La médecine du travail – Chroniques de l’Intranquillité

Pondu par Ophelie le 27 janvier 2013     

Ophélie a eu droit à sa première visite médicale pour être déclarée « Apte au travail ». Sauf que les docteurs, c’est pas vraiment son truc…?

Cette semaine j’ai vécu un grand moment, une épopée comme il en arrive peu dans le quotidien prévisible : j’ai été convoquée à ma visite médicale d’embauche. Notez que j’ai été embauchée il y a deux ans et demi mais l’absurde est sans limite et les employeurs qui respectent scrupuleusement le code du travail ne sont pas légion.

Je ne visite mon médecin traitant que pour une seule raison : le renouvellement d’ordonnance de ma pilule – et je m’y rends en dernier recours après avoir arnaqué toutes les officines du quartier avec ma précédente ordonnance, périmée depuis trois mois. À l’aube de la mort, je préférerai me résigner aux atroces souffrances des agonisants plutôt que de consulter. D’ailleurs, mon médecin ne me connaît pas : à chaque fois qu’on se voit il mène la conversation comme un interrogatoire musclé. J’essaie de me décontracter mais le bras compressé entre les scratchs du tensiomètre ne m’aide pas : « Vous fumez ? Vous avez des enfants ? Vous avez été malade récemment ? Des allergies ? Des antécédents familiaux ? Ça va bien ? Vingt-trois euros s’il vous plaît ».

Alors, la visite médicale du boulot, j’étais bien heureuse d’en être dispensée… jusqu’au jour où on m’a tendu un petit papier m’indiquant le jour, le lieu et l’heure du massacre. Comme un élève de seconde désireux de sécher son cours de français sur la Princesse de Clèves et en manque d’inspiration face aux excuses à évoquer pour justifier son absence, j’ai demandé l’aide de l’ami Google.

« Ne pas aller à la visite médicale »

Parmi les 579 000 résultats qui traitent de ce sujet délicat, je suis tombée sur un article qui explique aux potentiels déserteurs qu’évidemment nous pouvons choisir de ne pas nous rendre à ce rendez-vous mais que ce serait quand même sacrément dommage : la médecine du travail est là pour venir en aide aux travailleurs (et puis on risque des trucs moins plaisants qui peuvent aller jusqu’au licenciement – c’est pas que je sois du genre à craindre les menaces, mais je réfléchis à deux fois avant de prendre des risques.) J’ai donc dû me résigner à ma terrible destinée : me mettre en slip devant un inconnu.

Du fantasme à la réalité

J’ai gardé un souvenir traumatisant des visites médicales en milieu scolaire, celles auxquelles tu es convoquée avec trois autres filles choisies arbitrairement par le hasard de l’ordre alphabétique, ces visites effroyables où on devait toutes se mettre en slip dans une salle froide pour se faire palper les os et mesurer les cheveux par une inconnue adepte des questions qui mettent mal à l’aise : « Tu as déjà eu tes règles ? Tu parles de la contraception avec tes parents ? Tu sais comment te protéger ? Tu manges bien ? Tu n’as pas de problèmes avec la nourriture ? Tu ne t’es jamais fait vomir ? » (les médecins scolaires ont dû être formés à deux choses : empêcher les grossesses précoces et dénicher un quota de probables anorexiques dans chaque classe).

Je voyais donc cette visite comme une pénible fumisterie – le genre d’obligations inutiles dont rien ne ressort jamais. J’allais devoir prendre le bus (moi qui ne supporte pas l’inconfort et le caractère aléatoire des transports en commun) pour débarquer dans le grand néant qui compose la banlieue – des lotissements ternes, des concessionnaires Ford et un Mc Do. Tout ça pour répondre aux questions d’un type complètement blasé parce que ses journées sont faites de cinquante rendez-vous minutés dont la finalité réside à imprimer le mot « APTE » en majuscules sur un bordereau en trois exemplaire. Heureusement, j’avais tort : la réalité était bien plus drôle que cela.

J’ai effectivement atterri dans une cité-dortoir dont le charme dépressif était amplifié par le climat humide et sombre typique des matinées d’hiver. À l’accueil de l’imposant bâtiment, j’ai rencontré deux standardistes qui auraient pu être les Sophie et Sophie de Canal +, avec chewing-gum en bouche et pantalon en cuir aux cuisses. « Premier étage à gauche, salle d’attente couleur BRUN », m’ont-elles dit.

La médecine du travail   Chroniques de lIntranquillité salle dattente

Déjà, sur la gauche, je ne rencontrais qu’un mur. J’ai donc vaillamment suivi mon instinct qui m’encourageait à prendre le virage sur la droite afin de trouver ma salle d’attente brune. Là-bas, une télévision diffusait BFM en boucle, j’ai suivi le vol de Florence Cassez minute par minute jusqu’à ce que je me lasse et fouille parmi la pile de magazines à ma droite. Que des choses très sérieuses : L’entrepreneur, Capital et SKI RANDO MAG. Pas un seul horoscope du mois dernier dont j’aurais pu me délecter. J’étais déçue, mes copains de galère n’étaient pas très marrants, il y en avait un qui discutait business au téléphone : « Je te dis de valider le projet, il y a encore deux personnes avant moi je pourrais pas être à la réu, mais tu valides ok ? TU VALIDES ». Une femme active buvait des cafés en faisant les cent pas, style « Je suis dans une salle d’attente mais comme je ne peux pas attendre je fais semblant d’être occupée ». Moi j’ai bien essayé de chercher les toilettes pour avoir l’air affairée mais je ne les ai jamais trouvées, alors j’ai banalement attendu qu’on vienne me chercher.

J’ai eu un premier entretien, on m’a demandé si je m’appelais bien Ophélie et si j’avais bien l’âge que je semblais avoir. J’ai dit oui à tout, j’avais peur qu’on m’engueule et qu’on me tende un piège. Ensuite on m’a fait subir un test oculaire : je devais lire un paragraphe en me cachant alternativement un oeil, j’ai eu des difficultés du côté gauche mais j’ai tellement brillé avec mon oeil droit qu’on m’a mis du 10/10 partout. J’étais fière de réussir ce premier examen haut la main, je ne voulais plus m’arrêter et lire la plaquette en entier pour la frime, mais on m’en a empêchée et je suis retourné dans la salle d’attente brune attendre le vrai médecin.

Florence Cassez était toujours dans l’avion d’après BFM TV. La femme active devait en être à son troisième café. Moi, j’étais à la page 56 de mon roman – André Mariolles chauffait Mme de Burnes en lui envoyant des missives enflammées – et vers la page 72 on m’a enfin convoquée.

La médecine du travail   Chroniques de lIntranquillité docteur

J’avais toujours aussi peur de devoir me mettre en slip alors je l’ai joué serré, j’ai dit que tout allait bien. Le mec essayait de me mettre à l’aise en ayant l’air sympathique mais il ressemblait tellement à Orson dans Desperate Housewives que je ne parvenais pas à le trouver gentil. Quand il m’a dit « Allez, on enlève le chandail » j’ai eu des sueurs froides, mais en réalité il voulait seulement me peser. Alors j’ai accepté d’enlever mon pull mais j’ai gardé mes bottes – les chaussettes, ça touche à l’intime, je ne les dévoile pas comme ça.

Il m’a posé d’étranges questions, parfois un peu misogynes (« Vous avez le temps de rentrer chez vous pendant vos heures de pauses ? Pour faire un peu de ménage ou de la vaisselle ? Alors vous restez dans votre quartier et vous faites du shopping, c’est ça ? »), puis m’a expliqué les gestes que je devais faire et les postures que je devais éviter pour ne pas avoir mal au dos – je lui ai pourtant dit que je n’avais jamais mal au dos mais il tenait absolument à me parler de ça. Il m’a montré comment faire puis il a ensuite voulu que je refasse les mêmes gestes avec lui. J’ai donc appris qu’il valait mieux poser le genou à terre pour passer l’aspirateur plutôt que de se courber. Je pense que cet homme était monomaniaque vis-à-vis de l’hygiène, ou qu’il voulait absolument faire naître en moi une passion pour les activités ménagères. Toujours est-il que j’étais APTE et que cette visite médicale m’avait également apporté un cours d’aérobic gratuit.

Il n’y avait plus personne dans la salle d’attente brune et d’après BFM, Florence Cassez était toujours dans son avion. Moi il était temps que j’aille prendre mon bus au milieu de nulle part mais je n’avais plus peur de rien, on m’avait tamponnée, j’étais APTE. C’était la première fois que je réussissais un examen depuis le bac, j’étais très très émue.

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  1. LoPimoussLoPimouss

    Le 27 janvier 2013 à 13:08

    Ah la visite médicale à la médecine du travail… J'en garde un souvenir particulier !
    J'ai un tatouage à la cuisse (soit un endroit que personne ne voit quand je suis au boulot), un phénix et la doctoresse m'a demandé s'il me gênait dans mon travail (pour info, je bosse pour la chaîne de fast foot citée dans l'article), je lui ai répondu que mis à part les moments où il s'envolait et mettait des plumes partout dans le restaurant, ça aller. Elle m'a regardé tellement bizarrement que j'ai dû lui dire que je rigolais, que ce n'était pas vrai et du coup j'ai eu peur qu'elle me déclare inapte ! :facepalm:
  2. solalisolali

    Le 27 janvier 2013 à 14:00

    ça fait 10 ans que je travaille et je n'ai jamais eu droit à cette visite médicale !! j'ai fait de l'intérim pendant 4 ans, on ne m'a jamais rien demandé et à mon poste actuel depuis 6 ans, aucun employé n'a fait de visites… tant qu'il n'y a pas de contrôle tout va bien !
  3. Stalowa WolaStalowa Wola

    Le 27 janvier 2013 à 15:28

    … Moui donc au final beaucoup de bruit pour rien?

    Je sais pas, j'ai du mal à saisir l'intérêt de cet article, à part exposer l'esprit débordant d'imagination de l'auteure.
    Effectivement si on est en bonne santé, la visite médicale est rapide. On aurait pu s'y attendre non?
  4. Kettu Water-FoxKettu Water-Fox

    Le 27 janvier 2013 à 17:00

    oh putain pour moi à chaque fois j'y ai droit:

    déjà on me demande toujours de faire pipi dans un gobelet (ce que je refuse toujours par principe) , et on me fout toujours en slibard histoire devoir si tout va bien:

    sauf que il se trouve que j'ai presque 1 cm d'écart entre la jambe gauche et la jambe droite et qu'à chaque fois on me dit
    "vous avez un écart il faut porter des chaussures orthopédiques et consulter un podologue" (sauf que mon podologue et moi on s'est fâché il y a quelques années parce qu'il voulait que je porte d'immondes chaussures de vieilles et que moi je préférais les plateformes demonia à cette époque)
    après on me fait faire des exercices de marche pour voir si mon dos va bien, sauf que c'est pas le cas.
    Après j'ai le droit à la morale sur mon équilibre alimentaire, sur le fait que je refuse toute activité sportive autre que la sieste et la pâtisserie (ou le sekse bien entendu), on me demande toujours si je me suis fais mes piercings moi même ( bah oui! avec une fourchette à fondue d'ailleurs!)…

    Quand je manifeste mon ennuis pour ces discours abrutis et complètement contre productifs, on me renvois chier limite en me traitant de sale gosse.

    De toute j'aime pas les medecins :(
  5. VadimVadim

    Le 27 janvier 2013 à 20:33

    Sinon, la médecine du travail peut aussi vous protéger face au harcèlement d'un supérieur, et être un allié de poids aux prud'hommes, il ne faut pas hésiter à faire appel à eux pour des problèmes au travail même au delà de la médecine "physique". Et même pour le physique, j'imagine qu'ils ont leur liste de questions obligatoires à poser, mais ils ne lisent pas dans nos pensées : il ne faut pas hésiter à leur parler si on a un problème quelconque, même sans lien avec le travail, ils ne font pas d'ordonnances mais peuvent nous orienter vers d'autres médecins, ou juste donner de bons conseils… Ce sont des docteurs avant tout, pas juste des fonctionnaires qui travaillent à la chaîne!
    Bref commentaire un peu au delà du sujet de l'article, je précise que je n'ai aucun lien perso avec cette corporation, je n'ai juste eu que des expériences très positives!

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