Mon papa à moi est un gangster

Pondu par Fab le 16 juin 2011     

Nouveau témoignage pour la Fête des Pères. P. a 21 ans, elle a souhaité rester anonyme pour la simple et bonne raison que son père est un gangsteeeer.

Petite vidéo à lancer en même temps que la lecture.

Quand j’entendais cette chanson quand j’étais gamine, je chantais en coeur avec fierté, parce que mon papa à moi était réellement un gangster. J’ai passé la majorité de ma vie à me vanter des méfaits de mon père, à y voir une réussite, une forme de supériorité – et je supporte encore très mal qu’on émette un avis négatif sur la chose (surtout parce qu’il s’agit de mon père, et que j’ai horreur qu’on se permette de dire quoique ce soit de négatif à son sujet, ce privilège m’est réservé). Si ma mère m’a élevée avec des notions fondamentales telles que le respect d’autrui et de sa liberté, l’empathie, la générosité, l’amour, le don de soi, et toutes ces jolies petites choses qui auraient pu faire de moi la prochaine Mère Teresa, mon père lui, est venu foutre sa merde. Et le pire dans tout ça, c’est que toutes les valeurs, tous les principes qu’il m’a inculqués, étaient censés me rendre service – tout ce qu’il a fait, il l’a fait avec les meilleures intentions du monde.

Quand j’étais petite, mon père s’asseyait sur le bord de mon lit et me lisait du Baudelaire, Flaubert, Montaigne, Diderot, Verlaine et compagnie. Et quand ça ne suffisait pas à m’aider à trouver le sommeil, il me parlait de sa jeunesse. Ses premiers braquages, à quel point il aurait aimé devenir expert en ouverture de coffre-fort, ses courses sur les toits de Venise, pourchassé par les flics, les cocktails molotov balancés dans les camions de CRS, les flics qui courent avec le feu au cul. Puis, inlassablement, je posais les mêmes questions : Papa, raconte moi encore comment c’était l’isolement ! Et les mecs qui étaient avec toi dans la cour, ils avaient fait quoi à la p’tite vieille déjà ? Le manche à balais et les barbelés c’est ça ? Tu les as frappés ?

Mon papa à moi est un gangster mon papa gangster post

Plus je grandissais, plus j’avais droit aux détails croustillants. Plus il m’apprenait à désobéir, à me défendre, à tuer en cas de panique. A me taire surtout – ça, j’ai jamais vraiment réussi à le faire, la preuve. Mon père, c’était le genre dandy-gangster. Très coquet, il ne supportait pas d’avoir un mauvais pli sur son pantalon, toujours apprêté, droit comme un i du haut de ses 1m98, un physique à la Jim Morrison (ses premiers mots quand il m’a tenue dans ses bras à la maternité furent des paroles d’une chanson des Doors) – mon père hypnotise tout le monde sur son passage. Il avait toujours une horde de femmes à ses pieds – et comme il a toujours refusé de travailler “légalement”, ça l’arrangeait bien, elles étaient prêtes à le nourrir à la main si il fallait – et les hommes buvaient ses paroles aux comptoirs des bars. Et quand je suis arrivée, je n’ai fait que décupler son capital charme. J’étais le rêve de mon père, l’héritière, la princesse, la seule personne qu’il ait vraiment réussi à aimer dans sa vie. De mon père, j’ai hérité d’un ego monstrueusement surdéveloppé, une excroissance aux allures de Mr. Hyde, qui cause bien du tort à mon Dr. Jekyll.

Mais je suis fille de gangster, un gangster érudit qui a passé sa vie entre la drogue et les livres, et qui n’a pas passé une journée sobre depuis ses onze ans. Depuis qu’il est tombé malade, il s’en tient à l’alcool, au shit et à la métadone. Un gangster bien diminué, qui vient de sortir d’un gros pépin de santé. Et malgré toutes les tares que collectionne mon père, malgré le fait qu’il ait été diagnostiqué “sociopathe” à de nombreuses reprises, j’ai toujours énormément d’amour pour lui. Je ne l’échangerais pour rien au monde, parce que je sais qu’il m’aime profondément, et c’est bien réciproque. Il m’a toujours protégée comme il a pu, il n’a jamais hésité à risquer sa vie pour moi, et je sais qu’il veillera sur moi jusqu’à son dernier souffle.

Et même maintenant que j’ai 21 ans, il vient toujours s’asseoir au bord de mon lit quand je retrouve ma chambre chez lui, et il me raconte ses aventures. Et quand ça ne suffit plus, il me parle des crimes des autres. Les tueurs en série, les tueurs à gages, tout y passe, il n’oublie jamais les détails – et mon petit cerveau dérangé s’endort paisiblement à la fin de chacune de ses histoires.

pre et fille

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Fab est le papa de madmoiZelle.com, lancé le 1er octobre 2005, ce jour saint où il a également conçu ce qui sera sa première fille (coïncidence ? Sans doute pas). Notez également qu'il est un mec. Qui a créé un magazine pour les jeunes femmes. Tout à fait.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. daffy duckdaffy duck

    Le 17 juin 2011 à 10:21

    parti…
  2. lamballelamballe

    Le 17 juin 2011 à 11:27

    Je suis contente d'avoir lu ton texte avant que tu ne l'édites car il est très émouvant.
  3. poupettassepoupettasse

    Le 17 juin 2011 à 14:12

    Posted by Epidaure
    "oh trop bien c'est comme dans les films!" oui mais c'est la réalité avec des gens qui ont souffert de ses actes…


    Heum, d'une part je n'ai pas dis "oh trop bien" (j'aime même pas les films de gangsters), d'autre part c'était plus de l'humour qu'autre chose (d'où le "pardon :x" après).J'aime pas qu'on me fasse dire ce que je n'ai pas dis.
    Bref …

    edit : D'ailleurs, je suis globalement d'accord avec ce que tu dis (comme quoi, interpréter les paroles des autres, caylemaaal)
  4. lysalicelysalice

    Le 17 juin 2011 à 15:40

    Ce sujet me touche particulierement car je viens d'apprendre que mon père a en ce moment même de gros problèmes avec la justice car il a été violent avec une de ses locataires et qu'l est accusé d'être le chef d'une secte… Je ne sais pas le vrai du faux dans cette histoire car contrairement à toi je n'ai pas du tout une bonne relation avec mon pere… Lui et ma mere ont divorces quand j avais 2 ans, je ne vais plus jamais chez lui depuis longtemps meme si de temps en temps on se voit pour un resto… Il a été violent avec mon frere et moi et aussi avec ma mere… Il est manipulateur, instable, égocentrique… Mais après des années de colères puis de tristesse à son sujet j'en suis arrivée à l'indifférence… Je l'aime car il est mon père, mais j'ai accepté qu'il était un salaud qui faisait souffrir haque personne qui se rapproche de lui…

    Ce qui m'étonne dans ton texte n'est pas que tu aimes ton père, c'est d'autant plus naturel qu'il semble t'aimer énormément (là où mon père n'en a rien à faire…) et avoir fait de son mieux avec toi, mais le fait que tu sembles approuver ce qu'il fait. Etant gangster, il a surement fait du mal voir peut etre détruit la vie de nombreuses personne et tu ne sembles pas touchée par cela… Une des choses qui m'avaient fait dire que je détestais mon père était justement le fait qu'il avait fait et faisait toujours tant de mal à tant de gens…

    Donc je te comprends en partie mais ta fascination pour le monde de la criminalite m'intrigue et me dérange un petit peu… Sinon super article, tres bien ecrit :)
  5. Cygnus X-1Cygnus X-1

    Le 18 juin 2011 à 13:18

    Comme plusieurs Mad' plus haut, j'aurais aimé "en savoir plus" sur cet amour pour un Père hors-normes. Connaître les ambivalences, les contradictions, les désillusions par lesquelles on peut passer lorsqu'on est sa fille. Et en savoir davantage sur ce papa et sur ses propres blessures qui l'ont conduit là-dedans et sur son rapport à la paternité.
  6. OnatoppOnatopp

    Le 19 octobre 2011 à 21:25

    Posted by Spiracle
    je suggère qu'on en veuille au monsieur dont on parle dans l'article. Pas à sa fille. Qui a le droit d'aimer.


    Je conçois tout à fait qu'une fille porte un amour inconditionnel à son père. Ce qui me gêne dans l'article de cette madz, c'est qu'elle semble être "fière" que son père soit un "gangster" (d'ailleurs on sait pas vraiment ce qu'il fait, il a très bien pu, indirectement, causer la mort de quelqu'un hein…).

    "J’ai passé la majorité de ma vie à me vanter des méfaits de mon père"
    "je supporte encore très mal qu’on émette un avis négatif sur la chose"
    "Mon père, c’était le genre dandy-gangster."

    Je trouve que ce genre de petites phrases représente assez bien la chose.
    Je sent aussi dans son article qu'elle est également fière d'être FILLE DE gangster :
    "je sais qu’il m’aime profondément"
    "Et même maintenant que j’ai 21 ans, il vient toujours s’asseoir au bord de mon lit"

    Dans ma tête, tout de suite en lisant ça, j'ai l'image d'une fille qui me regarde d'un air dédaigneux, et qui penserait "et ouais, mon père peut te prendre comme otage, te tirer ton fric (etc), mais moi il m'arrivera RIEN, parce que je suis sa fille chérie, NA !". (désolée si l'exemple ne parle pas vraiment, j'espère que j'arrive à peu près à me faire comprendre).

    Bien sûr qu'on a le droit d'aimer son père, peu importe les choses qu'il a fait. Les sentiments, c'est quelque chose qui ne se contrôle pas, je crois que tout le monde le sait. Et puis les gens ont le droit d'aimer qui ils veulent. Tant qu'ils ne portent pas préjudice aux autres.

    Mais là ce qui me dérange, c'est le fait qu'elle semble (selon moi hein) tirer une certaine vanité de la profession de son père. Et comme l'ont dit d'autres madz, NON, désolée mais NON, il n'y a absolument aucune fierté à tirer de ce genre de situation. Non seulement c'est vraiment irrespectueux pour les gens qui ont été victimes de son père (et je précise bien, victimes directes ou collatérales, parce que c'est pas parce qu'il a jamais tué - enfin on n'en est pas sûr vu que c'est pas très clair non plus - que des gens sont pas mort par sa faute, en conséquence d'une de ses actions), mais je trouve ça également malsain pour elle. Au final, la notion qu'elle se fait du bien et du mal doit être brouillée.
    Et c'est pas parce que sa mère l'a élevée dans le respect des autres qu'elle n'a pas une vision déformée de la réalité : son père était (est) son modèle, son héros, à mon avis ses actions et ses histoires qu'il lui racontaient ont eu plus d'influence sur elle que les leçons de vie prodiguées par maman.

    Et comme l'ont également très justement souligné d'autres filles, on est dans la vraie vie là. Je pense que le jour où on est soi-même (ou une personne qu'on aime) victime de ce genre de personnage, les paillettes dans les yeux qu'on peut avoir en lisant ce genre d'article, elle déguerpissent vite fait.

    Voilà mon point de vue. Je m'excuse pour ce pavé :cretin:.
  7. MorphyneMorphyne

    Le 11 juin 2012 à 14:58

    d'une part je comprends que cette madz peut aimer son père, c'est normal c'est son père,
    mais se vanter de ses méfaits, la non je ne peux accepter, a t-elle jamais penser aux répercutions sur ses victimes! quand j'entends parler de braquages ou autre et que ça la rends fière, je ne comprends pas, parce que pour ceux qui le subissent c'est traumatisant ( je peux en parler car bossant dans la banque, j'ai des collègues qui en ont étaient victimes et ont eu beaucoup de mal à s'en remettre bref passons)
    Je peux comprendre l'amour pour un père, mais je ne peux pas cautionner le reste de l'article, comment on peut se vanter que son père était un gangster qui a causé du tord aux autres, qui a peut -etre ( je dis bien peut-être puisque qu'on ne connait pas en détails les méfaits dont il est l'auteur) a ruiné des vies ( et croyait moi, il ne faut pas un meurtre pour ruiné une vie, il suffit d'une agression, d'un vol, et ça peut faire basculer beaucoup de choses, selon la sensibilité de la victime)
    Bref je ne cautionne pas
    ( j’espère n'avoir pas était trop cru dans mes paroles…)
  8. HawleyHawley

    Le 14 juin 2012 à 20:54

    J'ai beaucoup aimé cet article, même si je comprends que d'autres Madz aient pu être choquées de la tournure des phrases, et du fait qu'elle soit fière de son père.

    Ca reste un témoignage, un point de vue personnel, et j'attends pas de ce genre d'article d'être d'accord avec ce qu'ils disent. Même si c'est "mal" de penser du bien d'un gangster, d'en être fière, chacun a le droit d'exprimer ce qu'il ressent, je ne pense pas qu'elle ait dit à un moment "vous avez intérêt à penser comme moi sinon il vous attache dans la cave". Et je trouve que c'est une bonne idée d'avoir publié un article qui va à contre-courant des autres, qui étaient très positifs. Ils ont tous été très bien jusque là de mon point de vue, et le fait qu'ils se diversifient autant me surprend et me plaît. Pouvoir lire toutes ces histoires, c'est un peu un sneak peek dans la vie des demoiselles qui témoignent, et de leur relation avec leur père. Personne n'a dit que chaque relation devait être équilibrée ou idéale.
  9. DreambreakerDreambreaker

    Le 25 août 2012 à 23:32

    @Marine Hawley pourquoi ça serait mal d'aimer un gangster ? Je ne trouve pas que ça l'est…

    Bon, mon cas est particulier, dans le sens où je porte un amour profond et indélébile à mon père. C'est mon héros, le père que toutes les petites filles auraient voulu, mon modèle ultime, la seule personne au monde que je ne veux pas décevoir et qui peut se vanter d'avoir une opinion qui compte pour moi. Donc je comprends, dans le sens où l'amour que cette demoiselle a pour son papa est tellement fort, tellement hors limite que le fait qu'il soit un gangster n'enlève rien à ce amour. Être ce qu'il est ne l'a jamais empêché de lire des textes à sa fille avant qu'elle dorme, de la protéger, de lui faire sentir qu'elle était importante pour lui, et de lui donner les valeurs qui étaient importantes à sa vie future d'adulte. Moi je trouve cette relation sublime.

    Et puis, il ne faut pas oublier que ce n'est qu'une facette de la personnalité de cet homme. Oui, il est gangster, mais il n'est PAS que ça. Il est aussi un homme, un père, il a été un compagnon, etc. et il a visiblement été un bon père pour la demoiselle, donc où est le problème ? Exemple tout bête que les enfants de couples divorcés comprendront très bien : quel enfant de couple divorcé n'a jamais entendu sa mère critiquer ouvertement son ex-époux devant l'enfant dans le but évident de faire changer l'enfant d'avis à propos du père ? Moi en tout cas, ça m'est familier, et ça n'a jamais rien changé à l'amour que j'ai pour lui, parce que la personne qu'il est en tant que mari ne m'intéresse pas, c'est le père qui m'intéresse, l'homme au sens large du terme.

    Cette demoiselle a toujours su ce que faisait son père, elle a grandit avec l'idée que c'est normal. ce n'est pas une provocation, à mon avis, mais surtout la façon dont elle a toujours vu les choses. Ca n'a rien de choquant pour elle que de savoir que son papa est un gangster. Peut-être sa réaction aurait-elle été différente si elle avait appris la vérité beaucoup plus tard, mais j'en doute : ce qu'elle retient au final, ce sont les instants passés ensemble, son rôle de père qu'il continue à remplir malgré la maladie, et l'amour qu'ils partagent.
  10. Alexia PoppyAlexia Poppy

    Le 05 avril 2013 à 23:17

    Tu devrais écrire un livre afin de mieux répondre aux interrogations de toutes ces Madz.
    Tu as une très jolie plume, et le sujet est très intéressant.

    Si un jour, tu le fais ce bouquin, fais nous signe, ça m'intéresse !

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