J’ai testé pour vous : avoir une mère prof de Philo

Ma mère est prof de Philo mais non, elle ne s’habille pas tout en noir et ne fume pas deux paquets de vieilles roulées par jour. D’ailleurs elle ne fume pas du tout, et même qu’elle se lave les cheveux (sisi). Il y a une mystique incroyable autour du prof de Philo. POURQUOI ? Vingt […]

J’ai testé pour vous : avoir une mère prof de Philo

Ma mère est prof de Philo mais non, elle ne s’habille pas tout en noir et ne fume pas deux paquets de vieilles roulées par jour. D’ailleurs elle ne fume pas du tout, et même qu’elle se lave les cheveux (sisi).

Il y a une mystique incroyable autour du prof de Philo. POURQUOI ? Vingt ans que je me pose la question. Pourquoi est-ce plus intrigant qu’un prof de Maths ou d’Anglais ? Voici ma problématique, je vais tenter d’y répondre en deux axes. Je déconne, hein !

Quoi qu’il en soit, quand tu dis que ta mère est prof de Philo, ton interlocuteur peut avoir 2 types de réaction : « Ahhh ! » ou « Haaa ! ». Traduction après 20 ans d’analyses  :

  • « Ahhh ! » : Exprime un dégoût viscéral pour la philosophie, souvent dû à un professeur de lycée assez traumatisant – à savoir : soporifique ou crado, donnant lieu à une remarque (dite ou pensée) du type : « Afffff, la Philo ça sert à rieeen ! ».
  • « Haaa ! » : Un soupir de respect / admiration / envie, signifiant grosso modo : « Ce doit être une personne très intelligente et tu dois l’être sûrement aussi. »

Phase 1 – L’enfance ou le poids de la différence

Alors non, je ne lisais pas Heidegger à quatre ans, mais j’en avais déjà bien entendu parler. Point dans mon enfance de « Princesse Starla et les Joyaux Magiques », de « Sailor Moon » ou autre dessin animé pour les filles que ma maman jugeait trop « bêtes ».

Moi je regardais « Le livre des Vertus », un dessin animé avec des animaux-narrateurs nommés Socrate, Platon et Aristote – ce n’est pas une blague, qui racontaient des histoires moralisatrices qu’on pourrait définir par l’équation (Père Castor + Les Malheurs de Sophie)², et on ne s’en plaignait pas.

Nos jeux de société devaient être intelligents et créatifs sinon rien. Total : je ne sais pas jouer au Monopoly, au Uno ou à tous les jeux de cartes possibles; en revanche à 10 ans j’étais une crack aux échecs et au Mastermind. Va t’intégrer après !

Mon cauchemar c’était de jouer au loup, je préférais discuter sur un banc, mais personne ne voulait rester au calme avec moi, j’ai donc passé bon nombre de récrés toute seule. Sortez vos mouchoirs.

D’ailleurs, dans la cour de récré, j’avais l’air con. Je revois les gamines me toiser parce que je n’avais pas les chaussures des Spice Girls, les colliers tatoo ou un tamagochi (« ça ne sert à rien et c’est stupide, cela t’éloigne de la réalité, c’est anti-platonicien »). Toute forme de conformisme aux modes était absurde pour ma mère.

Autant vous dire que sur le long terme, elle a fabriqué un Monstre, une fashionista en puissance, son banquier pleure et elle s’en veut (coucou maman !).

Les autres VS moi… VDM

Mais je crois que le mal était fait le jour où j’ai dit à ma mère, du haut de mes cinq ans : « Maman tu sais, voir et regarder, c’est pas la même chose ». Et je l’avais pensé toute seule. Un jour au collège, ma prof de Français a félicité pendant toute une semaine un élève qui avait fait cette remarque. Aujourd’hui je me lâche : Geoffray H. t’es TROP PAS un crack, moi je l’avais trouvée à cinq ans celle-là !

Phase 2 – L’adolescence ou la révolte tranquille (faut pas abuser)

L’acte de rébellion le plus hard que j’ai jamais fait fut de rendre à la place d’un devoir de maths, une dissert’ sur l’inutilité des maths. Les deux seules heures de colle de toute ma vie.

Et j’en ai eu, des petits copains qui, sur le chemin de la première visite chez moi, me disaient : « Ah cool, j’ai toujours voulu savoir à quoi ça ressemblait, la maison d’une prof de Philo ». Tu penses que ma maison est un zoo plein de livres, de tapis persans, de tasses de café froid et de cendriers pleins et ma mère une bête à 3 yeux ? Tu ne passeras jamais la porte, crevure.

Quand, au contraire, on me sortait un « T’as trop de chance, je rêverais d’avoir une mère prof de philo, ça doit être bien », j’étais tentée de rétorquer un « Tes deux parents sont médecins, on échange ? Ou bien t’es un genre de Paris Hilton à la recherche de Dieu dans sa prison qui accepterait de vendre villa et chihuahuas pour qu’un souffle de spiritualité vienne en toi ? ». J’ai alors commencé à adopter la superior-attitude.

Ma maison est un havre de spiritualité et de tranquillité (LOL)

Phase 3 – La Terminale Littéraire ou le banc des accusés

Ce qu’il faut savoir, c’est que ma mère – prônant la partialité, a refusé en bloc de m’avoir comme élève. Ma classe de TL a donc hérité du pire prof qui soit (le genre qui rêve sa vie, se regarde philosopher et s’appelle « Socrate » dans l’intimité). S’ils n’avaient pas leur bac à cause de la Philo, c’était ma faute. Bim.

Dans certaines situations, il est mal perçu de savoir des choses que les autres ignorent. Pas de chance, j’étais la seule qui au premier cours, savait dire « Schopenhauer » sans écorcher le nom. On se retourne vers toi avec un regard méprisant, « Pfff, madame je-sais-tout ». Du coup, tu ne prends plus la parole. Et on en vient à redouter comme la mort la remise des notes et les remarques du type « De toutes façons toi ta mère t’a aidé, c’est trop facile », je n’avais automatiquement aucun mérite pour mes bonnes notes.

J’avais beau leur expliquer que ma mère n’a jamais mis le nez dans une de mes copies ou dans mes cours (à part des dessins, elle n’y aurait pas vu grand-chose), ils ne démordaient pas de leur mépris.

Phase 4 – La vie ou apprendre à voir le bon côté des choses

Ma mère a souvent été la prof préférée des élèves, je me revois me balader dans les couloirs du lycée – en ralenti et cheveux au vent, à voir un mec mignon qui me lance « Héé, cooool ta mèèère ». One point.

Il y a toujours quelques profs que cela impressionne et qui t’estiment = t’es la chouchoute. Two points.

Si tu te trouves confrontée à des problèmes existentiels type « mon mec est un salaud », elle sait te raisonner à base des règles de vie du Manuel d’Epictète. Twenty points.

Pour peu qu’elle soit 1) sur Facebook, 2) super active avec son BlackBerry, 3) amie avec toi, cela peut te redonner foi en l’humanité rien qu’en relevant le niveau des publications et statuts de tes contacts. Fifty points.

Mais elle peut quand même bien te foutre la honte en commentant toutes sortes de choses.

Le wall Facebook de ma mère. Tu peux pas test.

Conclusion : à bas les clichés. Mais le fait d’être rejeton d’un prof de philo te contamine depuis le placenta jusqu’à la tombe (enfin, je suppose), et si tu arrives à t’en sortir sans une accablante confiance en toi, lucky you.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Abécédaire
    Abécédaire, Le 17 mars 2013 à 22h27

    Ooow, ta maman qui poste l'abécédaire de Deleuze ! <3<3

    Je n'avais pas d'affection particulière pour la philo en terminale mais depuis que mes parents m'ont fait découvrir  Enthoven / Pourriol, ça m'a franchement redonné foi en la matière :jv:
    Je peux passer plusieurs heures à les écouter parler (surtout Deleuze, mon amour). Je m'endors avec la voix d'enthoven souvent aussi.
    Le métier de prof est quelque chose qui ne m'a jamais attiré mais sinon oui, j'aurai fait fac de philo sans hésiter je pense.

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