Je me suis baignée dans la mer Morte — Carte postale d’Israël

Point d'orgue de son année d'études en Israël, Zoharit est allée se baigner dans la mythique mer Morte. Une expérience unique et forte en sensations.

Je me suis baignée dans la mer Morte — Carte postale d’Israël
Sous l'océan...

Vive la mer, les océans ! C’est la journée de la mer le 20 mai, car oui il existe une journée pour ce magnifique prodige de la nature.

Je te propose donc de te replonger dans ce témoignage, vraie ôde à la mer Morte en Israël.

— Article publié initialement le 6 octobre 2014

Point le plus bas de la Terre (427 mètres en-deçà du niveau de la mer) et étendue d’eau la plus salée du monde, la mer Morte était sur ma liste de choses à visiter pendant mon année d’échange en Israël.

J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque l’université nous a proposé d’y passer le week-end.

La mer Morte, au milieu du désert

En dépit de sa petite taille, Israël offre une grande variété de paysages.

Au nord, il y a les verts jardins bahaïs de Haïfa et les fleurs du plateau du Golan ; au sud, le brûlant et lunaire désert du Néguev jusqu’à Eilat et la mer Rouge.

Un autre désert, le désert de Judée, s’étend également à l’est de Jérusalem jusqu’au Jourdain, fleuve marquant la frontière naturelle entre la Palestine et la Jordanie.

Plus qu’une frontière entre les pays, le Jourdain marque une délimitation entre deux plaques tectoniques : celle de l’Afrique (dont fait partie Israël) et celle de l’Asie (dont fait partie la Jordanie).

La faille se prolonge ensuite au fond de la mer Rouge et forme le grand rift africain.

Le lac de Tibériade et la mer Morte sont deux élargissements de la faille, ce qui explique leur profondeur. Ils se sont petit à petit remplis d’eau grâce aux apports de la pluie et du Jourdain.

Après avoir traversé la Syrie et le lac de Tibériade, le fleuve biblique se jette en effet dans la mer Morte, ou « mer salée » en hébreu.

Parc naturel d’Ein Gedi. Au loin, la mer Morte et les montagnes de Jordanie.

Les reflets bleu pâle de la mer Morte sont à peine troublés par le vent faible. On les aperçoit au bout d’une petite demi-heure de route et huit cent mètres de dénivelé depuis Jérusalem, dans les montagnes arides du désert de Judée.

Des roches rouges et poussiéreuses nous entourent, et le paysage n’a rien à envier aux canyons californiens.

La route goudronnée ne cesse de descendre, sans jamais croiser d’embranchements.

Petit à petit, le silence se fait dans le car tandis que les rivages de la mer morte, blanchis par le sels se font plus visibles.

À lire aussi : Ce que le flirt m’a appris – Carte postale d’Israël

45 minutes pour découvrir la mer Morte

C’est une vision saugrenue que toute cette eau au milieu du désert et aucune habitation aux alentours.

Après un premier arrêt infructueux – ce n’était pas la bonne plage – nous reprenons la route et j’aperçois au loin de hautes tours.

Je songe alors à un complexe de désalinisation, mais je comprends avec horreur qu’il s’agit en réalité de grands hôtels surgis de nulle part.

Placés là par une main ignorant tout de l’esthétisme et de la pureté naturelle, ils accueillent les touristes venus bénéficier des propriétés curatives de la mer Morte.

Le car nous largue ici, sur une plage bondée. Nous n’avons que 45 minutes pour profiter de la mer Mort, car il faut être à l’auberge de jeunesse nous accueillant pour la nuit avant le début du shabbat.

Qu’importe, un tour dans les vestiaires (gratuits et remarquablement propres) et je me lance à l’eau… ou, tout du moins, j’essaie.

Impossible de nager dans la mer Morte

Évidemment, dans une étendue aussi salée, il est impossible de nager ! L’eau translucide porte ma masse et j’ai l’impression d’être en apesanteur.

Cependant, dès que je n’ai plus pied, cette sensation m’effraie quelque peu. Alors que mes camarades font la planche et s’assoient en tailleur, je répugne à me laisser aller.

J’ai peur de me retourner et de me retrouver la tête dans l’eau, ce qui est à éviter absolument, comme le répètent régulièrement les surveillants de la plage.

De plus, l’eau est brûlante : j’apprécie la chaleur, je me suis déjà baignée dans la mer Rouge en Égypte en plein mois de juillet, mais ces vapeurs m’étouffent et je préfère regagner le rivage, pataugeant inélégamment tel un chien, les brûlures à l’entrejambe me rappelant douloureusement le rasage de la veille.

Une sensation de pureté

C’est donc quelque peu déçue par l’expérience que je me précipite sous les douches gracieusement mises à disposition.

Je tente d’éteindre le feu allumé dans mon maillot de bain. À en juger par les contorsions de mes voisines, je ne suis pas la seule à souffrir de ces désagréments.

Mais une fois le sel parti, la sensation de pureté vantée par les brochures et les étudiants israéliens qui nous accompagnent est bien présente.

Ma peau est plus douce, les boutons moins nombreux (ils sont revenus depuis, malheureusement).

Certains achètent de la boue verdâtre et se l’appliquent sur le corps, mais je préfère prendre le soleil pendant les quelques minutes qui nous restent.

La chaleur est lourde et l’air manque. À quelques kilomètres en face de nous, les montagnes vierges de Jordanie sont voilées par la brume.

Un paysage irréel

L’irréalité du paysage, les positions étranges adoptées par les baigneurs (quelques-uns parviennent à tenir un livre ouvert tout en flottant tranquillement), les hauteurs dressées tout autour de nous,  la blancheur éclatante du sel…

Tout me donne l’impression d’être dans un lieu hors du temps, précédant la création du monde ou suivant l’Apocalypse. Je comprends mieux l’attrait que le pays peut avoir pour les mystiques et prophètes en tous genres.

La mer Morte, vers 19 heures.

Une fois à l’auberge de jeunesse, la sensation se renforce alors que débute la cérémonie d’accueil du shabbat.

Les prières dans une langue qui m’est encore largement inconnue sont portées par un vent chaud et salutaire qui fait claquer le châle de prière d’Ira, le coordinateur de l’Office of Student Activities qui a organisé ce week-end.

À lire aussi : Houmous, schnitzel et bourekas – Carte postale d’Israël

Flotter dans la mer Morte, l’explication scientifique

Après le mystique, voyons le scientifique.

Le débit du Jourdain ne cesse de diminuer, de même que la superficie du lac de Tibériade et de la mer Morte par voie de conséquence.

Ce phénomène naturel est renforcé depuis une centaine d’années par les prélèvements incessants qui sont effectués afin de permettre à Israël de se développer,

Ce faible apport d’eau, combiné à la chaleur du désert, explique également la très haute salinité de la mer Morte – d’où elle tire son nom : aucun organisme, animal ou végétal, ne peut y vivre.

En effet, la mer agit comme une « cuvette jalouse », d’après l’expression de notre guide, car elle garde tous les minéraux charriés par la pluie et le Jourdain.

La forte évaporation et l’absence de voie de sortie empêchant le volume d’eau de la mer Morte de trop augmenter et donc de diluer ces minéraux.

Ainsi, si vous souhaitez profiter des mystères de la mer Morte, évitez tout rasage dans les jours précédents la baignade, et préférez les mois d’hiver (février ou mars) où la température reste clémente et celle de l’eau agréable.

C’est aussi l’occasion de profiter du parc naturel d’Ein Gedi, de sa verdure et de ses sources !

L’oasis d’Ein Gedi, un paradis au milieu du désert

Cité plusieurs fois dans l’Ancien Testament comme lieu de refuge, le parc naturel d’Ein Gedi est le seul point d’eau douce à des kilomètres.

Il n’est pas compliqué d’imaginer le jeune roi David arpentant les sentiers de ce lieu dont le nom signifie littéralement la source des chèvres.

Des collines rocheuses, des oliviers, des pins et des cascades d’eau fraîche s’offrent à nos yeux émerveillés tandis que nous commençons l’ascension d’escaliers de pierre parfaitement aménagés.

Cascade dans le parc naturel d’Ein Gedi

Ce contraste n’est pas rare dans le pays : j’ai déjà randonné dans le Wadi Qelt, entre Jéricho et Jérusalem, où quelques minutes suffisent pour passer d’un désert à une source de vie.

Nous découvrons une magnifique vue sur la mer Morte et la Jordanie avant de faire trempette dans l’une des nombreuses sources du parc, approvisionnées par de puissantes cascades.

L’eau est d’une pureté saisissante, est d’une fraîcheur bienvenue dans la chaleur environnante (plus de 25° alors qu’il est à peine neuf heures du matin).

Une alerte à la canicule a même été émise par le gouvernement, ce qui nous empêche de faire une plus longue randonnée.

La guide se contente alors de nous lire les passages de la Bible citant Ein Gedi alors que nous nous séchons au soleil et écoutons le jeu de l’eau sur les mousses des pierres.

L’expédition s’achève par la visite d’une synagogue antique remarquablement bien conservée.

L’après-midi est consacré à une sieste méritée, bien que j’aurais préféré me rendre à Massada, haut lieu de l’histoire juive, où un millier de croyants se sont suicidés plutôt que de se convertir comme l’ordonnaient les Romains.

Nous quittons la mer Morte vers vingt heures. La pleine lune accompagne notre remontée vers Jérusalem et la civilisation…

Vous pouvez suivre les aventures de Zoharit sur son blog !

Melissa

Mélissa fait les témoignages, mais ce n'est pas elle qui vit toutes les histoires qu'elle raconte - et heureusement parce que sa vie serait un peu compliquée ! Elle aime les pois et s'empiffrer de Kinder en sirotant son thé.

Tous ses articles

Commentaires
  • antidopaminergique

    Ah la mer morte, toute mon enfance. :jv: Merci de faire une carte postale sur ce lac tellement particulier, ça me rappelle beaucoup de souvenirs !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!