortie de ce clip en particulier, d’abord parce qu’il m’ont plu, également car il est un joli tour de force en termes de réalisation, mais aussi et surtout pour ce qu’il dit de notre fonctionnement familial, en France. Nos fêtes de famille, nos traditions… Et tout ce qui en découle.

Car on le constate, malgré toutes ses critiques, la conclusion d’Orel est sans appel :

« Mamie je t’aime ; à l’année prochaine. »

Comme sa grand‑mère ?

Ça me donne envie d’aller passer une vraie fête de famille avec lui, comme il le dit à la fin de son making of !

À défaut, c’est peut‑être le moment pour moi d’appeler mes grands‑parents, ou ce cousin que je n’ai pas vu depuis longtemps… Parce que malgré les défauts de ma famille, même si nous sommes parfois l’archétype d’une famille aux traditions gravées dans du marbre, j’aime chacun de ses membres très fort.

D’ailleurs, sans ces rituels codifiés, sans ces travers agaçants de chacun et chacune d’entre nous, nous ne serions certainement pas si liés, puisque notre force, c’est que plus que s’aimer malgré nos défauts, nous nous aimons avec ceux‑ci.

Et toi, qu’en penses‑tu ? Crois‑tu qu’Orelsan exagère, ou représente‑t‑il relativement fidèlement nos familles aux nombreux travers… Mais qui font aussi qu’on l’aime comme elle est ?

Viens me parler de ta relation à ta famille dans les commentaires !

Si tu le souhaites, tu peux te procurer l’album La Fête Est Finie à la Fnac pour 13,99€ !

À lire aussi : Pourquoi ma famille est un pilier fondamental dans ma vie

Mathilde Trg


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Commentaires
  • Kaus Australis
    Kaus Australis, Le 5 avril 2018 à 20h17

    @Cornélie non c'était pas tout à fait ce que je voulais dire, désolée si c'était pas compréhensible; ce que je veux dire, c'est qu'on ne se découvre pas des idées en écoutant un artiste, comme ça, pouf. Il y a un cheminement qui nous amène à nous intéresser à une oeuvre parce qu'elle nous parle plus qu'une autre, que ça correspond à nos idéaux ou qu'on s'y identifie.
    Une fois que c'est dit effectivement ça peut sonner comme «les fans d'Orelsan aiment Orelsan parce qu'il est sexiste et eux aussi». Mais c'est pas ça. Pour moi Orelsan c'est d'abord une rage destructrice et un sentiment de mal être, avant d'être des paroles violentes envers son ex (fictive ou réelle, perso ça m'est égal). Qu'il décide de manifester cette rage à travers un texte où il fustige son ex, pour moi ça ne me parle pas en soi (je n'ai jamais haï quelqu'un au point de penser à le/la trucider), mais le fond ça me parle. C'est comme écouter Suicide Social, je me sens visée par certains passages, j'en désapprouve d'autres, mais au fond le fond, justement de la chanson, je l'ai. J'ai pensé de la même façon que lui, sans pour autant avoir une approbation totale avec ce qu'il dit.
    Quand on apprécie un artiste ça ne signifie pas qu'on aime forcément tout de lui. Mais généralement on s'y retrouve de façon globale, c'est pas un hasard si on aime.

    Pour Peste Noire, c'est loin d'être évasif ou de n'être basé que sur l'émotion; il y a des idées politiques clairement définies. Pour Orelsan finalement la manifestation de la rage part dans tous les sens, un coup c'est les néonazis qui le font chier, un coup les bourges, un coup les prolos, un coup les parisiens... au final le fait que ça ratisse large n'a pas du tout le même intérêt que s'il s'acharnait sur une seule personne: on comprend que c'est lui qui rage, c'est le sujet de ses chansons, son contenu précis en soi c'est une excuse pour s'énerver.

    Du coup, les fans de Orelsan partagent peut-être, plutôt qu'une vision du monde sexiste ou machiste, cette rage justement. D'où le fait que je crois qu'on peut y trouver son compte sans pour autant être sexiste.

    Du coup tu vois ce que je veux dire?


    Pour le personnage... perso j'y crois, c'est mon avis, et quand bien même ce n'est pas un personnage mais lui même ça ne me choque pas. On a tous des pensées très sombres par moments (je crois? Je suis psychotique j'en sais rien) et pour moi l'art sert à les extérioriser. On laisse tous une part de nous même dans ce qu'on fait, un bon auteur de roman qui écrit quelque chose de réaliste, pour donner du crédit à ses personnages, leur insuffle une partie de lui même dans sa personnalité et ce pour chaque perso-de la plus belle personne au dernier des enculés. C'est le meilleur moyen pour que ce soit crédible. Sinon bonjour les stéréotypes.

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