Nina Simone, « prêtresse de la soul » et de l’amour

Nina Simone s'est éteinte il y a douze ans jour pour jour, dans son village du sud de la France, à l’âge de soixante-dix ans. Retour sur l’œuvre d'une artiste au parcours exceptionnel.

Nina Simone, « prêtresse de la soul » et de l’amour

Il y a plusieurs années de cela, un peu par hasard, j’ai plongé dans la discographie de Nina Simone… pour ne plus jamais refaire surface. La voix, les textes, la femme : j’aime tout chez cette chanteuse ! Alors si je peux convaincre quelqu’un d’écouter une seule chanson d’elle aujourd’hui, je considérerai ma mission sur Terre accomplie.

Au cours de sa carrière, Nina Simone s’est essayée à de nombreux styles musicaux, du jazz à la soul en passant par la pop et le blues… Mais le fil directeur de sa musique a toujours été son thème : Nina Simone aime l’amour. C’est un peu son kif, son dada, le truc qui l’a toujours obsédée, et attention, je parle d’amour sous toutes ses formes. Le romantique, l’altruiste, et même l’auto-amour – non, je ne vous parle pas de la masturbation… Je vous parle de l’amour de la vie, baby ! Ce qui est une forme d’auto-amour selon moi, puisqu’aimer sa vie, c’est aussi s’aimer, un peu, non ?

Plutôt que de vous ressortir un condensé de sa page Wikipédia, je vais plutôt vous présenter quelques-unes des chansons phares de Nina Simone. Branchez vos écouteurs, c’est parti !

Nina Simone in love

Attention, on commence avec du lourd.

You Can Have Him, la plus belle chanson jamais écrite sur une fille qui est clairement amoureuse d’un gus, mais qui tente de se convaincre que ça lui est égal si d’autres sortent avec lui. Elle n’a pas été écrite par Nina Simone (c’est Irving Berlin qui a pondu cette merveille), mais elle l’interprète à la perfection !

Les paroles disent :

« Ma chère, il serait bien mieux avec toi
J’ai bien peur de ne jamais l’avoir aimé
Tout ce que j’ai toujours voulu
C’était passer mes doigts dans ses boucles
Rapiécer ses caleçons et repriser ses chaussettes
Lui apporter ses pantoufles et lui retirer ses chaussures
Essuyer ses lunettes quand il lit les nouvelles
Caresser son front tout doucement
Les lendemains de soirées où il a un peu trop bu
L’embrasser gentiment quand il se fait câlin
Et lui faire des bébés, un par an
Donc tu vois, je n’en veux pas, tu peux le prendre
Tu peux le prendre, je ne veux pas de lui
Il n’est pas l’homme pour moi »

Ma réaction à l’écoute de cette chanson est un long soupir durant trois minutes. C’est l’expression parfaite des sentiments difficiles à assumer, et de la torture que c’est de fantasmer sur une personne sans que ces rêves ne se réalisent. Remplace « mec » par « fille » ou par ce que tu veux, et You Can Have Him devient un hymne universel au crush inatteignable ! Et je dis ça alors que j’ai envie de rapiécer les vieux slips sales de personne.

À ne pas écouter en période de rupture.

Si un jour tu te retrouves à devoir tourner une scène triste dans un film, un conseil : écoute ce morceau une seule fois, ça suffira. Ne me quitte pas n’a bien évidemment pas été écrite par Nina Simone — on connaît tou∙te∙s la version de Jacques Brel ! Pour autant, je trouve cette interprétation environ mille fois plus émouvante que celle de notre compère du Plat Pays – serait-ce l’accent de Nina qui rend le texte encore plus beau, encore plus fragile et déchiré ? Serait-ce l’orchestration (elle a osé les violons dès la première seconde) qui lui donne toute sa puissance ?

Au final, on s’en fiche : ce qui compte c’est que cette chanson arracherait des larmes à une pierre.

Nina Simone, artiste engagée

« Le Mississippi, nom de Dieu ! » : composée à la suite du meurtre de Medgar Ever, un défenseur des droits afro-américains, à Jackson (Mississippi) en 1963, cette chanson déchaînée contre le racisme marque le tournant de Nina Simone vers des compositions plus politiques — un choix qui influencera tout le reste de sa carrière.

Nina Simone y explique que tout le monde sait parfaitement que le Mississippi, l’Alabama, le Tennessee sont des États racistes, et s’insurge : à quand le changement ? Le plus dingue, c’est quand (dans d’autres versions) elle s’exclame avant la fin : « Vous croyiez que je plaisantais, hein ? », ce qui nous rappelle qu’elle a longtemps joué cette chanson devant un public majoritairement blanc et mal à l’aise.

La chanteuse s’attaque ici à un problème qui ronge la population afro-américaine de l’époque : la fin de l’esclavage ne signifie pas la fin du racisme. Après s’être entendue dire pendant presque deux siècles d’esclavage qu’être Noir était quelque chose de honteux, de mauvais, et synonyme de bassesse, la communauté manque de confiance en elle pour s’affirmer dans la société américaine, qui est toujours très hostile.

Nina Simone cherche ici à lui redonner espoir : être « jeune, doué∙e et Noir∙e », c’est quelque chose dont on doit être fier∙e.

« Quand tu te sens au plus bas, souviens-toi de cette vérité : si tu es jeune, doué et Noir, ton âme est intacte. »

La vie, ce truc cool et sympa

« La vie », cela peut paraitre assez vague, comme thème. Pourtant, c’est le mot qui me vient instinctivement à l’esprit quand je pense à la manière qu’avait Nina Simone d’interpréter ses chansons sur scène : elle avait de l’énergie comme personne ! Du coup, cela fait aussi partie des thèmes qu’elle aimait aborder dans ses chansons.

Nina Simone nous file ici une petite analyse théorique de la pyramide de Maslow, pépouze, en chanson et tout. Cette chanson est une longue énumération des choses que Nina Simone a et n’a pas. Dit comme ça, elle semble quelque peu rasoir, mais écoute juste les paroles !

Elle n’a « pas de famille, pas d’argent, pas de maison, pas de chaussures »… mais elle a « son cœur, son âme, son dos, son sexe [… ] son foie et son sang ». La prochaine fois que tu te plains de ne pas avoir d’argent, tu seras bien content∙e d’avoir ton foie ! Non ?

Nina Simone est méga jouasse à l’idée de rentrer chez elle, et ça met de très très bonne humeur. Il en faut peu pour être heureux.

Méga combo de l’amour

L’amour, la vie et les droits de l’Homme réunis en un seul titre, tu croyais que c’était pas possible (à part dans une chanson des Enfoirés) ? Nina Simone te prouve le contraire avec The King of Love is Dead, une chanson composée dans les jours suivant l’assassinat de Martin Luther King (le 4 avril 1968).

Oui, cette chanson dure douze minutes, mais ce crescendo ! Cette force ! N’allez pas me dire que ça ne vous a pas filé des frissons partout…

Et enfin, parce que vous l’attendiez tou∙te∙s, et que parler de Nina Simone sans parler de Feeling Good, c’est un peu comme de parler de saucisson sans parler de Sophie Riche

Dites, c’est laquelle votre préférée ? Est-ce que vous aussi vous estimez que Nina Simone mérite d’être canonisée ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MookieA
    MookieA, Le 22 avril 2015 à 19h01

    Je l'ai découverte avec My Baby Just Cares For Me :jv: du coup, j'aurais toujours un faible pour cette chanson, et elle est douce et joyeuse, je n'ai pas l'impression que ça arrive souvent dans sa discographie. Bref, une voix magnifique, rien à jeter !
    Je connaissais l'engagement de Billie Holiday mais pas autant celui de Nina, sa chanson sur Martin Luther King m'a donné des frissons, elle est tellement belle :tears:

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