Après avoir brillamment échoué dans tes études (du moins c'est tout ce que je te souhaite) voici une nouvelle étape qui s'offre à toi – et pas des moindres, quelque chose d'aussi sérieux que ton premier rencard et ta première fois réunis : la recherche d'un premier travail. Ta vie va changer, ce n'est pas sale, voici en quelques points primordiaux la meilleure manière de rater ton entrée sur le marché du travail, afin de se préparer en douceur à réussir son plus grand échec.
Première leçon, déterminer ses aspirations et réaliser son CV
Enfant, tu rêvais d'être médecin, vétérinaire ou Miss France ? Evidemment, tout ça ne sera qu'un rêve, au mieux tu pourras prétendre à visiter fréquemment ton cabinet médical préféré pour soigner une infection urinaire, et tu ne rendras visite à ton véto que pour débourser 600 € afin de soigner la rage de dents de ton hamster, mais si tu es chanceuse, tu pourras peut être accéder au titre de Miss Saucisse de Strasbourg lors d'une foire régionale.
Ça fait mal, je sais, je suis passée par là moi aussi, mais dès que tu auras fait le deuil de ta vie idéale, tout sera beaucoup plus simple, il suffit de te mettre un peu de plomb dans la tête : revois tes prétentions à la baisse, réussir professionnellement est une idée bien trop répandue et beaucoup trop valorisante pour toi et ta mère. Qui plus est, c'est old school la réussite, depuis la crise tout le monde échoue, essaie-toi aussi !
Tu pars avec une longueur d'avance si tu as déjà :
- Arrêté tes études sans avoir de diplômes.
- Obtenu un diplôme inutile (les domaines sont vastes : de la licence de lettres classiques en passant par la fac d'anglais, le baccalauréat ou la première année en hypokhâgne, un choix de possibles s'offre à toi)
- Pris une année sabbatique afin d'envisager passer des concours dans la fonction publique (la bonne blague).
- Décidé d'exercer un métier qui n'existera bientôt plus (tu voulais être juge d'instruction ?... Bien échoué !)
Si tu n'entres dans aucune de ces catégories, pas d'inquiètude, il te reste un semestre pour planter tes partiels, je te conseille également de ne pas te présenter aux rattrapages, et si tu travailles il n'est jamais trop tard pour démissioner. Pense, prévois, imagine, projette-toi dans ton échec, ça t'aidera.
Il est maintenant temps de préparer ton CV, les blagues les plus courtes sont les meilleures dit-on, j'applique la même logique au curriculum vitae en prétendant avoir un style « minimaliste » - c'est paraît-il très à la mode. Aération des paragraphes afin de mettre en évidence ton manque de compétence et fautes d'orthographes sont au programme.
Si je peux me permettre un conseil – et je peux, oui – n'hésite pas à traduire ton CV sur internet en allemand et repasse-le en français ensuite, l'échec est garanti, je l'ai déjà pratiqué au lycée pour rendre mes rédactions d'anglais.
Pour m'aider dans mon désir d'échouer, je visualise souvent le recruteur blasé en train de découvrir mon CV au milieu de milliers d'autres (oui la concurrence est terrible), puisque tu veux laisser une forte impression il faut que tu saches te faire remarquer, exprime ton originalité et ta personnalité (très) profonde dans la partie « loisir », puisque je suis une femme je n'hésite pas à parler de mon désir de famille nombreuse, de congés maternité et d'humeur flexible en fonction de l'ovulation. J'évite aussi de mentionner mes passions culturelles, qui pourraient éventuellement me rendre intéressante, je préfére des choses simples et basiques, telles que « j'aime participer à des meetings du Front National et pratiquer la masturbation le samedi soir. » Bref, des activités pratiquées par tous !
Il est maintenant temps d'utiliser ton oeuvre et de te confronter au marché du travail, c'est une grande aventure qui commence, un parcours semé d'embûches dans lesquelles tu vas toujours tomber – ce qui ne tue pas rend plus fort et rassure-toi, tu vas morfler !
Avançons donc dans cet exposé et révisons les basiques pour échouer avec brio toute tentative de candidature spontanée.