Océanerosemarie révolutionne l’humour militant, dans « Chatons Violents »

Océanerosemarie présente Chatons Violents à Avignon — un seule en scène caustique, extrêmement drôle, et terriblement pertinent. Le coup de coeur de Clémence Bodoc à Avignon.

Océanerosemarie révolutionne l’humour militant, dans « Chatons Violents »

Il paraît qu’à Avignon, le bouche-à-oreille vide et remplit les salles plus vite qu’une critique de Télérama. À peine arrivée dans l’enceinte, les rues de la villes me soufflaient d’aller voir Chatons Violents au théâtre des Béliers…

La rumeur est si persistante que le spectacle affiche complet plusieurs soirs à l’avance, et en sortant de la salle, j’ai compris pourquoi : la claque !

L’humour politique du futur

Si Kyan Khojandi est un humoriste « 3.0 », Océanerosemarie incarne le renouveau de l’humour « politique ». Je ne vous parle pas d’imitations d’hommes politiques, non, je vous parle de sketchs à résonance politique, militante. Vous savez, ceux qui prennent une idée reçue largement partagée, et qui s’en moquent gentiment pour provoquer l’adhésion du public ?

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Océanerosemarie fait la même chose, mais elle prend le contrepied de ces idées reçues, pour rectifier le tir. Les femmes, les homos, les Roms, les putes, les lesbiennes, tous ces groupes stigmatisés dans la société sont la cible régulière des humoristes — mais c’est pour rire, bien sûr ! Ils et elles ne sont pas « vraiment racistes », homophobes, misogynes, et j’en passe.

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Il est entendu que « les PD » et autres « gouines », les « rebeus », les « racailles » et compagnies font partie de la blague… « il est entendu », oui, mais a-t-on écouté les premier•es concerné•es ? Celles et ceux qui en ont peut-être marre d’être de la chair à vannes, dans une société qui tend tout de même à les mépriser ?

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Ah, voilà, je sens que je viens de perdre ceux et celles d’entre vous qui penseront ou s’exclameront « on ne peut plus rien dire », et invoqueront Desproges (à tort) pour justifier leur besoin de vanner les minorités. C’est pour « dédramatiser », vous comprenez.

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La culpabilité des « BBB » et nos bonnes consciences dominantes

Ce besoin de « dédramatiser » provient surtout majoritairement d’un seul et même groupe social, qui n’est d’ailleurs pas vraiment majoritaire, mais qui occupe une position dominante. Ce sont ceux qu’Océanerosemarie surnomme « les BBB » : les « Bons Blancs Bobos ».

Et oui, pour les BBB, le rappel constant à leur position de « dominant » est un vrai sacerdoce, dans cette société hiérarchisée dont ils ignorent les strates ! Normal, puisqu’ils en occupent la tranche supérieure.

Océanerosemarie égratigne le vernis des bonnes intentions qui masquent une discrimination sociétale profondément ancrée, à coups de griffes précises et acérées. Il n’y a pas une ligne en trop dans ce texte finement brodé de références à l’actualité, ponctué de punchlines aussi drôles que pertinentes.

J’ai ri, tellement ri pendant ce spectacle, d’un rire cathartique, presque thérapeutique, comme une vengeance envers tous ceux qui me soutiennent que « nan mais en France, ça va, sérieux, le racisme, le sexisme, c’est fini chez nous, et puis c’est pire ailleurs, t’as vu ».

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La culpabilité est un moindre mal

Chatons Violents porte son nom à merveille : seule en scène, Océanerosemarie incarne plusieurs personnages, aussi attachants (parce qu’ils nous ressemblent) qu’insupportables (parce qu’ils montrent nos contradictions), mais aussi caustique et impertinente qu’elle puisse être, elle nous égratigne à peine.

Elle rappelle que la culpabilité qui ronge les « BBB » et tou•tes celles et ceux qui se rangent à leurs côtés est un bien moindre mal ramené à la violence que subissent toutes les personnes ostracisées, discriminées parce que « différentes » d’une manière ou d’une autre, d’une apparence, d’un patronyme, d’une culture ou d’une nationalité, d’une religion ou d’une orientation sexuelle.

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En 1995, Chirac disait qu’il y avait en France « une fracture sociale », qu’on a depuis laisser gangréner, si bien qu’en 2015, la plaie s’est ré-ouverte, et elle est si profonde et dégueulasse qu’on peine à savoir par quel bout l’attaquer.

Chatons Violents, c’est un bon gros coup de désinfectant sur les problèmes accessoires, la culpabilité des dominant•es, l’immobilisme des puissant•es et l’ignorance de toutes celles et ceux qui subissent aussi leur lot de discrimination, et préfèrent enfoncer les autres, ceux et celles qui prennent encore plus cher qu’eux.

À la fin du spectacle, toute la salle s’est levée. Preuve s’il en fallait qu’il y a des vérités difficiles à dire, à entendre, mais qui peuvent néanmoins divertir, lorsqu’on a le talent de savoir les délivrer.

Allez voir Chatons Violents, à Avignon au théâtre des Béliers tous les soirs à 22h30. Océanerosemarie se produira à Paris à partir du 4 octobre, à la Gaîté Montparnasse, les dimanches et lundis à 20h30. Personnellement, j’y retournerai !

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