Ordinateur de mon coeur

Informatique et super-pouvoirs L’ordinateur est partout. Au boulot ou dans la maison, sur un meuble conçu spécialement pour l’accueillir ou sur une table qui n’en demandait pas tant, il trône dans toute la splendeur de ses câblages. En version mini (PDA, comme on dit), il se fait oublier dans la poche de son propriétaire, en […]

Informatique et super-pouvoirs

L’ordinateur est partout. Au boulot ou dans la maison, sur un meuble conçu spécialement pour l’accueillir ou sur une table qui n’en demandait pas tant, il trône dans toute la splendeur de ses câblages. En version mini (PDA, comme on dit), il se fait oublier dans la poche de son propriétaire, en version portable, il le suit dans ses pérégrinations… Imaginer la vie sans lui est assez difficile aujourd’hui. Mais il n’en a point toujours été ainsi.

Au temps jadis, l’ordinateur était un immense artefact à peu près de la taille d’un 4×4, un gros veau aux pouvoirs ésotériques qui coûtait l’équivalent d’un PIB. Rare, cher et entouré d’une aura quasi-magique, la machine infernale avait entre autres le privilège d’accomplir dans les films et les séries des prouesses dignes d’un Harry Potter binaire : besoin de sortir son héros d’un mauvais coup, besoin d’aider son méchant à détruire la planète ? Quoi de mieux que les super-pouvoirs d’un… ordinateur ?

Ce Bond commence à me courir sur le porte-chaussettes. J’ai bien envie de lui réserver une mort atroce.
– Sensass ! Si on le plongeait dans un bain d’acide ?
– Hmm… Trop surfait.
– On le fait bouffer par une armée de fourmis rouges ?
– Non, pas assez bat’. Je veux du moderne, que diable !
– On l’attache à un Solex, alors ?
– Quelle tâche vous faite. Pourquoi m’a-t-on collé un second rôle aussi nul ? J’ai une bien meilleure idée. Je vais utiliser la puissance de mon ordinateur révolutionnaire pour détourner les missiles de la NASA et atomiser ce connard présomptueux pile sur son lit d’hôtel.
– Dr Neau, vous êtes formidable.
– Je vis avec mon temps, tout simplement.

Un clic et tout gicle.

Notons que cette tendance hyper-technophile n’a pas disparu des fictions, où un programme machiavélique reste un bon moyen d’expliquer l’inexplicable (loin derrière le virus ou l’épidémie, arme absolue du scénariste dans le vent).

Ordinateur et super-peurs

Avec le temps, le prodige a perdu en volume, baissé en prix et gagné en popularité, si bien qu’à l’heure actuelle, plus de 50% des foyers français ont leur propre compiouteur. Certes, la bête reste beaucoup moins commune qu’une brosse à dents, mais le citoyen français maîtrise de plus en plus l’art de l’azerty. Plus répandu qu’autrefois, l’objet n’a toutefois pas perdu de son mystère pour tout le monde. Et si les enfants de 3 ans manient la souris mieux que leurs sphincters, bon nombre d’adultes, eux, continuent à en chier.

Oh, avouons-le : il est aisé de se moquer du malhabile. Celui qui, faute d’apprentissage ou de pratique de la bête, peine à l’allumer et en bave sur le clavier (syndrôme dit de la « frappe à doigt unique »). Celui qui, par peur de faire n’importe quoi ou peur du ridicule, reste paralysé face à l’écran comme Indiana Jones face au serpent*. Pétrifiés à l’idée de faire imploser le bazar en appuyant sur la mauvaise touche ou disparaître un document l’espace d’une mauvaise manip, ces mal-aimés (ou mal-aimants ?) de l’informatique osent donc rarement explorer eux-mêmes le potentiel de la machine.

Dédé ? Comment tu fais pour effacer un mot, déjà ?
– Tu te rappelles plus ?! Je te l’ai expliqué y a 5 minutes, merde ?!
– Oui mais j’ai pas noté…
– Mghrpl. Tiens, voilà comment faut faire. Regarde bien cette fois, hein ?
– Ah ben je le savais !
– Pourquoi t’as pas essayé, alors ?
– Je voulais pas faire n’importe quoi…
– M’enfin. C’est pas en appuyant sur une ou deux touches que tu vas bousiller le bébé, tu sais.
– Je sais…
– Ben alors fais. Bon, je te laisse te débrouiller, maintenant.
– Attends ! Attends, c’est quoi ce message bizarre ?!! « Une erreur fatale est survenue… Windows va devoir fermer… Envoyer le rapport d’erreur » ? J’ai rien fait, je te jure, hein !
– Mais c’est rien, ça fait ça de temps en temps. Tu cliques là tu t’en fous.
– Pffiou. « Erreur fatale »… On se croirait dans Mission Impossible, huhu !
– C’est aussi mon impression…

Heureusement pour ces exclus**, avec le temps, l’entraînement et surtout un peu de désinhibition, rien ne les empêche de passer de coincés du clic à virtuoses du 0-1. Suffit pour cela de se rappeler que si les enfants apprennent si vite à apprivoiser leur ordi, c’est que un : ça les fait marrer et deux : ils n’ont pas peur de tout tester. Eux.

* Pour plus d’informations, voir Indiana Jones et la Dernière Croisade. Inculte.
** Ne ris pas : jadis, j’en ai fait partie.

L’ordi, cet ami ; l’ordi cet ennemi

Même une fois le minimum de savoir acquis pour maîtriser l’outil, tout le monde n’a pas le même rapport à l’ordinateur. Il y a ceux qui sur le plan émotionnel, l’investissent à peu près autant que leur fil dentaire*. Pour ces fonctionnels purs, l’ordinateur n’a pas d’âme. Il s’agit tout au plus d’un outil qui plante, rame et se chope des virus.
Et puis il y a ceux qui ne peuvent s’empêcher de lui prêter des émotions et une personnalité. Pour eux, l’amas de plastique et de micro-processeurs prend tantôt des allures d’animal retors et imprévisible, tantôt de compagnon fidèle qui attend son propriétaire le disque dur frétillant. Le tout parfois dans la même journée :

Allez petit, tiens le coup… On en a fait, du chemin ensemble, tu vas pas me lâcher maintenant ? Pas juste au moment de boucler ce putain de mémoire (dont j’ai pas de copie parce que je suis assez conne pour te faire confiance) !… Dire que j’ai sacrifié mes vacances pour t’acheter, à l’époque. Et tu me fais ça ? Allez… Allez…
… RAAAAH ! Mais tu vas redémarrer, oui, furoncle d’outre-tombe !!!

C’est ce qui s’appelle saturer du disque dur…

* Puisqu’il était question de brosse à dents quelques lignes plus haut, continuons dans la comparaison bucco-dentaire.

A ordi qui rame, menace de psychodrame

Tout comme la pénurie de bouffe révèle les personnalités sur Koh Lanta, un ordi qui plante en dit assez long sur le rapport que chacun de nous entretien à la difficulté, à l’imprévu, bref, aux grandes énigmes de l’existence. Loin de moi l’idée de ma lancer dans un profilage en règle des utilisateurs-types : tout le monde sait que ce que je dis, c’est du pipeau, alors pourquoi me casser le fût à réfléchir ? Hu ? Intéressons-nous simplement aux cas extrêmes, toujours plus faciles à décrire. A l’une extrémité du spectre : les chevaliers de l’impossible. Ces individus qui, tels des Mac Gyver de l’informatique, prennent la moindre défaillance comme un défi personnel. Impossible de faire appel à un tiers, impossible d’abandonner, impossible de paniquer : dussent-ils y perdre l’esprit, ils se coltineront au problème jusqu’à bidouiller une solution. Etonnante persévérance, admirable sang-froid…Notons tout de même qu’à voir la lueur extatique qui saisit certains d’entre eux au moment de la solution, on est en droit de se demander si ces explorateurs de Windows (POUEET : jeu de mots !) ne cherchent pas la défaillance informatique pour l’adrénaline qui va avec…

A l’autre extrémité du spectre : le gagne-pain et le fardeau des hotlines du monde entier, j’ai nommé l’UP ou Usager Paniqué. Celui qui n’y pige que dalle ou/et perd son sang froid tellement vite que l’assister nécessite un Doctorat de Psychologie.

Masosoft à votre service, bonjour ?
– Oui allô ? Mon ordi marche pu.
– Ah je me doute que vous m’appelez pas pour un micro-ondes, hein ? ha ha !
– Je me suis trompé de numéro, c’est ça ?
– Non non, monsieur. Pardon, allez-y je vous écoute.
– Mouais. Pas marrante vos blagues… Je vous appelle parce que mon putain de PC à planté. L’écran s’allume mais rien ne s’affiche.
– Ah. Vous avez vérifié que les câbles d’alimentation sont bien branchés ?
– Je veux, qu’ils sont bien branchés ! Vous me prenez pour une burne ou quoi ?
– Non monsieur.
– Vous vous foutez de ma gueule, c’est ça ? Vous rigolez avec vos collègues derrière ?
– Mais non monsieur, je ne fais que mon tr…
– J’ai bac + 7 et un QI de 160, mon bon ami. Alors vos sarcasmes de petit informaticien de mon cul, vous pouvez vous les fourrer dans le port USB !
– Euh…
– Tout ça parce que ça s’y connaît un peu en informatique ça se croit les rois du monde…
– Tûut-tûuut-tûuuut…
– Ouais c’est ça, casse-toi : de toute façon tu sers à rien.

L’informatique, trait d’union entre les hommes.

Vie et mort d’un ordinateur ordinaire

Aussi puissant et respecté qu’il fût au moment de sa sortie, l’ordinateur a tôt fait de passer de « hi-tech » à « past-tech ». Frappé dès sa naissance de vieillissement accéléré, le playboy aux micro-processeurs rutilants a à peine le temps de sortir qu’il est déjà dépassé. Et à chaque semaine qui passe, pépère perd de sa valeur pour devenir une sorte de vieux beau qu’on garde parce qu’on sait que personne d’autre ne voudra de lui (quiconque aura un jour tenté de revendre un ordinateur d’occasion sait combien l’exercice est difficile).

Qui pense au destin tragique de ces stars de l’éphémère, qui naissent et meurent au rythme effréné de la société de consommation ? Qui pense à ces ex-prodiges qui, après avoir légué quelques composants au recyclage, finiront leurs jours à la décharge en compagnie des Tatoo, Tam-tam, Bi bop, Minitel et autres Super Nintendo ?

Yo, t’es nouvelle dans le coin ?
– Ouais. Arrivée hier. Finie, inutile… Et j’ai même pas duré 5 ans ! J’aurais dû imploser quand il en était encore temps.
– Bah, 5 ans c’est bien, ma poule. Là-bas j’ai un Mac vieux de 2 ans. Victime d’un geek un peu trop entreprenant. Le salaud l’a usé jusqu’à la mœlle.
– En parlant d’usure… Je ne reconnais pas ton modèle… Tu daterais pas un peu, nan ?
– Si. MO5 de Thompson et fier de l’être. J’aurais pu être exposé au musée mais la gloire c’est pas mon truc. Et pis franchement, qui voudrait se faire mater à longueur de journée comme un animal en cage ?
– Moi.
– Ha ! Typique des nouvelles générations, ça. La gloire, la gloire, la gloire…
– C’est sûr qu’avec ton design de merde, la gloire ça risque pas d’être ton truc.
– Je te sens agressive… Tiens, prends donc une petite barrette de mémoire. C’est de la bonne.
– Je sais pas si je peux…
– Ici, il est interdit d’interdire, mon chou.

Ô, objets, avez-vous donc une âme ? Et si oui, est-elle plutôt Apple ou Microsoft ?

Pour terminer, un florilège de publicités d’un autre temps. C’était il y a quelques années…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lou'e
    Lou'e, Le 24 juillet 2007 à 21h13

    Huhu !Vraiment super cet article ! J'adore <3

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