L’étrange cas de Nadine Morano sur Twitter – Les Chroniques de l’Intranquillité

Cette semaine, Ophélie se penche sur la présence des politiques sur les réseaux sociaux et plus particulièrement celle tout à fait notable de Nadine Morano, Ministre de notre chère contrée, sur le réseau Twitter.

L’étrange cas de Nadine Morano sur Twitter – Les Chroniques de l’Intranquillité

Je partage beaucoup de points communs avec Nadine Morano, tout d’abord elle est née à Nancy et moi à Épinal (en Lorraine, bande d’ignares), ce qui me permet de pénétrer habillement son mode de pensée (celui des gens élevés à la dure, dans le climat froid et hostile de l’Est de la France, région ô combien désertique, tant démographiquement qu’économiquement.) Mais Nadine Morano et moi avons un autre point commun, certes ce n’est pas le plus fédérateur mais, après tout, qu’importe ! Nadine Morano, tout comme moi, possède un compte twitter.

Je pourrais dire « Nadine Morano possède, tout comme moi, deux yeux, une bouche et un cerveau » (OH NON PARDON) que ça vous ferait autant d’effet, mesquins que vous êtes. Mais voilà qu’un beau jour de décembre, intriguée par le ramdam retentissant autour de son compte, voyant mes nombreux abonnés retweeter à tout va ses messages non sans y ajouter une pointe d’ironie, j’ai succombé, et j’ai décidé de suivre les pérégrinations virtuelles de Nadine Morano.

Twitter : merveilleuse innovation sociale ou trou noir à idées ?

Twitter est d’abord un réseau social, un outil de paraître et une force médiatique quelque fois, mais le plus souvent ce n’est qu’un espace personnel de plus, dédié à la vaine construction du culte de notre personnalité. Sur twitter, l’échange entre abonnés n’est pas la fonction la plus recherchée, malgré ce qu’on pourrait imaginer. Les médias nous vendent Twitter comme un formidable outil de journalisme, d’émancipation et d’information.

Certes cela est parfois vrai, mais gardons à l’esprit que la majorité des membres sont surtout des quidams aux passions bien légères et à l’ego trop enflé. Des fions, des piques, des insultes et des insinuations de mauvais goût, voilà ce qu’on lit en majorité sur twitter.

Si tu n’es pas ironique et mordant, tu n’es pas un bon twittos  (TWITTOS – ce terme qui était une blague entre twittos est repris désormais au premier degré dans tous les médias) car le véritable twittos fait scandale, assume le hater qui sommeille au fond de lui et il n’hésite pas à cravacher le dos de ses copains.

Twitter est également un site dit de « micro-blogging ». Car vous comprenez, tenir un blog c’est un peu chiant. Non seulement il faut écrire des articles, ce qui demande du temps et de la réflexion, mais en plus il faut gérer ses visiteurs, les commentaires et parfois même, gérer le site soi-même. Ça demande du temps, de l’énergie et du vocabulaire, tout ce que le monde moderne n’a pas (on préfère l’alcool, la drogue, les putes et les surgelés Picard).

La règle des 140 caractères sur twitter est une invention géniale pour tous les constipés intellectuels, les paresseux idéologiques, ceux qui, en somme, préfèreront toujours la surface des choses a l’introspection typographique.

Fut un temps où j’ai essayé, pour déconner (j’ai beaucoup d’humour), de suivre Eric Besson. J’ai abondamment fait circuler ses messages plus drôlatiques les uns que les autres sur mon compte, ce qui suscita le désamour de certains de mes abonnés. Par soucide popularité, j’ai dès lors cessé cette activité nuisible à mon Klout.

Puis l’ennui détrôna la puissance de la nouveauté et la fin de mon union avec Eric Besson fût venue.

J’ai suivi, en marge, l’éclosion des personnalités politiques sur Twitter; je ne m’y intéressais pas vraiment parce qu’il me semblait plus intéressant de suivre ponctuellement certains journalistes.

La politique de proximité, comme ils aiment à croire et à l’appeler, n’est qu’un magma boueux entre glorification égotique et populisme. Il est rare de trouver quelque chose de réellement intéressant sur ce média « alternatif » (hum) qu’est Twitter, tout simplement parce que, à mon sens, il n’est pas fait pour cela. Parce que la culture zapping et le politique devrait veiller à ne point trop se mélanger (proverbe africain datant du XVIème siècle).

J’en étais là de mes réflexions jusqu’à l’avénement de madame Morano qui, à elle seule, compilait les pires travers recensés jusqu’à présent.

Nadine Morano : quand le politique se soumet aux dictatures du cool

Je n’ai jamais été quelqu’un de très populaire et j’imagine que Nadine Morano, bien que populiste, n’a guère été la hipster des cours de récré et des hémicycles non plus.

Comme la popularité est la valeur la plus respectée sur twitter (et dans le monde en général, hélas), Nadine Morano a mis au point une stratégie des plus déroutantes : elle agite les bras, dans tous les sens, en espérant que quelqu’un s’en inquiète et vienne la regarder.

"Une fois en 4ème j'ai cassé mon stylo"

C’est à cela que ressemble son compte twitter : on y trouve des torchons et des serviettes entremêlées, elle y parle politique, glorifie notre bon président, apostrophe les dirigeants du PS, nous raconte heures par heures son réveillon, se venge des méchants qui se moquent d’elle.

"Vous êtes vraiment très très méchants"

Elle se ridiculise en 140 caractères, papote comme au bistro du coin, parce qu’elle est « nature » Nadine Morano, la vulgarité, c’est son crédo pour se rapprocher du français moyen.

Hihihihi le Père Noël il est chez moi, pas chez vous

En s’inscrivant sur ce réseau social et en décidant de l’alimenter personnellement (dans un reportage passé récemment à Envoyé Spécial elle explique qu’elle aime à twitter le dimanche matin, après une petite session de « marche rapide » à travers la forêt pleine de rosée – tout comme moi en somme !), Nadine Morano se plie à la dictature du festif, de l’hyperactivité et de la présence médiatique permanente.

Alors, Nadine multiplie les bourdes, dans son besoin boulimique d’actualité et de spectacle elle écrit avant même de réfléchir et ne contrôle plus rien de ce qui devait être une belle vitrine d’elle-même et de son oeuvre.

Nous, vous ne rêvez pas.

Sur Twitter on peut lire des centaines de citations de ses frasques, des moqueries et autres détournements drôlatiques sous le hashtag #moranofacts.

Alors on se demande (non je sais bien qu’en réalité on est davantage préoccupés par notre réveillon du 31 que par le cas Nadine M. mais faisons comme si). Nous nous demandons très sérieusement, donc, si la démystification du pouvoir est une si bonne chose que cela, s’il est bien utile de savoir que Nadine M. est une femme comme toutes les autres, une femme qui aime boire un petit verre au café des sports avec ses copains.

"J'vous l'avais bien dit !"

Est ce que nous devons laisser l’intime infiltrer le politique ? Est ce qu’Edouard Balladur aurait twitté pour râler parce que sa marionnette aux guignols est moche ?

À lire de bas en haut.

Nadine Morano a annoncé que la fréquence de ses tweets allait s’affaiblir à partir du deux janvier, bonne résolution spontanée ou peut être est ce parce que, mort de honte, l’UMP lui demande de se taire ?

Trucs et astuces de succès sur le réseau social par Nadine

"V'là le gros kiki que j'ai !"

Nous pouvons peut être encore rêver à un monde où les hommes politiques feraient de la politique au lieu d’être des guignols ? Hé, c’est la nouvelle année, on peut encore tout rêver.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Monoi
    Monoi, Le 24 avril 2012 à 5h52

    je t'applaudis pour les légendes des captures d'écran mortelles [​IMG]

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