Les madmoiZelles nous parlent de leurs modèles féminins — Témoignages

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2016, des madmoiZelles nous parlent des femmes qui les inspirent, de leurs modèles au féminin.

Les madmoiZelles nous parlent de leurs modèles féminins — Témoignages

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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2016, des madmoiZelles nous ont raconté quelles femmes les inspirent. Des femmes qui les poussent à s’accomplir voire à se dépasser, dans leur vie personnelle comme professionnelle, qui façonnent leur conception de la réussite au féminin.

Mères, grands-mères et soeurs

Les modèles féminins des madmoiZelles qui ont témoigné sont pour beaucoup d’entre elles des membres de leur famille. À commencer par la première femme qu’elles ont généralement connue, leur mère. Sonia explique :

« Beaucoup de femmes m’inspirent au quotidien, des célébrités ou figures notoires notamment. Mais celle qui a le plus d’impact sur mon parcours de vie (et c’est cliché), c’est ma mère.

Pendant longtemps elle n’est apparue à mes yeux que comme une mère aimante et protectrice, mais c’est en grandissant, en mûrissant et en me questionnant que j’ai commencé à la voir comme un réel modèle.

Nous sommes très proches et les péripéties de la vie (divorce et autres histoires familiales) ont peu à peu renforcé ce lien. Nous sommes un pilier l’une pour l’autre. Une personne sûre chez qui chacune pourra toujours trouver du réconfort et des conseils.

Ma mère est devenue mon modèle en premier lieu par la force de ses convictions.

Elle est devenue mon modèle en premier lieu par la force de ses convictions. Plus jeune, elle militait comme jeune hippie contre le nucléaire ; aujourd’hui, c’est une femme engagée avec le Planning Familial, qui se bat au quotidien pour les droits féminins. Elle est de plus infirmière scolaire, et le dévouement qu’elle possède envers son travail ne cesse de m’émerveiller. Elle s’implique avec une telle force pour ses élèves en difficulté, elle est l’oreille et la conseillère.

C’est en effet une incroyable personne sur le plan moral. Elle est également mon modèle (et cela va de pair) pour la façon dont elle gère les événements de la vie. Je n’ai jamais rencontré une personne avec un cœur aussi bon et optimiste. Peu importe les mésaventures, elle verra toujours le verre à moitié plein.

Et le fait qu’après toutes ces années, après tout ce qu’elle a enduré, elle soit toujours capable de rester fidèle à ses convictions, forcera toujours mon admiration. »

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Au premier rang pour remarquer les exploits de leur mère, les madmoiZelles mesurent en grandissant tout ce qu’elle a pu surmonter et accomplir, comme Camille :

« S’il y a bien une femme que je trouve inspirante, c’est ma mère. Elle est partie de rien : sa famille était assez pauvre, et sans bourses, elle et ses frères et sœurs n’auraient sans doute jamais dépassé le collège. Elle a beaucoup souffert du manque de moyens de ses parents, de leur absence de curiosité et de volonté — ils étaient vraiment en retard sur leur époque.

Depuis toutes petites, on a eu le droit à tout ce que ma mère n’avait pas eu.

Elle a fait assez peu d’études, et elle a rencontré mon père qui, au fil des années, est devenu de moins en moins fréquentable, mais elle est toujours restée pour nous protéger ma sœur et moi. Elle s’est toujours battue : pour aller à l’école, pour avoir du travail, pour construire une famille et pour nous élever avec plus de moyens, pour qu’on ne manque jamais de rien. Depuis toutes petites, on a eu le droit à tout ce qu’elle n’avait pas eu : pas seulement le confort matériel, mais aussi les voyages à l’étranger, les musées, les vacances, les films et les livres…

Maintenant que je suis adulte – et sans doute aussi parce que mon père est mort et qu’il y a maintenant de la « place » pour elle — j’apprends à connaître la femme qu’elle est, et pas juste la mère. »

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Dans la même logique, les madmoiZelles ont été plusieurs à évoquer l’inspiration que leur grand-mère représente. Lucie raconte :

« Ma grand-mère a été mon plus grand modèle féminin. Déjà, elle a été la première femme à passer et à obtenir le permis dans son petit village. Elle souhaitait pouvoir se déplacer où elle voulait sans aucune contraintes : elle aimait la liberté. Elle et mon grand père ont beaucoup voyagé : Madagascar, Kenya, Algérie, Vietnam… Pour des petits fermiers, je me rends compte que c’était assez inhabituel !

Je dois à ma grand-mère mon ouverture d’esprit.

Cette liberté, c’est une des premières leçons qu’elle m’a apprise. Je passais mes étés chez elle entourée de mes multiples cousins et elle nous laissait une liberté incroyable à mes yeux d’enfants. Elle m’en a rapidement fait comprendre les dangers et les intérêts.

Son deuxième talent a été de m’apprendre à écouter. Elle a toujours été l’oreille attentive à mes malheurs d’enfants, du premier échec amoureux à mon premier massacre capillaire. Elle trouvait toujours mille solutions à mes problèmes. Elle analysait et comprenait sans jamais juger.

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Je lui dois mon ouverture d’esprit. C’est grâce à elle, fervente pratiquante, que j’ai compris que religion et intolérance ne sont pas liées. Une anecdote m’a notamment beaucoup marquée.

J’ai longtemps pensé (et les livres d’Histoire ne m’ont pas aidée) que les Allemands en général étaient les méchants durant la Seconde Guerre mondiale. Sauf que durant son enfance, ma grand-mère a accueilli un jeune Allemand dans la ferme familiale, et elle me l’a raconté en expliquant que « c’était un gentil gars qui n’avait aucune idée de ce qu’il faisait là, un bon gars, pas méchant pour un sou ». Merci Mamie de m’avoir débarrassée de mes préjugés et de m’avoir poussée à toujours les dépasser ! »

Lucie a ainsi été inspirée par sa grand-mère, qui l’a toujours poussée à s’améliorer, par ses leçons mais aussi son parcours de vie.

« J’en viens maintenant à sa dernière qualité, celle que j’ai toujours admirée et que je rêverais de posséder : son incroyable force, celle qui fait qu’elle n’a jamais abandonné. Elle n’a jamais roulé sur l’or. Sept enfants, une petite ferme… Pourtant elle a tout sacrifié pour pouvoir offrir un enseignement digne à ses enfants et financer leurs études. Elle a enchaîné les petits boulots, économisé pour chacun d’eux.

Elle s’est battue, elle s’est sacrifiée pour qu’ils vivent la vie dont ils rêvaient.

Elle s’est aussi battue dans la maladie. Toujours un sourire, les yeux brillants, la petite remarque ironique. Elle ne s’est jamais effondrée. Elle n’a jamais eu peur. Elle commentait les dessins de mes petits cousins, me demandait comment se passaient les cours, regrettait le manque d’humour des infirmières et le goût insipide des plats de l’hôpital.

Elle n’a jamais montré sa douleur, même à la fin. »

R. a également expliqué que son modèle féminin est sans l’ombre d’une hésitation sa grand-mère, soulignant à son tour la vie de son modèle, qui ne cesse de l’impressionner :

« Ma grand-mère paternelle est franco-chinoise. Elle est un modèle en soi pour de multiples raisons : malgré son mariage et ses trois enfants, elle a continué de travailler dans ces années 50 marquées par l’image de la femme au foyer qui doit rester chez elle pour faire le ménage, la cuisine et élever la marmaille.

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Elle a ensuite ouvert sa propre boutique, qui lui offrait l’indépendance financière que son mari refusait de lui accorder. Elle a divorcé de cet homme dans les années 60, ce qui ne se faisait déjà pas pour l’époque, surtout au sein d’une communauté chinoise avec ses traditions fortes, et a en plus perdu le droit de garde sur ses enfants sous prétexte que c’était elle qui avait quitté le domicile conjugal.

Là dessus, elle s’est remariée, avec un « blanc » en plus, ce qui n’a fait qu’empirer les remontrances familiales et les on-dits. Mais elle s’est toujours relevée et battue, ignorant les critiques et vivant sa vie comme elle l’entendait, tout simplement. »

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Cet exemple a profondément influencé R. :

« Cette philosophie de vie, « profite de chaque instant au maximum », m’a profondément marquée. Car ma grand-mère traverse la vie avec un optimisme et un altruisme à toute épreuve. Moi qui n’avais connu que les mises en garde et les excès de prudence de ma mère à propos d’une vie « pleine de danger et de personnes mal intentionnées », j’avais envie d’emprunter ce chemin si lumineux où je pourrais croire que le monde était beau et que la vie méritait d’être vécue pleinement.

Ma grand-mère traverse la vie avec un optimisme et un altruisme à toute épreuve.

Elle m’a aussi appris l’amour. À une époque où ma mère avait plus d’intérêt pour son travail que pour moi, où je ne mettais jamais un pied hors de l’école dans laquelle j’habitais, et où je me retrouvais seule des journées entières comme je n’avais pas le droit d’aller chez des amies, ma grand-mère et mon grand-père [de cœur] étaient là. Ils faisaient une heure de route tous les mercredis pour me faire traverser la rue et passer quelques heures au club informatique juste en face de chez moi.

Ce sont eux aussi qui me prenaient chez eux un week-end sur deux à la place de mon père. Je trépignais d’impatience à la perspective de ces moments car ils n’étaient qu’amusement, moments en famille, complicité, amour et tendresse. Voila, j’étais tout simplement comblée d’amour. De cet amour que je n’avais connu ni avec mon père ni avec ma mère.

C’était un amour maternel mais aussi un amour pour la vie en général. Je n’aurais jamais été capable d’aimer les autres sinon. Grâce à ça, j’ai vécu une enfance heureuse et le manque, causé par l’absence de mon père ou l’inattention de ma mère, ne m’a jamais gagné. »

Sa grand-mère a ainsi été une inspiration salvatrice pour R., lui offrant les valeurs et des perspectives qui lui manquaient. Et ces femmes inspirantes au quotidien peuvent aussi être les soeurs de certaines madmoiZelles. Céline explique :

« Ma petite sœur, je la vois comme une aventurière, celle qui ose se lancer dans des projets que je n’aurai jamais tentés, par peur d’échouer, par confort, ou par fainéantise… Elle a fait une grande école, a bien débuté sa carrière de journaliste, puis changé de voie et décidé de faire des petits boulots pour partir en tour du monde !

Et elle a réussi à concrétiser son projet jusqu’au bout : elle part bientôt pour 18 mois de voyage.

C’est une femme inspirante parce qu’elle me rappelle toujours que tout est possible ! Quand je lui dis que j’aimerais bien essayer quelque chose mais ne sais pas si [insérer une excuse bidon par peur de se lancer], elle me répond toujours sans aucun jugement, avec un enthousiasme sincère, que je n’ai qu’à essayer et que si ça ne me convient pas, je pourrai toujours changer d’avis ! »

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Professeures, dépassement et accomplissement

Les filles trouvent également des modèles dans leur vie extra-familiale. Elles ont ainsi été plusieurs à évoquer des professeures qui ont déterminé leur parcours. Pour cette madmoiZelle de 17 ans :

« Mon modèle, c’est ma professeure de français de cinquième dont j’étais relativement proche.

C’est une femme très charismatique, carrément badass. Les affreux élèves devenaient de mignons élèves modèles devant elle. Pour ne rien gâcher, elle est également très drôle et a du répondant, et surtout, c’est une personne bienveillante. Elle ne laissait passer aucun propos discriminatoire, étant elle-même féministe et soutenant le mouvement LGBT.

Cela semble peut-être naturel pour beaucoup, mais malheureusement la réalité est toute autre. Beaucoup de professeurs sont passifs et laissent passer ce genre de propos. C’est encore le cas aujourd’hui : dans mon propre lycée, dans ma propre classe, il m’arrive d’entendre des propos « un tantinet » racistes, misogynes ou homophobes, parfois sur un ton « blagueur ».

J’ai beaucoup d’amour, d’admiration et de respect pour cette femme

Je ne peux alors m’empêcher de penser à cette professeure. C’est pourquoi j’ai beaucoup d’amour, d’admiration et de respect pour cette femme. Elle est pour moi l’une des plus belles femmes que je connaisse et je lui suis reconnaissante pour tout ce qu’elle m’a apporté, d’être tout simplement cette personne formidable qu’elle est.

Sans cette personne, je ne serai pas celle que je suis. L’avoir connue me conforte dans mes idées, et me pousse à être plus active, ne pas accepter ce qui me semble inacceptable. »

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Cette autre madmoiZelle est quant à elle inspirée par sa professeure de latin rencontrée au lycée.

« Je l’ai rencontrée en seconde, à ma rentrée au lycée il y a cinq ans. Ses cours étaient sérieux, bien construits, très classiques. Et puis je me suis aperçue qu’en fait, elle savait tout. Bon, tout peut-être pas, mais tellement de choses !

Elle lisait grec et latin dans le texte (tous les pratiquants de langues anciennes se rendent compte à quel point c’est difficile, et les autres, essayez d’imaginer que c’est bien plus dur que dans n’importe quelle langue vivante), parlait couramment anglais et allemand, et évoquait parfois de modestes « souvenirs scolaires » en espagnol et italien. Elle avait fait des études d’histoire et répondait si d’aventure on lui demandait quelque chose sur Louis XVI.

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Et elle connaissait très bien le latin : s’il y avait une exception quelque part, une déclinaison en -i plutôt qu’en -e par exemple, elle pouvait aussi nous expliquer pourquoi cette exception existe, que c’est un glissement de langue survenu à tel siècle et pour telle raison…

J’ai gardé contact avec elle, on s’envoie des mails de temps en temps. Je suis épatée par son savoir encyclopédique. On sent que c’est quelqu’un qui a beaucoup étudié, avec passion. En plus elle est très modeste (rien de pire qu’un prof qui vous prend de haut).

Et elle conservait une grande curiosité intellectuelle : une fille du cours prenait des leçons d’arabe, et de temps en temps elle nous expliquait des éléments de la culture ou de la langue. Il y avait une histoire de consonnes qui se changeaient en voyelles quand on rajoutait un accent (ou l’inverse, je sais plus). Personne n’y avait rien compris, sauf la prof, qui posait des questions et écoutait attentivement les explications !

Elle nous écoutait et nous comprenait.

En plus on n’était que 4, alors la prof n’hésitait pas à faire des digressions, ou à nous laisser discuter de saucisses, de langues, de pudeur, de nos vies, et prenait parfois part à la discussion. Elle savait être proche de ses élèves, quoi ! Elle nous écoutait et nous comprenait.

C’est la seule de toutes mes profs à m’avoir non seulement félicitée pour mes notes, mais qui a aussi ajouté « même si ça ne lui demande pas énormément de travail » à une réunion parents-profs. La seule à s’être doutée un tant soit peu de l’ennui profond qu’étaient les cours pour moi (à l’exception du sien, évidemment).

Je veux être professeur des écoles depuis toute petite, donc ça n’a pas vraiment joué là-dessus. Mais elle me donne envie d’apprendre encore, de me cultiver. Elle m’a montré qu’on peut être gentille, à l’écoute et faire aussi travailler avec intensité. »

Des modèles plus inspirants « professionnellement », de par leurs accomplissements, jouent ainsi aussi énormément pour certaines madmoiZelles.

Personnalités et exploits

Cette madmoiZelle de 19 ans se trouve par exemple particulièrement inspirée par Kate Winslet.

« Pour ma part, si je devais citer une femme qui a été inspirante pour moi depuis mon plus jeune âge, ce serait l’actrice Kate Winslet. Petite, je l’adulais pour son jeu d’actrice, puis en grandissant j’ai appris à m’intéresser plus à sa personne, à ses convictions.

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Elle reste malgré tout assez mystérieuse, mais je retiens surtout sa forte personnalité, sa capacité à rester indéniablement bien trop classe en toute circonstance, son humour British toujours dosé comme il faut, son appel à s’affirmer tel•le qu’on est sans complexes, et sa poigne de fer.

C’est pour moi une femme forte, qui sait et qui a toujours su ce qu’elle veut, qui n’a pas peur de s’exposer comme elle est et qui s’assume pleinement. Elle m’a vraiment aidée à marcher la tête haute. »

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Marion a quant à elle souhaité parler d’une chanteuse : Anne Sylvestre.

« Je l’ai toujours « connue » puisque mes parents nous avaient acheté beaucoup de ses Fabulettes, mais j’ai découvert ses chansons pour adultes il y a environ deux ans.

C’est un modèle pour moi parce qu’en plus d’être l’une des rares chanteuses que j’apprécie vraiment, elle est écrivaine, et fortement féministe ! Elle dit des vérités de manière très métaphorique ou très légère pour des problèmes graves.

Elle éveille mon envie musicale, elle me donne envie de jouer, de chanter. Et puis, elle me donne envie de me bouger les fesses pour défendre nos droits et faire que les choses bougent enfin ! Parce que certaines de ses chansons datent et je vois que les choses n’ont pas beaucoup évolué… »

Amélie a elle souhaité parler d’un modèle inspirant dans son domaine professionnel :

« J’admire un tas de femmes pour tout un tas de raisons (Ellen Page, Emma Watson, Crystal Renn, etc.), parce qu’elles sont féministes, parce qu’elles font avancer la cause, parce que ce sont de belles et formidables personnes. Mais vu le domaine dans lequel je suis (soyons large et disons « la tech »), celle qui m’a le plus marquée, c’est Ada Lovelace.

Ada Lovelace, c’est la « première programmeuse du monde », et ça claque.

Vu qu’elle est morte à la fin du dix-neuvième siècle, je ne l’ai bien sûr pas connue. Je ne me souviens plus de la première fois que j’ai entendu son nom, mais elle me plaisait déjà bien. C’est la « première programmeuse du monde », et ça claque. En gros, c’était une bourgeoise, et elle a eu la chance d’accéder à une éducation correcte en mathématiques (impensable à l’époque pour une jeune fille).

Je vivais donc ma petite vie, et puis pendant mon stage à madmoiZelle, j’ai eu l’occasion d’aller voir cette expo organisée par Animafac sur le thème des femmes oubliées dans l’Histoire. Grace Hopper y était présentée comme la première programmeuse (en vrai c’est la première à avoir créé un compilateur puisque la première programmeuse c’est Ada, mais on va pas chipoter).

En voyant cette expo, je me suis rendue compte d’à quel point les femmes étaient peu présentes dans l’Histoire — celle qu’on nous enseigne en tout cas. J’en ai pris conscience seulement à ce moment-là, juste parce que je n’y avais jamais pensé avant.

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Grace Hopper

Aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes qui se (re)mettent au code (parce qu’avant les femmes codaient, c’était un métier de secrétaire), il y a des collectifs, des ateliers, et c’est super. Ceci dit, rien n’est gagné : c’est encore un domaine difficile pour les femmes (je me suis récemment pris des réflexions au travail, donc je suis un peu au cœur de l’action).

Mais du coup, quand je flippe un peu en me disant que mon utérus peut jouer un rôle malgré lui dans ma carrière, je pense à Ada, à cette fille de bonne famille qui a décidé d’aller jusqu’au bout de ses envies et qui a créé quelque chose de fou dont on se souvient encore aujourd’hui. »

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Cette madmoiZelle a également été inspirée par un modèle de réussite : Claudie Haigneré, première femme spationaute française.

« Si je ne devais ne nommer qu’une femme, ce serait Claudie Haigneré. Claudie Haigneré est une ancienne spationaute, docteur en neuroscience, ancienne ministre et tellement d’autres choses.

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Quand j’avais 7 ans j’avais des espoirs et des rêves plein la tête, je voulais devenir astronaute. C’est donc tout naturellement que j’ai « connu » Claudie Haigneré (et en plus c’était vachement la classe parce que je partageais ma date d’anniversaire avec elle, et ouais).

Ce sont des femmes comme Claudie Haigneré qui m’ont permis de sortir de ma coquille et de m’affirmer.

Elle m’a donné l’envie de… croire en mes envies (même si clairement je n’avais pas ses capacités intellectuelles et allais finir par faire des études de lettres et non de sciences). Elle est passionnante. Dans ses choix de carrières qui sont, au final, jamais faciles, dans ses capacités à endosser tant de rôles, que ce soit au niveau professionnel que personnel (parce qu’entre tous ses métiers différents, elle trouve quand même le temps d’être maman…).

Elle incite toujours les jeunes filles à ne pas se confiner dans une voie mais au contraire d’envisager toutes les possibilités de carrière.

Je n’ai donc malheureusement pas fini astronaute (pauvre de moi), mais j’ai été manager et j’ai dû gérer énormément de gens dont des hommes plus âgés que moi, et j’ai, malgré tout, trouvé assez de confiance en moi pour pas me sentir envahie et au contraire m’affirmer dans mes choix et réussir à gérer des gens qui se sentaient supérieurs à moi de par leur sexe et leur âge. Ce sont des femmes comme Claudie Haigneré qui m’ont permis de sortir de ma coquille et de m’affirmer. »

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Cette madmoiZelle a quant à elle évoqué Christiane Taubira :

« Elle est super cultivée, elle rabat le caquet des Manif pour Tous et d’Eric Ciotti, elle fait peu de langue de bois, elle a fait la loi sur le mariage pour tous et sur la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle a un sens de la répartie et de la formule que j’envierai toute ma vie.

Christiane Taubira représente vraiment une intégrité politique, et pas mal de courage.

Je suis plutôt de gauche, mais je l’admirerais même si j’étais franchement de droite : toutes ces raisons me semblent dépasser les clivages partisans. En plus elle a subi plein d’attaques racistes et sexistes, ce qui ne fait que me la rendre plus sympathique. On sent (à mon sens) qu’elle fait ce métier pour les idéaux plus que par amour du pouvoir, ce dont on peut souvent douter avec d’autres politiques… Ah, et puis pas un scandale à son compte ! Elle représente vraiment une intégrité politique, et pas mal de courage.

Elle me donne envie de faire bouger les choses, d’améliorer le monde, de ne pas accepter de compromis sur mes idéaux. De ne pas accepter d’écouter des sympathisants FN sans rien dire malgré ma timidité, et de dire ce que je pense. »

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Les femmes inspirantes et leurs enseignements

Concrètement, ces modèles inspirent les madmoiZelles au quotidien comme sur le long terme. Sonia constate ainsi :

« Ma mère est donc un modèle dans le sens où elle m’a appris à me battre pour ce qui en vaut la peine, à me dévouer à ce qui me passionne et me prend les tripes, à voir le bon dans chaque personne et chaque situation. Elle m’a aussi appris que l’on a le droit de ne pas être parfaite, que l’on a le droit d’être triste ou en colère, que l’on a le droit de ressentir des choses et que cela ne diminue en rien notre force.

Je me suis longtemps infligée à moi-même une pression monumentale, pour réussir mes études, pour suivre le bon chemin. Et c’est elle qui régulièrement me disait que je n’avais pas à viser la perfection, mais plutôt viser un but qui nous rendrait heureux (une vraie maman hippie). Enfin, c’est elle qui m’a donné envie de m’impliquer dans le féminisme et dans le social. Son influence a fait de moi une personne tolérante et forte à la fois, et je ne la remercierai jamais assez pour ça. »

La soeur de Céline lui donne quant à elle « envie de rêver plus grand, de ne pas choisir la solution la plus facile, mais celle qui me plait le plus, de ne pas faire mes choix en fonction de ce qu’on attend de moi, ou de ce qui est le plus raisonnable, mais en fonction de ce que j’ai vraiment envie de faire » — rien que ça !

De fait, pour elle :

« Une femme inspirante, c’est une femme qui ne cherche pas à vivre pour prouver quelque chose, mais quelqu’un qui vit au quotidien ses convictions.

Une femme inspirante, c’est une femme qui ne cherche pas à vivre pour prouver quelque chose, mais quelqu’un qui vit au quotidien ses convictions.

Une femme inspirante peut avoir pour but de voyager partout, ou de s’installer et fonder sa famille, de gravir les échelons dans son entreprise ou de garder le poste qui lui plaît toute sa vie… les femmes avec une vraie énergie pour moi, ce sont celles qui construisent ce qu’elles veulent vraiment par elles-mêmes, ça me redonne à chaque fois l’envie de me lancer ! »

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De fait, l’idée de modèle au féminin varie pour chaque madmoiZelle, selon son vécu et ses conceptions. Pour Lucie, c’est :

« Une personne pas imaginaire, pas irréelle ou éloignée de la réalité, mais une femme forte avec ses faiblesses, avec sa vieillesse. Quelqu’un qu’on peut toucher et sentir, quelqu’un avec qui on peut regarder un film nul sur TF1 en mangeant des crêpes tout en lui confiant nos doutes et nos peurs.

Quelqu’un qui par toutes ses actions et ses réactions nous pousse à être meilleure, toujours meilleure. »

Pour Élisa,

« Une femme inspirante, c’est une femme qui se bat, qui a des idéaux et qui s’assume. Ma mère je ne l’ai jamais vue se laisser faire. C’est ce que je fais aujourd’hui, parce que quand j’entends des remarques du type slut-shaming, je n’ai plus peur d’élever la voix et de m’imposer.

La réussite au féminin, c’est de ne jamais dépendre de quelqu’un

Pour moi la réussite au féminin, c’est de ne jamais dépendre de quelqu’un (que ce soit matériellement ou sentimentalement), ne pas avoir peur de l’ambition (la fameuse autocensure féminine…) et faire des choix grâce à son propre esprit critique. »

L’idée de l’individu inspirant par sa façon de vivre au quotidien est également cruciale pour Camille :

« Ma maman, si c’était un animal, ce serait le petit colibri de cette légende amérindienne que Pierre Rabhi raconte tout le temps et qui a donné le nom à son association :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatour, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :

— Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !

Et le colibri lui répondit :

— Je le sais, mais je fais ma part. »

Sonia voit quant à elle les choses différemment :

« À mes yeux, une femme inspirante ne doit pas nécessairement être une femme à qui l’on voudrait ressembler, mais plutôt une personne qui nous fait nous questionner, et nous donne envie de faire plus, d’être plus. Une femme inspirante est une personne qui doit dégager des idées et avoir une attitude qui résonne en chacune d’entre nous.

Pourquoi je suis là ? Qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux faire de plus ? Qu’est-ce que je veux apporter ? Comment ai-je envie de vivre mon existence ? Quels valeurs et principes guideront mon chemin ?

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Se questionner, se remettre en question, c’est la base de toute avancée, de toute évolution. En contrepartie, je dirais que ce questionnement doit déboucher à une action : savoir prendre sa vie en main, sortir, faire ce que l’on aime, donner, apprendre, donner encore, se battre, vivre pleinement. Une femme inspirante, pour moi, c’est donc une personne qui me fait m’interroger, et qui me fait agir. »

De fait,

« La réussite peut avoir des aspects tellement différents. Pour moi réussir, c’est pouvoir éprouver de la fierté et du bonheur. Se dire : « j’ai travaillé pour, je me suis battue pour, et de cela en résulte de la joie ».

Être cadre avec trois enfants et un mari, et vivre seule dans une ferme d’Auvergne, sont deux aspects de la réussite parfaitement valables

Bien sûr la réussite au féminin est un concept encore récent, j’aimerais voir le jour où on n’aura pas besoin de préciser le genre d’une personne pour définir sa réussite, ou que les femmes doivent se battre et se justifier doublement pour accéder au même succès que nos compères masculins.

Chacun a sa propre définition de l’accomplissement. Beaucoup l’associent à une notion d’argent. Selon moi, être cadre avec trois enfants et un mari, et vivre seule dans une ferme d’Auvergne, sont deux aspects de la réussite parfaitement valables.

Pour ma part, j’espère seulement pouvoir avoir un jour un regard critique sur mon parcours, et être fière du chemin parcouru, ce serait pour moi une très belle réussite au féminin. »

À lire aussi : W(e) Talk réunit des femmes aux parcours exceptionnels

Réussir quand on est une femme

Les madmoiZelles ont quasiment toutes mis en avant des femmes qui leur apportent soutien et inspiration dans une société patriarcale qui peut cruellement en manquer. Leurs modèles, ce sont ces femmes qui imposent leurs choix et (s’)accomplissent malgré les obstacles rencontrés. Ainsi, selon Céline,

« La réussite pour moi, c’est d’arriver à faire un choix, et de le mener jusqu’au bout si cela compte pour nous. Par exemple, si au même poste je gagnerai plus en travaillant dans le secteur privé mais que je VEUX travailler dans le milieu associatif ou public pour être en adéquation avec mes valeurs, c’est savoir dire oui à dernier, et que ce choix m’appartienne. Ce n’est pas parce qu’il serait plus facile de faire autrement qu’il faut renoncer.

La réussite au féminin, je dirai donc que c’est de réaliser nos projets sans céder à l’énorme pression sociétale et financière qui pourrait nous en détourner. Ces femmes qui vivent leur projet à fond, c’est admirable. »

Marie complète :

« De façon générale, une femme inspirante est à mon sens une femme que l’on peut prendre pour modèle, peu importe le domaine. Une personne qui nous donne envie d’aller plus loin, de nous élever dans une direction. C’est une personne qui nous prouve que c’est possible. »

À lire aussi : 5 femmes célèbres auxquelles j’aimerais ressembler plus tard

Pour Marine, la réussite est aussi un état d’esprit.

« La réussite au féminin pour moi, je dirai que c’est une façon de vivre. Comme le bonheur. On ne peut pas être heureux tout le temps, et on ne peut pas réussir tout le temps. C’est un cap que l’on se donne, et je crois qu’on ne sait même pas si on l’a atteint, puisque chaque objectif que l’on atteint nous en fait fixer un autre.

C’est une recherche perpétuelle, un principe de vie. Et une magnifique façon d’être fière de soi et des gens qu’on aime. »

Léna conclut :

« Concernant la réussite au féminin… J’imagine que c’est la capacité de chacune de nous de réussir ce que nous entreprenons malgré une société patriarcale, raciste et capitaliste, grâce à l’aide de nos proches, de ceux qui nous inspirent et de ceux qui nous motivent. Avoir un rêve, si petit soit-il, et parvenir à l’atteindre lorsqu’on est une femme, je trouve déjà que c’est une grande réussite. »

– Un grand merci à toutes les madmoiZelles qui ont témoigné !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kaus Australis
    Kaus Australis, Le 9 mars 2016 à 11h47

    @mielou35 :Non, moi aussi je trouve ça un peu déplacé.
    Je pense que réussite au fémininn, c'est en prenant en compte le fait qu'on est dans une société misogyne et patriarcale.
    Je suis aussi étonnée par l'opposition "réussite au féminin" et "société capitaliste et raciste" du dernier paragraphe, là-dessus je me trompe peut-être mais je pense qu'il y a confusion.


    Sinon j'ai bien aimé lire les témoignages, l'article est positif et très intéressant. On voit que la réussite, c'est souvent de s'opposer aux autres pour imposer sa volonté, quand on sait que c'est ce qu'il y a de plus bénéfique pour soi. J'aime.

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