Melancholia (Lars Von Trier)

Qui a vu Melancholia, le nouveau film de Lars Von Trier ? Pour une soirée déprime en mode fin du monde, y'a pas beaucoup mieux. Revue.

Melancholia (Lars Von Trier)

Mais comment est-ce que j’ai bien fait pour survivre à cette séance de cinéma ? Est-ce que j’ai détesté ce film ou est-ce que je l’ai aimé ? Je vais essayer de répondre à ces question mais d’abord un petit résumé.

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Justine (Kirsten Dunst) est fraîchement mariée. Elle et son époux (Alexander Skarsgar) doivent se rendre à une grande et somptueuse réception organisée pour leur mariage et préparée avec attention par Claire (Charlotte Gainsbourg), la sœur de Justine. Mais rien ne se passe comme prévu et la planète Melancholia menace peu à peu la Terre.

La salle devient obscure, l’écran s’illumine, les enceintes vibrent : le film commence. Cette apocalypse ne ressemble en rien à l’idée que l’on pouvait s’en faire. Toute sensation d’urgence, de peur et de violence est littéralement écrasée par un montage extrêmement lent. Un temps suspendu, annonciateur des malheurs à venir, qui dissémine ici et là quelques images de mort mais qui frappe surtout par sa beauté merveilleuse. On est charmé, légèrement abasourdi, et on attend la suite avec impatience.

Et paf la planète.

Mais la suite est moins palpitante et l’émotion retombe. On tourne autour de Justine et de ses petits malheurs. Justine qui reste froide avec son époux –
Alexander Skarsgård, tout de même, qu’elle néglige avec tellement de… négligence. Justine qui prend un bain au lieu de couper le gâteau. Justine qui erre sur le parcours de golf. Justine qui fait pipi sur le parcours de golf. Justine qui couche avec un autre homme. Justine qui…

En fait, Justine fait beaucoup de choses et ça n’est pas toujours très intéressant. Le film se révèle alors un peu vain et ennuyeux. On ne comprend pas très bien pourquoi Lars Von Trier s’échine à nous montrer tout ce mal-être. Justine finit non seulement par contaminer ses proches mais aussi le spectateur. « Parfois je te hais tellement » lui dit sa sœur… Oui, Justine devient rapidement détestable car incapable de faire quoi que ce soit si ce n’est s’enfoncer. Le cinéaste joue à fond la carte de la dépression et rend son propos lourd, très lourd.

Enfin… J’exagère sûrement un peu. Certaines scènes sont de petites merveilles et viennent illuminer ce sombre récit. Par exemple, l’arrivée impromptue de la neige pendant une cueillette ou bien les chevauchées des deux sœurs jusqu’à un pont qu’Abraham, le cheval de Justine, refuse catégoriquement de franchir (Incapacité de fuir ? Finalité de leur monde cloisonné ?). J’en retiendrais particulièrement une (qui a d’ailleurs beaucoup fait parlé d’elle à Cannes) et je parle bien sûr de celle du bain de « lune ».

"On n'est pas bien, là, à la fraîche, décontractée du téton ?"

Justine, couchée dans l’herbe et entièrement nue, se laisse caresser par la lumière de melancholia. Sa sœur, surprise, reste figée. En proie à une sorte de double pulsion (de mort et de désir), Justine prouve qu’elle est la seule personne capable d’accepter et d’aimer son destin car la seule à « savoir les choses ».

Reste la fin, aussi puissante en matière d’effets visuels qu’en émotion. C’est probablement la plus belle scène du film et celle qui a créé le plus d’attente. Sa mise en scène pourtant reste d’une simplicité étonnante : quelques bouts de bois, trois personnes qui se tiennent la main et… la fin du monde. Le sol tremble, on frissonne un peu et on se surprend à être terriblement triste. Vacuité abyssale de notre monde et solitude des êtres humains… Deux heures dix tout juste pour l’exprimer.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ginger_Gold
    Ginger_Gold, Le 10 mai 2012 à 18h43

    Je remonte cet article, car je n'ai vu Melancholia que hier (en retard ? Nooooon.) et j'ai très envie de m'exprimer dessus. J'ai d'ailleurs bombardé mes deux compagnons de fac de textos, à dire à quel point ce film est beau et Charlotte merveilleuse.
    Bon, je développe : d'abord, je précise que c'est le premier Lars Von Trier que je vois. Etant étudiante en cinéma, j'en entend beaucoup beaucoup parler, mais ce film là m'attirait plus que ses autres. Bah, la claque que je me suis prise ! Le prologue est une succession de beautés visuelles, et pour une novice en Lars Von Trier que je suis, ça pose tout de suite les bases. J'ai trouvé la première partie trop longue, et Justine m'insupporte totalement, pourtant, je ne vois pas la totalité-film sans ce mariage. Il est l'une des soeurs, il est l'une des moitiés de ce film. La deuxième partie par contre, m'a subjuguée. Je me découvre un amour pour Charlotte Gainsbourg. J'avais déjà vu cette actrice, oui, mais je me rends compte que je ne l'avais jamais vraiment regardée. Kirsten Dunst à eu la récompense, elle le mérite certes, mais c'est Claire que je retiens. Elle a besoin d'être rassurée, partagée entre l'amour et la haine de cette soeur malade, et lorsque sa peur se confirme, elle essaye de garder son sang-froid, sans grand succès. Lars Von Trier nous offre le plus beau tableau de la fin du monde avec Melancholia. Après premier visionnage, je me suis repassée la partie de Claire une seconde fois, sans le son, pour la beauté des plans, et je pense que ce soir je le relancerai, en entier. Le cinéma est mon grand amour, mais il est rare qu'un film me transperce autant le coeur, et quand cela arrive c'est tout simplement onirique. Melancholia est onirique. J'ai écrit un gros truc je crois et l'article date un peu, je ne sais pas si on va vraiment me lire, mais c'est pas grave, mon avis à retenir est que Mélancholia est un chef d'oeuvre dont je suis tombée amoureuse.

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