Pourquoi le roman Marqués est une réflexion passionnante sur le tatouage ?

Pourquoi faire un tatouage ? Voilà une question que l'on peut se poser à la lecture du roman Marqués, une dystopie d'Alice Broadway parue chez PKJ !

Pourquoi le roman Marqués est une réflexion passionnante sur le tatouage ?Illustration : Jamie Gregory

En partenariat avec PKJ (notre manifeste)

Mêler le tatouage à la dystopie : voilà une excellente idée, et c’est celle d’Alice Broadway, auteure du roman Marqués paru aux éditions PKJ !

Le roman s’ouvre sur le décès du père de Léora, qui était l’un des membres de la caste la plus puissante du pays de l’adolescente. Comme la tradition le veut… sa peau est écorchée afin d’en faire un livre de peau.

Oui ça perturbe ! Mais c’est pour une raison bien précise.

Clique sur l’image pour lire un extrait du roman

Dans cette société, chaque nouveau-né se fait tatouer. Tout au long de son existence, sa peau va lui servir à raconter son histoire grâce à des tatouages relatant les grands événements de sa vie.

En un coup d’œil sur la peau qu’un individu dévoile, la nature de sa personnalité est immédiatement lisible. À sa mort, pour entretenir et célébrer sa mémoire, sa peau est conservée dans un livre disposé dans un musée.

Sauf que celui du père de Léora tarde à être accessible, et de nombreux secrets entourent le passé de son géniteur. Elle va tenter de trouver lesquels en rassemblant les pièces de l’identité de son père.

J’ai particulièrement été séduite par l’originalité de ce roman, qui met le tatouage au centre de son intrigue et développe de nombreuses réflexions très intéressantes sur le rapport à la mémoire et au pouvoir. Voyez donc !

Le tatouage comme livre ouvert sur la personne

Dans la société de Léora, le tatouage est donc une manière de relater l’histoire d’une vie.

Tous les nouveaux-nés sont marqués de leur prénom, puis au fil du temps, leur peau va raconter qui est leur famille, quel est leur niveau de diplôme, puis plus tard leur métier…

Léora, par exemple, termine ses études pour être tatoueuse. Sa meilleure amie, Verity, souhaite travailler dans l’administration. Elles auront donc deux tatouages distincts pour marquer leur appartenance à l’une ou l’autre des professions.

En parallèle à ces motifs obligatoires, les individus sont libres de se tatouer ce qu’ils ont envie. Pour eux, c’est une évidence de le faire, car c’est une manière de s’approprier leur corps face aux tatouages conventionnels.

C’est malin car au regard des pratiques qui concernent notre petite bulle occidentale, le tatouage est aussi une forme d’appropriation de son corps pour certaines personnes (qui, elles, se détachent de leur peau nue).

C’est une manière de le démarquer de celui des autres, et de lui faire porter les marques qui font l’authenticité de sa personnalité.

Mais la personnalité n’est-elle pas aussi liée à sa famille, à sa professions, et à ses choix de vie ? Les tatouages conventionnels sont-ils vraiment moins révélateurs sur l’identité d’une personne que ceux qu’elle a choisis ?

Je pose ici mes réflexions, et vous laisse juge.

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Le tatouage comme mémoire

Là où le roman apporte plus particulièrement une nouvelle dimension de réflexion, c’est que le tatouage est une obligation sociale, morale et politique dans Marqués !

En effet, ceux qui ont la peau nue, les Immaculés, sont exclus, traqués, dénigrés par tous les autres. Ils alimentent les pires rumeurs et les pires angoisses. Ils sont mal vus et souffrent de préjugés.

C’est plutôt intéressant car dans notre société, ce sont les gens très tatoués qui ont quelques soucis d’insertion, notamment professionnelle.

Cette dystopie pourrait aussi être mise en relation avec la tradition du tatouage dans d’autres parties du monde, où elle est aussi un marqueur de caste, de puissance, de beauté, d’orgueil.

Je n’y connais rien, mais ça me donne envie de faire des recherches sur le sujet !

Le roman pousse d’ailleurs encore plus loin l’idée, en faisant du tatouage une arme pour les autorités. Celui-ci permet d’avoir à l’œil sa population, et de contrôler facilement les éléments plus perturbateurs que d’autres. Ça reste une dystopie !

Or dans le roman, celles et ceux qui ont trahi la caste en aidant les Immaculés sont forcés d’avoir un tatouage de corbeau, symbolisant leur faute aux yeux de tous, suscitant leur mépris et leur rejet.

Le contrôle des masses par le tatouage, c’est encore une fois sacrément fin comme concept !

Le tatouage comme valeur affective

Par rapport au point précédent, on pourrait penser que le tatouage est considéré de manière négative dans le roman, comme une obligation, un moyen de contrôle et un moyen de pression.

Mais c’est loin d’être restreint à cela !

En effet, le tatouage est aussi pensé comme une symbolique affective, proche de notre vision occidentale.

Léora, par exemple, peine à trouver quel sera son tout premier tatouage personnel, car elle souhaite qu’il ait une vraie valeur émotionnelle pour elle — qu’il soit parfait !

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Une femme va se faire tatouer en hommage à son bébé mort-né, alors que c’est illégal : il n’est pas permis de faire référence à des Immaculés (et un bébé qui n’a pas eu le temps d’être tatoué en est un).

Pourtant, son désir d’ancrer ce moment charnière de sa vie est plus fort que la loi qu’elle enfreint…

Finalement, en prenant de la hauteur sur l’intrigue et sur le tatouage en lui-même, le roman interroge aussi la trace qu’on laisse dans les mémoires. Et cela concerne autant la sienne, que celle des autres.

Qu’est-ce qui vaut la peine d’être gardé en mémoire ? Qu’est-ce que les gens retiendront de soi quand on viendra à disparaître ?

En résumé, Marqués est une dystopie originale, qui permet d’une part, par le prisme du tatouage, d’alimenter des péripéties vraiment prenantes.

Mais par ce même prisme, elle donne aussi envie de cogiter sur d’autres sujets plus proches de soi, ceux de la mémoire, de l’apparence, du corps, de la morale ou même de la famille.

Et bien entendu, c’est un roman qui donne une furieuse envie de se refaire l’intégrale des Street Tattoos de madmoiZelle  !

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Lucie Kosmala


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Commentaires
  • TaraConnor
    TaraConnor, Le 8 juin 2018 à 12h30

    Dans le genre contrôle de masse par le tatouage, ça rappelle forcément les déportations...
    Merci pour le partage de ce bouquin, je pense que je vais me l'acheter.

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