En théorie, on devrait être très bon. En effet, suite à la révision constitutionnelle de 1999 précisant que "la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives" et prévoyant que les partis devraient "contribuer à la mise en oeuvre" de ce principe, la loi du 6 juin 2000 sur la parité en politique permet de soumettre l'aide publique aux partis politiques au respect de l'application du principe de parité dans la présentation des candidats aux élections.
Et pourtant, avec seulement 10% de parlementaires femmes en 2005, la France se classe au 74ème rang mondial pour la représentation féminine parmi ses parlementaires, et au 21ème rang européen, très loin derrière la Suède dont le Parlement compte 43% de femmes. Il semble bien que les partis préfèrent encore subir des pénalités financières plutôt que de présenter un nombre égal d'hommes et de femmes sur leurs listes aux élections municipales et législatives.
La faute aux électeurs ? Pas seulement. Il y a deux raisons principales propres à la logique interne des partis qui freinent l'accès des femmes au premier rang de la scène politique.
D'une part, un certain machisme continue de régner et une formule telle que "mais qui va garder les enfants ?" ne permet pas d'en douter. Et encore, c'était du soft... Les injures sexistes d'une grande violence symbolique sont encore l'arme préférée des hommes politiques contre leurs rivales. Simone Veil en a fait les frais en 1974, défendant son projet de loi sur l'IVG sous une pluie d'injures.
Edith Cresson, première femme à la tête d'un gouvernement en France, a été transformée par le Bêbête Show en panthère hystérique, "délabrée du bulbe" dont la marionnette de Mitterrand disait qu'il "la violait, la greluche, quand il s'ennuyait". En tant que Ministre de l'Agriculture, elle a dû supporter les banderoles "on espère que t'es meilleure au lit qu'au Ministère" des agriculteurs venus manifester.
Ce sont d'ailleurs ces mêmes agriculteurs qui sont à l'origine, quelques années plus tard, du très classe "Enlève ton slip, salope !" destiné à Dominique Voynet. Cette enième attaque galante contre une femme publique a été le détonateur pour Florence Montreynaud, qui décide alors de créer l'association des Chiennes de
garde pour lutter contre ce lynchage sexiste organisé. Mais comme le dit Elisabeth Guigou, "sur le terrain de la grivoiserie gauloise, une femme est toujours en position de faiblesse".
D'autre part, cette soudaine accession des femmes aux postes clefs des partis écarte nécessairement des hommes qui travaillent à leur ascension depuis des décennies et qui croyaient enfin leur heure venue. Forcément, ils se rebiffent devant cette injustice. Normal et compréhensible, mais parfois, il faut payer les pots cassés par ses prédécesseurs.