Comme tout examen, le permis de conduire exige une sérieuse préparation qui a la particularité de se dérouler en deux temps : d'abord, l'apprentissage d'un nombre impressionnant de normes et de statistiques appelé Code la route. Une étape qui nécessite avant tout une solide mémoire et une patience en béton armé, deux qualités indispensables pour ingurgiter les nombreuses règles qu'il verra, toute sa vie, si souvent transgressées par les autres.
Ensuite vient une série de leçons pratiques visant à aider l'aspirant conducteur à maîtriser la route et son véhicule. Pour ce faire, le FJC rejoint plusieurs fois par semaine le chaleureux habitacle d’une voiture d’auto-école et conduit sous l’œil vigilant de l’affable moniteur chargé de l’instruire entre deux anecdotes personnelles. Les moniteurs d’auto-école sont en effet souvent loquaces, sans doute pour habituer le FJC à ne pas se laisser distraire par les assauts verbaux de ses passagers :
- Pfouah ! Qu’est-ce qu’y pollue, celui-là ! Pire que mon beau-frère.
- Hu
- Un jour, sa deux CV va le lâcher.
- Wû
- Mais comme c’est dans celle-là qu’il a connu sa femme, y veut pas s’en séparer.
- Wû.
- On a droit à l’histoire de leur rencontre à chaque repas de famille. Qu’est-ce qu’il est gonflant !
- Wû
- Et pis c’est Le King du Postillon. Pas intérêt à être en face quand il te dit « C’était en décembre, j’avais prêté main forte à cette exquise piétonne… »
- Wû
- Bah ? Pourquoi t’as pas tourné ? J’avais dit direction Cité des Bois Fleuris ?
- W… Oh merde.
Apprendre à ignorer les caquètements de la poule tu dois, petit scarabée.
En plus de cette formation de choc, le FJC a aujourd’hui la possibilité de se former à la conduite auprès d’un porteur de permis de son entourage. Une pratique appelée Conduite accompagnée. De nombreux FJC prennent ainsi la route leur mère/père/aîné sur le siège du passager. Le FJC ayant à parcourir un nombre donné de kilomètres pour valider son apprentissage, chaque déplacement est soigneusement noté sur un livret, et tout devient prétexte à « faire conduire le petit/la petite ». Le volant devient un compagnon, le kilométrage une obsession :
- Allez viens, on va voir la mère de ton père.
- Ah ? On y va jamais, d’habitude
- Normal : je peux pas la blairer. Mais elle habite à au moins 100km. Ca te fera conduire, ma fille.
Le permis n’est pas toujours le meilleur ami de l’environnement…
L’accompagnant ne possédant pas la « double pédale » magique grâce à laquelle les moniteurs rattrapent les loupés de leurs apprentis, la conduite accompagnée est un véritable test de confiance. Test que certains parents passeront main crispée sur le siège passager, regard braqué sur la route et ulcère vissé à l’estomac…