Maud, 28 ans, runneuse solidaire autour du monde – Portrait

On a parlé avec Maud, sportive amatrice qui s'est lancée dans un défi de course à pied autour du monde. On a causé de sports, de voyages et de changer de vie.

Maud, 28 ans, runneuse solidaire autour du monde – Portrait

Je n’ai pas rencontré Maud à la terrasse d’un café, ni sur le canapé de la rédac. Notre face à face a eu lieu sur Skype. Pas le choix. Car lors de notre entretien, Maud, 28 ans, est déjà à l’étranger depuis plus de deux mois. Elle frissonne dans son écharpe et rit à travers son écran :

« Il fait froid en Afrique ! On se rend pas compte, mais il fait 10 degrés. Les gens ne me croient pas quand je leur dis qu’il ne fait pas forcément beau tout le temps ! »

Maud est une runneuse, c’est-à-dire qu’elle court. Mais dans des conditions un peu particulières : en janvier, elle a quitté la France, et pendant deux ans, elle va faire le tour du monde en participant à diverses courses. Et surtout, elle ne caracole pas que pour elle, mais pour des causes qui lui tiennent à coeur :

« Je vais faire des marathons, des semi-marathons et des trails, au profit de la Fondation motrice, une association qui soutient les enfants atteints de paralysie cérébrale. Je veux aussi mettre en avant les femmes qui courent. »

Le déclic de la course à pied

Si Maud en est là aujourd’hui, c’est le résultat de diverses rencontres et d’une longue réflexion. Il y a encore deux ans, elle avait un métier beaucoup plus classique. Après le bac, elle a fait un DUT en techniques de commercialisation :

« Je voulais avoir un diplôme, avoir un truc pratique, pas une prépa parce que je trouvais ça un peu trop éloigné de la vie réelle. »

Elle a ensuite passé les concours des écoles de commerce et a intégré celle de Tours :

« J’ai toujours voulu être mon propre boss, et je sentais qu’avec cette formation, je pouvais avoir toutes les connaissances nécessaires pour un jour créer ma propre boîte.»

Puis elle est rentrée comme stagiaire marketing dans une petite société spécialisée dans les services informatiques :

« Quand tu es dans une petite boîte et qu’ils voient que tu bosses, au fur et à mesure, ils te donnent de plus en plus de responsabilités. Je suis devenue responsable marketing et commerciale de la boîte. Au final, j’étais directrice adjointe, j’avais un bon poste et je gagnais bien ma vie. »

Tout semblait aller comme sur des roulettes, jusqu’à ce que Maud reprenne le sport :

« À ce moment-là, j’avais 26 ans. Quand tu commences à travailler, tu te rends compte que tu fais de moins en moins de sport. Et tu te dis bon, si je veux manger ce que je veux et pouvoir sortir avec mes amis faire la fête, il va falloir que j’en fasse un peu. Deux de mes collègues se sont mis à la course, et comme c’est toujours plus facile de s’y mettre à plusieurs, je me suis dit que j’allais les suivre. »

Les suivre, au début, c’était loin d’être une évidence, comme elle me le raconte en grimaçant :

« Je courais 15 minutes et j’avais envie de mourir littéralement. Je ne comprenais pas. Je me disais : pourquoi les gens courent, pourquoi ils sont motivés par ça ? »

Mais Maud s’est accrochée. Et au-delà de l’entretien de sa forme physique, les idées ont commencé à faire leurs muscles dans sa tête :

« J’ai eu une sorte de déclic, parce que quand tu cours une heure, le rapport au temps est différent de quand tu déjeunes avec une amie par exemple. Tu as vachement plus de temps pour réfléchir. Je me suis rendue compte que ce que je faisais n’était pas du tout ce qui me correspondait. En fait, je ne suivais pas mon propre chemin. J’ai toujours voulu faire quelque chose pour moi, mais je suivais les traces de quelqu’un d’autre. »

Elle s’est rendue compte que le secteur informatique ne lui parlait plus :

« On dit qu’il ne faut pas faire de cliché. Mais là, j’étais vraiment dans le cliché du travail avec des geeks, où le seul sujet de conversation est l’informatique, et au-delà de ça, il n’y a plus rien. Je sentais qu’il y avait un truc qui clochait. Pour moi, au bout d’un moment, quand tu travailles avec des gens, c’est important de pouvoir échanger, et de créer des relations un peu plus poussées que parler boulot. »

Alors Maud a démissionné. La rupture n’est s’est « pas forcément bien passée » de ses propres mots.

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Le semi-marathon, épreuve du feu sacré

Mais entre temps, la course a commencé à prendre le dessus. Elle se rappelle que l’inscription, avec ses collègues, au semi-marathon de Paris, l’a sans doute motivée :

« On était en novembre 2012 et le marathon avait lieu en mars 2013, sachant que je n’avais jamais couru. Je me suis dit c’est bon, je m’inscris, je motive quelques amis, on essaye de courir 15 minutes par semaine. Mais ça ne marchait toujours pas. »

Le jour du semi-marathon, Maud était assez confiante sur les 20 kilomètres à avaler :

« J’ai fait ce qu’il ne faut jamais faire : j’ai tout donné sur les 10 premiers kilomètres. À partir du 12ème, j’ai senti que mon allure diminuait. J’ai commencé à me sentir pas bien, à marcher, à avoir la tête qui tombe. Au final, j’ai réussi à passer la ligne d’arrivée. Et à ce moment-là, il y a un sentiment qui te donne une force telle que tu te dis : il faut que je continue. »

Elle a commencé à s’entraîner plus sérieusement, à courir plus longtemps, à motiver des gens à s’entraîner avec elle. Après le semi-marathon, Maud est partie marcher cinq jours avec sa mère sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle :

« Elle le fait sur plusieurs années. Je l’ai accompagnée parce que ça lui tenait à coeur. On marchait entre une vingtaine et une trentaine de kilomètres par jour, ce qui te laisse du temps pour réfléchir. »

En parallèle, la future runneuse a commencé à lire des livres sur le bien-être et suggère que c’est peut-être dans l’air du temps. Elle a été particulièrement marquée par le travail de la journaliste Florence Servan-Schreiber :

« Elle a écrit deux bouquins, Trois kifs par jour et Power Patate. Si je suis là aujourd’hui, c’est la continuité de ma réflexion grâce à ces bouquins. Elle parle de pensée positive, ce qui est très bien, et il y a une question simple dans un de ses livres, qui dit : « Qu’est-ce qui, aujourd’hui, t’empêche de réaliser ton potentiel ? » Elle donne des sortes d’outils. Tu prends ou pas, ce n’est pas à suivre à la lettre, mais ça te permet d’arriver à ta réflexion. Moi, je me suis dit : il faut que je fasse le tour du monde et que j’aille courir. »

Rencontre avec la paralysie cérébrale

Au retour, Maud s’est inscrite à des compétitions et raconte avec une moue de défi :

« Un ou deux de mes amis m’ont dit qu’il fallait que j’attende 30 ans pour faire un marathon. J’ai dit : ah bon ? Je vais m’inscrire tout de suite alors. »

L’année dernière, Maud a participé au marathon de Paris avec une de ses amies très proches, qui s’investissait pour la Fondation motrice et avait même levé des fonds pour l’association :

« On est allées les voir au moment du retrait des dossards. J’ai parlé une demi-heure avec le président et les bénévoles. Et j’ai été très étonnée de ne pas connaître la paralysie cérébrale, alors que la maladie affecte énormément d’enfants. J’ai été hyper touchée, et je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. J’ai pris un t-shirt et j’ai dit : je cours pour vous. Ca me tenait à coeur. »

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Cette maladie dont on ne parle pas beaucoup, selon la runneuse, touche pourtant deux fois plus d’enfants que la trisomie 21 :

« La paralysie cérébrale, on la détecte au moment de la naissance, parce qu’il y a eu un problème au moment de l’accouchement, un problème d’oxygénation du cerveau, ou une possibilité d’AVC, mais c’est un peu plus rare. Ou elle arrive par des accidents de la vie, comme l’enfant qui tombe de la table à langer. Tu peux boîter ou être handicapé à vie, c’est-à-dire dans un fauteuil roulant. Ca peut aussi atteindre le niveau moteur psychique. »

Elle a repris contact avec la Fondation au moment de lancer son projet, et raconte qu’ils étaient « super contents » de voir son investissement sur le sujet :

« Je voulais faire un tour du monde pour moi. Puis je me suis dit qu’il fallait que je mette à profit ce que je voulais accomplir pour quelqu’un d’autre. C’est pour ça que j’ai pensé à mettre en avant cette association et à en faire parler. »

Un tour du monde à vendre

Mais avant cela, il a fallu bâtir le projet en question. Au réveillon 2014, Maud avait déjà fait sa liste de bonnes résolutions, qui était en fait… Celle des pays qu’elle avait l’intention de visiter : 

« Je me suis promis que je me laissais un an pour partir, jusqu’en 2015 donc. La semaine d’après le marathon, je me suis penchée sur l’organisation de mon projet. J’ai contacté des courses à pied et j’ai commencé à dessiner mon itinéraire. Au début, c’est très clair dans ta tête. Puis tu te rends compte que tu as envie de passer tant de temps dans un pays ou un autre. Mais ça ne va pas avec les saisons, ou la course. Du coup, ça prend un peu de temps. »

Maud a ensuite commencé à exposer ses objectifs à d’autres personnes :

« Quand tu prépares un projet, c’est un peu comme une entreprise, t’es obligée de te vendre. Mais ça te tient tellement à coeur que les mots arrivent plus rapidement que si tu devais simplement vendre quelque chose. »

Elle a notamment déniché des gens pour transformer ce projet en vidéo explicative, et a lancé une campagne de crowfunding pour récolter des fonds :

« Je voulais que ce soit simple et rapide à comprendre, quitte à envoyer quelque chose d’écrit si les gens voulaient plus d’informations. Il y en a qui m’ont contactée, c’est cool que ça arrive quand tu crées un truc, ça veut dire que ça marche un peu ! La vidéo permet aussi présenter le projet aux courses directement à l’étranger. Quand les gens ne m’ont jamais vue, c’est plus facile que d’écrire un mail. J’ai aussi envoyé cette vidéo à tous les potentiels sponsors qui pourraient m’aider : des équipementiers, Nike, Oasics, Puma, et des boutiques de chaussures »

Car un tour du monde, et des inscriptions à diverses courses à pied, ça se prépare financièrement :

« J’ai travaillé. Je mettais de l’argent de côté pour pouvoir voyager, parce que j’aime bien partir longtemps avec des amis en été. J’ai aussi bénéficié d’un plan d’intéressement dans mon ancienne boîte : si tu atteins un certain chiffre d’affaire, un pourcentage de ton salaire t’es rétribué ou mis sur un compte-épargne qui rapporte de l’argent. Quand tu veux partir de la boîte, tu peux les retirer, c’est ce que j’ai fait. »

Avec la campagne de crowfunding, elle a réussi à accumuler assez d’argent :

« J’ai aussi réussi à avoir trois paires de chaussures par Puma et des vêtements. C’est chouette de ne pas avoir à investir là-dedans. Parce qu’au final, si tu changes régulièrement, une paire de chaussures, ça coûte un peu cher. Et si jamais je suis à court, l’option, c’est de travailler pour pouvoir continuer mon voyage. »

Un itinéraire à courir

Maud est partie de France le 17 janvier 2015. Au moment où nous causons, elle est à nouveau sur le départ :

« Je suis à Port Elisabeth, et ma prochaine course a lieu samedi à Johannesburg. C’est à peut-être 1000 ou 2000 km d’ici, donc faut que je parte ce soir. »

Elle essaye de se déplacer de pays en pays essentiellement par la route, via le bus ou les transports locaux :

« J’ai pris le train aussi, de Tanzanie jusqu’en Zambie. Ca fait 50 heures, c’est assez intense ! Les distances ne sont pas pareilles, le rapport au temps est assez différent aussi en Afrique. Mais c’est bien parce que ça te permet de discuter avec les gens. Dans les bus, tu apprends à connaître un peu plus la culture. »

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En l’absence de bus, elle opte pour l’avion, mais à regret, parce qu’elle n’y voit pas le paysage, et n’y a pas l’occasion de parler avec les locaux. Maud se fait héberger chez des amis, chez des backpackers ou en auberge de jeunesse. Là encore, elle apprécie les rencontres :

« Il y a souvent des gens qui font le même trajet que toi, et tu peux voyager avec eux, c’est cool ! »

Du côté de la Fondation motrice :

« On essaye de voir sur place si je peux rencontrer des centres. J’en ai vu un au Kenya, je vais aussi essayer d’y aller à Madagascar, et d’emmener les enfants me voir, c’est toujours plus sympa de faire une activité avec eux. »

Elle a déjà traversé la Zambie, le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Kenya, où elle a fait sa première course à pied, 100 km répartis sur cinq jours, dans les parcs nationaux :

« J’ai pu courir avec des girafes et des rhinocéros ! C’est assez fou parce qu’ils sont à 2 mètres de toi. Mais c’est aussi très balisé : les organisateurs missionnent des rangers pour gérer le parcours. »

Mais ce sont les enfants qui l’impressionnent le plus :

« Ils te donnent la main et courent avec toi, pieds nus alors que toi tu as tes chaussures, parce que ça les transporte ! Le Kenya, c’est un peu à part pour la course à pied, c’est vraiment une sorte de religion… »

En Tanzanie, Maud a couru le marathon du Kilimandjaro :

« Il ne faut pas s’attendre à un marathon organisé comme à Paris ! (Elle sourit) C’est très sympa, le début est plat, il y a du dénivelé, et à la fin tu es face au Kilimandjaro, c’est assez impressionnant ! Même si c’est dur avec la chaleur, tu continues. Et encore une fois, c’est quelque chose d’assez fort quand tu franchis la ligne d’arrivée. »

Sportive, mais plus si amateure

Avec toutes ces courses, l’entraînement doit être intensif, pas vrai ? Maud tempère :

« Quand on change beaucoup de pays les voyages sont très longs et le niveau de fatigue assez important. J’essaye de courir deux ou trois fois par semaine pour m’entraîner et rester en forme. »

Même si elle court depuis deux ans, Maud prévient :

« C’est au niveau amateur, je ne fais pas 2 heures au marathon ! »

Plus jeune, elle a fait de la danse, de la boxe, du trampoline et a fréquenté une salle de sport :

« Mais ce n’était pas vraiment comme je pratique le sport aujourd’hui. Je pense que j’ai trouvé celui qui me correspond. »

La sportive s’entraîne toute seule, même si elle a rencontré des coachs :

« C’est plus pour la gestion du stress et la récupération. En fait, c’est une histoire un peu improbable. Je suis allée me faire vacciner avant de partir. J’ai discuté avec l’infirmière qui m’a dit qu’elle était coureuse aussi, et que son meilleur ami organisait des courses à pied ! Il connaissait des gens et m’a proposé de me faire suivre. J’ai dit oui pour la gestion du stress, parce que si tu le fais avec tes proches, l’approche est biaisée. »

Faire face à l’inquiétude des proches

Quand on a autant la bougeotte, pas facile de garder le contact avec sa famille et ses amis :

« J’essaye de me connecter à Internet une fois par jour pour donner des informations sur ce que je fais et l’endroit où je suis. En Afrique, le wifi est partout, mais en terme de débit, c’est pas si développé que ça. Il faut être patient. Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. »

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Elle ne rentrera pas en France pendant deux ans, mais son entourage s’adapte :

« Dans un mois, ma mère vient marcher avec moi au Népal. Avant je fais une escale par Dubai donc je vais voir mes amis là-bas. Cet été, je vais retrouver une de mes meilleures amies qui sera aussi en Asie. À Noël, mon frère et ma mère vont venir me rejoindre. L’année suivante, des amis ont prévu de me venir me voir, on essaye de se caler avec les vacances. Je suis contente. »

Au départ, les proches de la sportive n’étaient pas très encourageants :

« Les premiers mots qu’on m’a dits : c’est dangereux, t’es folle, tu ne te rends pas compte, t’as pas conscience, parce que je partais toute seule. C’est un peu dur. »

Pour qu’il comprennent sa démarche, la future runneuse a organisé une présentation :

« Je leur ai dit de venir un après-midi à la maison. On fait un goûter, je vous explique mon projet et vous me demandez tout ce que vous voulez. Plus tu donnes d’informations aux gens, plus ils sont rassurés. Le fait d’en parler, ça aide beaucoup pour que ta famille et tes proches aient confiance en toi. »

Malgré cela, Maud me raconte que ses proches étaient beaucoup plus angoissés qu’elle à l’idée qu’elle parte toute seule :

« Quand tu es une fille et que tu décides de partir en Afrique, on te dit tout de suite que tu vas te faire tuer ou kidnapper. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de risques, mais tu prends tes précautions : tu fais attention, tu fais pas confiance à tout le monde et tu ne te balades pas seule la nuit. À part quand j’ai couru à Nairobi et que je n’étais pas à l’aise parce que des gens un peu bourrés te suivent quand tu cours, je ne me suis pas sentie angoissée pendant mon voyage. »

En avant les femmes athlètes

Et surtout, elle n’est pas seule. Ou en tout cas pas vraiment. Parce qu’en plus des courses, Maud a un projet de vidéos, à travers lequel elle veut mettre en avant les femmes du monde dans le running :

« Aujourd’hui, ça commence à changer et on parle de plus en plus des femmes dans le sport. Mais on va dire que 90% de ce qui est retransmis à la télévision et dans les médias est masculin. Je me suis dit, moi qui suis une femme qui court, pourquoi je n’irai pas rencontrer des femmes qui font pareil pour comprendre pourquoi elles ont décidé de courir ? »

Maud affirme qu’elle s’est intéressée progressivement à la cause des femmes :

« Pas forcément dans l’humanitaire, j’avais pas des convictions très affirmées sur ça. C’est vraiment en grandissant, en prenant conscience des choses… C’est peut-être lié à ma mère. C’est vraiment une femme très forte. Elle n’est pas grande chef d’entreprise, elle est comptable dans une petite boîte, mais elle est partie de très bas et a réussi à se faire son petit chemin. Elle est forte même dans la vie de tous les jours, dans ce qu’elle accomplit. C’est une source de motivation ! »

Pour trouver les femmes qu’elle interroge dans son projet, Maud se tourne d’abord vers les organisateurs des courses :

« Ils m’orientent vers les personnes qui sont locales, et leur expliquent en amont, pour que je puisse engager la conversation. Mais si jamais elles ne comprennent pas, je leur demande de me leur signifier et je réexplique. »

Maud passe en moyenne cinq à dix minutes avec chacune de ses interlocutrices, mais se dit toute prête à continuer la conversation si elles le souhaitent :

« Je vais les voir, je découvre comment elles vivent, je parle avec elles, j’essaye de comprendre pourquoi elles se sont mises à la course, et leur manière d’approcher le fait d’être maman et athlète. J’essaye d’arriver de manière naïve, je suis vraiment là en spectatrice, et j’essaye d’écouter au mieux ce qu’elles ont à me dire. »

Pour la communication, on s’adapte :

« On trouve des gens qui parlent en anglais, on prend plus de temps. Il faut être patient. Est-ce que je suis sûre que ça passe, que ce que je veux dire a été bien retranscrit ? Si ça ne marche pas, j’essaye avec les mains, pour que ce soit le plus simple possible. »

Maud réfléchit : oui, le fait d’être une femme aide aussi à ce que d’autres femmes se livrent à elle. Ce serait peut-être différent avec un homme.

Des rencontres passionnantes

La voix de Maud s’emballe et son visage s’anime derrière l’écran lorsqu’elle me raconte ses rencontres.

« Il y a des femmes qui se sont mises à courir pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Elles viennent d’une famille pauvre et se sont rendues compte qu’elles pouvaient courir et arriver à les nourrir comme ça. Quand tu gagnes une course, tu as des prix. Tu gagnes de l’argent. Ça leur permet de sortir de leur condition et de donner un peu un futur à leurs enfants. »

À Iten, au Kenya, la « Mecque des marathoniens », elle a fait la connaissance d’athlètes françaises professionnelles :

« J’ai pu rencontrer et parler à l’équipe de France d’athlétisme, c’était chouette. Ce sont des femmes qui ont gagné des prix dans des compétitions internationales, et c’est dingue parce tu prends un café avec elles comme si c’était tes potes. C’est vraiment très naturel. »

Mais la rencontre qui l’a le plus marquée est celle d’une famille massaï, une tribu du Kenya :

« Ils sont huit, ils vivent dans 10m2 et ont une bougie pour tout éclairer. C’est la femme qui construit elle-même sa maison, pendant trois semaines, sans l’aide de l’homme. Elle va en montagne, elle part chercher du bois pour la construction. Tu te dis, elle se rend disponible toute sa vie pour sa famille, c’est comme ça, et moi, je saurais même pas construire ma maison ! »

Maud a discuté avec la mère :

« Ce qui m’a marquée, c’est qu’elle avait le sourire tout le temps. J’ai pensé : qu’est-ce qu’on se fait chier à se plaindre sur des trucs ? Nous, dès qu’il y a un truc qui ne va pas, on se dit que c’est la fin du monde ! Je me me suis dit : il faut que tu changes un peu ta manière de penser, d’approcher la vie. Il faut prendre chaque chose positive et ne pas se concentrer que sur le négatif. »

Profiter de l’instant présent

La runneuse poursuit son voyage comme elle l’a commencé, dans un esprit qui se veut sans à priori :

« Je n’avais pas de clichés en tête, j’ai aussi essayé de m’enlever celui de la peur, je voulais arriver de manière neutre dans les pays. Que ce soit bon ou mauvais, je veux prendre l’expérience comme elle arrive. »

Pour l’instant, Maud ne retire que du bon de ce projet, même si elle a encore du mal à se convaincre que tout est réel :

« Ce qui m’a surpris, ce sont les paysages, et la gentillesse des gens. C’est un truc de dingue, on croit trop que les autres ne sont pas forcément positifs, alors que quand on a l’esprit positif, on attire des personnes qui le sont aussi ! Je peux dire ça parce que j’ai l’impression d’être loin de tout ce qui est parisien, du milieu dans lequel je bossais avant… »

Maud, qui aime apprendre par elle-même, tourne et monte les vidéos toute seule :

« Je demande conseil à des gens que je connaissais avant, ou à ceux que je rencontre pendant mon voyage et qui maîtrisent le montage. La première vidéo prend beaucoup plus de temps que la deuxième, et je pense que ça va aller de mieux en mieux ! »

Elle a rajouté quelques pays à sa liste initiale de 33 noms, et ne passera finalement pas par le Mozambique :

« Après l’Afrique du Sud, je vais à Madagascar. Puis en Asie, où je fais le Népal, l’Inde, peut-être le Sri Lanka, le Cambodge, le Laos, le Vietnam, la Thaïlande, la Birmanie, la Malaisie, les Philippines, l’Australie. Après, je fais Nouvelle-Zélande et Nouvelle-Calédonie. La deuxième année, je remonte en Chine, puis le Japon. Ensuite, je fais l’Amérique du Sud : Venezuela, Brésil, Argentine, Pérou, Bolivie, Chili et Colombie. Après, je n’y ai pas réfléchi. C’est un peu compliqué de traverser l’Amérique centrale parce que c’est un peu dangereux, tu n’as plus de route après le Panama. L’avion ? Après, je fais les Etats-Unis et le Canada, et je rentre en France. »

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Garder l’esprit du running pour l’avenir

Elle ne se projette pas tellement dans l’après tour du monde :

« Le retour à la vie « normale », j’y pense de temps en temps, pas plus tard que dimanche. Je suis allée manger dans un restaurant de sushis et je me suis dit, tiens, c’était une de mes habitudes à Paris. Est-ce que ça sera pareil quand je vais rentrer ? »

Mais elle balaye ces préoccupations :

« Je n’ai pas la réponse, parce que je pense que j’ai changé, et que je vais évoluer encore. C’est un peu effrayant, parce qu’on ne sait pas vers quoi on va. En même temps, c’est ultra motivant, parce que l’objectif, c’est d’arriver à faire ce reportage sur la course au féminin, de trouver la réponse, de faire parler du projet et de mettre en avant l’asso. »

Par la suite, elle se voit plutôt rester dans le secteur. Peut-être travailler dans le running. Ou mettre en avant les femmes. Mais le plus important, c’est de garder par la suite ce qu’elle a retiré de la course :

« Dans le running, l’état d’esprit est totalement différent de l’informatique par exemple. Dès qu’on parle de sport, il y a quelque chose de particulier, une atmosphère, en tout cas moi je la ressens, qui fait que c’est positif. Et bizarrement, je suis attirée par les choses positives ! »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Queenki
    Queenki, Le 21 mai 2015 à 22h08

    Wouaw !!! J'aime cette idee . J'aimerais bien voir Maud au Senegal

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