Mon premier Cannes : Cannes de jour version pipou

Sophie-Pierre Pernaut est actuellement au festival de Cannes pour la première fois. Elle vous raconte sa première impression : de la mignonnitude et de l'amour.

Mon premier Cannes : Cannes de jour version pipou

À l’heure où je vous écris, ça fait 26h que je suis à Cannes. Je ne suis pas partie sans appréhension, malgré ma joie de me retrouver au milieu du plus grand festival de cinéma au monde : sans vouloir rentrer dans les clichés, j’ai grandi à la campagne et j’ai toujours voulu m’entourer de gens qui ne pétaient pas plus haut que leurs fesses. Sachant que je ne connaissais de Cannes que ce que j’en voyais à la télé (les fastes, les paillettes et les journalistes en costume et noeud papillon) ou ce que j’en lisais sur Twitter (« Je suis allé à une soirée et [insère le nom de quelqu’un de très connu] m’a tapé dans le dos alors que je parlais avec [insère le nom de quelqu’un de très connu] »), j’étais passablement stressée. Comment moi, je pourrais m’y faire une place avec mes cheveux jamais coiffés et mes connaissances acceptables mais pas dingues en cinéma (j’ai vu et aimé un film roumain ; je crois que ça me fait gagner des points sur l’échelle du Cannien) ? Est-ce que je vais pas me mettre à pleurer dans un coin après avoir marché 15 minutes sur la Croisette ? Est-ce que je ne vais pas finir par éteindre mon téléphone, prendre une chambre d’hôtel dans les hauteurs sans prévenir personne et attendre le jour du retour en me balançant d’avant en arrière le regard vide, à chanter comme un enfant dans les films d’horreur ? Eh bah nan. Pour tout t’avouer, 26h05 après mon arrivée, ça va carrément bien.

Avant-propos : tout comme Jack Parker l’année dernière, je n’ai pas pu me procurer d’accréditation ne serait-ce que pour aller voir des films ou utiliser les toilettes du palais des festivals. Pour les revues de film, il faut compter sur ton crâne chauve préféré (Fab, quoi, sauf en cas de dérogation pour cause de père sans poil sur le caillou).

Une nouvelle notion de la balade tranquille

Petit à petit, j’essaie de prendre mes marques, occupant mes journées entre des enregistrements d’interview, des retranscriptions d’interview et des tours un peu partout dans la ville pour tâter l’ambiance avec mon nez. Bon alors déjà, tu vas penser que je tombe des nues mais je m’attendais pas à ce que mes sorties dehors soient à ce point mouvementées. Autant dire qu’à Cannes, si tu as envie de marcher tranquillement le nez au vent du Britney Spears dans les écouteurs, c’est mort. Parce que tu te feras arrêter par…

  • Des gens qui veulent te prendre en photo, puis te tendent un code à rentrer sur leur site Internet. À partir de là, tu dois payer pour récupérer ta gueule et t’en faire un avatar Facebook. Moi je dis non, c’est mort : chaque fois qu’ils se mettent en travers de mon chemin, j’ai soit un panini dans la main et des fils de mozzarella plein les joues, soit les cheveux en poil de fesses et la peau grasse comme si je me roulais la tête dans le beurre toutes les trois heures.
  • Des distributeurs de journaux qui me rendent folle, parce que j’ai chaud et mal pour eux et aussi parce qu’à part Métro et 20 minutes je sais jamais quand c’est gratuit. Genre tout à l’heure, on m’a proposée un Gala. Déjà excuse-moi mais je me demande bien ce que je pourrais en foutre, mais imagine si en plus, une fois que je l’ai pris, la fille m’ait dit « Eh, ça fait 5€ » et qu’elle ne veuille pas que je lui rende parce que « Tu l’as touché maintenant il est dégueu et il va pourrir ». Laissez-moi.
  • Des gens qui se baladent à 10 et qui restent en ligne, obstruant toute possibilité de passer entre eux parce que c’est quand même beaucoup plus rigolo de donner l’image du gang du trottoir.
  • Des gens qui veulent streetstyler d’autres gens en plein dans ta route (« Je porte un t-shirt C&A et un jean H&M, laissez-moi tranquille »).
  • Des barrières : pour empêcher Leonardo de se faire peloter le paquet ou Marion de se faire arracher la robe par quelques hargneux admirateurs, des barrières sont installées un peu partout autour du festival. Forte de mon esprit d’aventure et de mon sens de l’orientation inexistant, je me suis aventurée trop près de l’arrière du palais. Quand j’ai voulu faire demi-tour, j’ai cru pendant quelques minutes que j’étais entourée de barrières (je trouvais plus la faille par laquelle je m’étais engouffrée). L’espace d’un instant, la sueur perlant sur mon front, j’ai confondu Cannes avec Rec.

En revanche, je suis déçue : aucun mime et aucune vieille dame avec un caddie ne m’ont barrée ma route. Faut dire aussi que je n’avais ni les intestins en feu, ni de journal dans la main, et que je n’étais pas en train de courir alors encore moins après un tueur de projectionnistes.

La faune à Cannes

Les phrases toutes faites sur cette grande messe du cinéma laissent à penser, grosso modo, qu’il n’y a qu’à Cannes que des gens connus qui veulent passer incognito et des inconnus qui cherchent à se faire connaître. Alors bon, déjà non, il y a nous, hein, bon, merci bien, mais pas que. Un des trucs qui me marquent, c’est la sympathie de tous les gens que j’ai croisé. Tu trébuches ? On se marre avec toi, et pas DE toi. Tu vas acheter un sandwich ? On te fait un grand sourire. Les serveurs font des blagues, et c’est limite si les policiers te font des check en te laissant passer pour traverser la route. Sérieusement, Cannes, c’est un monde de Bisounours qui ont aspiré du hakik par tous les pores ou bien ? Bon en même temps, je te dis ça à un moment où je n’ai pas encore pris mes tripes dans mes mains pour aller me perdre dans la foule pendant la montée des marches. Pire, je ne suis pas encore allée faire un tour dans des soirées. Si ça se trouve les gens y font lascivement tourner leur coupe de vin qui pique entre leurs doigts en parlant de réalisateurs avec trop de syllabes. Si ça se trouve, non, hein, mais on sait jamais.

Peut-être que sur un des yachts, y a quelqu’un de connu. On sait pas.

Quoiqu’il en soit, petite leçon : pour reconnaître les gens que tu croises dans la rue et les mettre dans une case, c’est tout simple :

  • S’ils ont un badge autour du cou, ce sont des journalistes, chroniqueurs, des techniciens, des acteurs, enfin des gens bien vus ou qui font partie de la grande famille du cinéma et peuvent rentrer plus ou moins partout selon la couleur de leur pendentif. Certains se moquent de ces personnes qui gardent la preuve de leurs privilèges autour du cou, même pour aller au restaurant. Moi pas. Je les comprends. Déjà parce que j’aime bien les pendentifs, mais aussi parce que je crois bien que je ferais pareil parce que ça me rappellerait la chance que j’aurais.
  • S’ils n’ont pas de badge, c’est le reste du monde qui vient à Cannes pour l’occasion (voir les stars de loin, raconter qu’ils ont vu des stars de loin, espérer trouver une accred par terre ou que sais-je encore),
  • S’ils sont encombrés par autre chose qu’une valise (ils arrivent d’ailleurs) ou une grosse caméra (ils bossent), ce sont des autochtones. À l’image d’un vieux monsieur que j’ai croisé avec un vieux ghetto blaster et des cassettes audio, qui diffusait à tue-tête des chansons françaises des années 50 ou 60. Lui il est du coin, j’en suis sûre. Et il ne voit pas ce qu’il y a de choquant à écouter de la musique pépouze, dans la rue.

Maintenant que je t’ai raconté mon premier Cannes comme je t’aurais raconté mon premier slip ou ma première fois, me voilà forcée de prendre congé : faut que j’aille voir si y a pas moyen d’enfiler ma nouvelle robe fétiche pour aller faire un petit tour dans le côté dark du festival. Si tu n’as pas de mes nouvelles d’ici 5 ou 6 ans, c’est que j’y ai perdu la vie.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Madmoizellelune
    Madmoizellelune, Le 18 mai 2013 à 18h03

    Ah ah, c'est aussi mon premier festival de Cannes et j'ai vraiment eu la même vision des choses :)

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