Que faire avec les 45 milliards promis par Mark Zuckerberg à sa fille pour un monde meilleur ?

Mark et Priscilla Chan-Zuckerberg viennent d'avoir une fille, Max. Son père, le patron de Facebook, lui adresse une lettre pleine d'espoirs et d'ambitions très concrètes pour le monde dans lequel les heureux parents veulent voir grandir leur fille, ainsi que toute sa génération.

Que faire avec les 45 milliards promis par Mark Zuckerberg à sa fille pour un monde meilleur ?

Mark Zuckerberg a publié une lettre à sa fille qui vient de naître, Max… et cette missive contient bien plus qu’un message d’espoir. C’est carrément un plan de bataille pour construire le monde meilleur que le patron de Facebook ne se contente pas de rêver : pour sa progéniture, et tous les enfants de sa génération, le jeune papa milliardaire entend contribuer activement à des transformations majeures qu’il espère contribuer à concrétiser.

On a traduit l’intégralité de la lettre, à lire ci-dessous.

« Une lettre à notre fille »

« Chère Max,

Ta mère et moi n’avons pas encore les mots pour décrire tout l’espoir que tu nous donnes. Ta nouvelle vie est pleine de promesses ; nous espérons que tu seras heureuse et en bonne santé, pour pouvoir en profiter un maximum. Tu nous as déjà donné une raison de réfléchir au monde dans lequel nous voulons que tu vives.

Comme tous les parents, nous voulons que tu grandisses dans un monde meilleur que le nôtre.

Nous voulons que tu grandisses dans un monde meilleur

Alors que les gros titres se focalisent sur ce qui va mal, à bien des égards, le monde va mieux. La santé s’améliore, la pauvreté décline. Le savoir augmente. Les gens se connectent, partagent entre eux. Les progrès technologiques dans tous les domaines annoncent que ta vie devrait être plus belle que la nôtre.

Nous allons faire notre part pour que ça arrive, pas uniquement parce que nous t’aimons, mais également parce que nous avons une responsabilité morale envers tous les enfants de la prochaine génération.

Nous avons la conviction que toutes les vies ont la même valeur, et cela inclut les très nombreuses générations futures. Notre société a l’obligation d’investir maintenant pour améliorer les vies de toutes celles et ceux qui arrivent dans ce monde, pas juste de celles et ceux qui y sont déjà.

Mais en ce moment, nous n’affectons pas toujours nos ressources aux problèmes auxquels ta génération devra faire face.

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Prenons la santé. Aujourd’hui, notre société investit environ 50 fois plus dans le soin des gens que dans la recherche visant à éviter qu’ils ne tombent malades.

La médecine n’est une science que depuis une centaine d’années à peine, et nous avons déjà développé des remèdes pour certaines affections, et fait d’importants progrès dans la lutte contre d’autres. À mesure que les progrès technologiques avancent, nous serons en mesure d’éviter, de soigner ou de maîtriser la plupart des maladies dans le courant des 100 prochaines années.

De nos jours, ici, la plupart des gens meurent de 5 choses — les maladies du coeur, les cancers, les AVC, les maladies neurodégénératives et infectieuses. Nous pouvons accomplir des progrès rapides sur ces problèmes, et bien d’autres.

Un monde sans maladies

Une fois que nous avons admis que ta génération et celle de tes enfants ne doivent pas souffrir de maladies, nous avons la responsabilité collective d’investir dans ce futur pour qu’il devienne une réalité. Ta mère et moi voulons accomplir notre part.

Éradiquer la maladie prendra du temps. À court terme, on aura sans doute l’impression que rien ne change… Mais les graines plantées aujourd’hui grandiront, et un jour, toi ou tes enfants vivront dans ce que nous ne pouvons qu’imaginer aujourd’hui : un monde sans maladies.

Il y a tant d’opportunités comme celle-ci. Si la société se focalisait davantage sur ces grands défis, nous lèguerions à ta génération un monde bien meilleur.

* * *

Nos espoirs pour ta génération se focalisent sur deux idées : faire progresser le potentiel de l’Homme, et promouvoir l’égalité.

Faire progresser le potentiel de l’Homme, c’est repousser les frontières limitant à quel point la vie humaine peut être exceptionnelle.

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Peux-tu apprendre, vivre des expériences, 100 fois plus que nous aujourd’hui ?

Est-ce que notre génération pourra éradiquer les maladies afin que tu puisses vivre plus longtemps, et en meilleure santé ?

Peut-on connecter le monde jusqu’à pouvoir accéder à chaque idée, chaque personne, chaque opportunité ?

Pouvons-nous exploiter davantage d’énergies propres, afin que tu puisses inventer des choses que nous ne pouvons concevoir aujourd’hui, tout en protégeant l’environnement ?

Pouvons-nous cultiver l’entrepreneuriat, de sorte que tu puisses bâtir n’importe quelle entreprise, dans le but de résoudre n’importe quel défi pour la paix et la prospérité ?

Promouvoir l’égalité, c’est s’assurer que chacun•e ait accès à ces opportunités, indépendamment de sa nation, sa famille, des circonstances dans lesquelles il/elle naît.

Notre société doit le faire, pas seulement par souci de justice ou par charité : pour le progrès humain.

Fédérer chaque individu sur Terre

Aujourd’hui, nous sommes privés du potentiel que tant de gens ont à offrir. La seule façon d’atteindre notre potentiel maximal est de fédérer les talents, les idées, les contributions de chaque individu sur Terre.

Notre génération peut-elle éliminer la pauvreté et la faim ?

Peut-on assurer à chacun•e une sécurité sociale minimale ?

Peut-on construire des communautés plus inclusives, plus accueillantes ?

Peut-on encourager des relations pacifiques et tolérantes entre les peuples de toutes les nations ?

Peut-on réellement donner à chaque femme, enfant, membre d’une minorité sous-représentée, immigrant•e, individu déconnecté les moyens de s’accomplir dans cette société ?

Si notre génération fait les bons investissements, la réponse à chacune de ces questions peut être oui — et avec un peu de chance, ça arrivera de ton vivant.

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Cette mission — faire progresser le potentiel de l’Homme, et promouvoir l’égalité — exige une nouvelle approche pour qui travaille à atteindre ces objectifs.

Nous devons faire des investissements sur la durée ; sur 25, 50, ou même 100 ans. Les plus grands défis exigent une perspective de très long terme, et ne pourront être résolus par des raisonnements qui ne sont pas tournés vers l’avenir.

Nous devons collaborer directement avec les gens que nous servons. Nous ne pouvons pas développer leur potentiel si nous ne comprenons pas les besoins et les envies de leurs communautés.

Nous devons inventer la technologie du changement. De nombreuses institutions investissent dans ces défis, mais la plupart des progrès découlent des gains de productivité, issus de l’innovation.

Nous devons prendre part à la politique, aux plaidoyers, contribuer aux débats. De nombreuses institutions rechignent à le faire, mais le progrès doit être soutenu par divers mouvements pour être durable.

Nous devons soutenir les leaders les plus forts et les plus indépendants dans chaque domaine. S’associer aux experts est plus efficace pour la réussite de notre mission que de tenter de mener ces efforts nous-mêmes.

Prendre des risques aujourd’hui, en tirer les leçons demain

Nous devons prendre des risques aujourd’hui, et en tirer les leçons demain. Il est tôt dans notre apprentissage, et beaucoup de choses que nous essayons ne marcheront pas, mais nous écouterons, apprendrons, et continuerons à nous améliorer.

* * *

Notre expérience de l’apprentissage personnalisé, de l’accès à Internet, de l’éducation et des soins prodigués par à la communauté a modelé notre philosophie.

Notre génération a grandi dans des salles de classes où nous apprenions les mêmes choses, au même rythme, indépendamment de nos intérêts et de nos besoins.

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Les gens de ta génération pourront plus facilement devenir ce qu’ils souhaitent — comme ingénieur•e, travailleur•se social, écrivain•e ou leader de ta communauté. La technologie permettra des méthodes d’apprentissage optimales, pour mieux concentrer vos efforts. Vous avancerez rapidement dans les sujets qui vous intéressent le plus, et aurez accès à toute l’aide nécessaire dans les domaines les plus difficiles pour vous. Vous explorerez des sujets qui ne sont même pas encore abordés dans les écoles aujourd’hui. Vos professeurs auront également de meilleurs outils et données pour vous aider à atteindre vos objectifs.

Mieux encore, les étudiant•e•s tout autour du monde seront en mesure d’utiliser des outils d’apprentissage personnalisés grâce à Internet, même sans habiter à proximité d’écoles de qualité. Bien sûr, il faudra plus que des nouvelles technologies pour garantir à chacun•e un départ juste et équitable dans la vie, mais l’apprentissage personnalisé peut permettre d’offrir à tous les enfants une meilleure éducation et une meilleure égalité des chances !

Cette aventure ne fait que commencer

Nous commençons à developper cette technologie dès à présent, et les résultats sont déjà prometteurs. Les étudiants n’ont pas seulement de meilleures notes : ils développent les compétences et la confiance d’apprendre tout ce qu’ils veulent. Et cette aventure ne fait que commencer. La technologie et l’enseignement s’amélioreront rapidement, à chacune de tes années scolaires.

Ta mère et moi avons tous les deux enseigné ; nous savons ce qui est nécessaire pour réussir dans cette mission. Il faudra collaborer avec les plus grands leaders dans l’éducation pour aider les écoles, tout autour du monde, à adopter l’apprentissage personnalisé. Il faudra collaborer avec différentes communautés, ce que nous avons commencé à faire autour de San Francisco. Il faudra développer de nouvelles technologies et tester de nouvelles idées. Et il faudra faire beaucoup d’erreurs, en tirer de nombreuses leçons, avant de pouvoir réussir cette mission.

Mais une fois que nous avons compris ce que le monde peut créer pour ta génération, nous avons une responsabilité, en tant que société : celle de focaliser nos investissements pour faire de ce futur une réalité.

Ensemble, nous pouvons l’accomplir. L’apprentissage personnalisé n’aidera pas uniquement les étudiants des bonnes écoles : il contribuera à développer l’égalité des chances pour toutes celles et ceux qui ont une connexion Internet.

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Donner un accès Internet à tout le monde ouvrira beaucoup d’opportunités, parmi les meilleures que ta génération connaîtra. Certain•e•s ont tendance à le considérer comme un terrain de jeu ou un simple outil de communication. Mais pour la majorité des gens dans le monde, il peut être un lien vital.

Internet peut être un lien vital

Internet donne accès à l’éducation si vous n’habitez pas près d’une bonne école. Il donne accès à des conseils de santé et d’hygiène, apprend comment protéger vos enfants des infections si vous n’habitez pas près d’un médecin par exemple. Il donne accès à des services si vous n’habitez pas près d’une banque. Il donne accès à des emplois et des opportunités, si vous n’êtes pas dans un contexte économique favorable.

L’Internet est si important que sur 10 personnes qui y accèdent, une sort de la pauvreté et un nouvel emploi est créé ! Pourtant, plus de la moitié de la population mondiale (plus de 4 milliards d’individus) n’a pas accès à Internet.

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Si notre génération parvient à les connecter, nous pourrons sortir de la pauvreté des centaines de millions de gens. Nous pourrons aussi aider des centaines de millions d’enfants à accéder à l’éducation, et sauver des millions de vies en aidant les populations à éviter les maladies.

Nous pouvons réussir à créer un monde plus égalitaire

C’est un autre but à long terme, à atteindre grâce à la technologie et la coopération. Il faudra inventer de nouvelles technologies pour rendre l’Internet plus abordable financièrement, et s’occuper des déserts numériques. Il faudra s’associer aux gouvernements, aux ONG, aux entreprises. Il faudra collaborer avec les communautés pour comprendre leurs besoins. Divers gens de bonne volonté auront sûrement des idées différentes sur le meilleur chemin à prendre, et c’est pour cela qu’il nous faudra plusieurs essais avant de réussir.

Mais ensemble, nous pouvons réussir à créer un monde plus égalitaire.

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La technologie ne peut pas résoudre les problèmes par elle-même. Construire un monde meilleur commence par bâtir des communautés saines et solides.

Les enfants ont les meilleures opportunités lorsqu’ils peuvent apprendre. Et ils apprennent mieux lorsqu’ils sont en bonne santé.

La santé commence tôt — avec une famille aimante, une alimentation saine et un environnement sûr et stable.

Les enfants victimes d’expériences traumatiques très jeunes peuvent développer des afflictions physiques et psychologiques. Des études montrent que les violences subies pendant le développement des facultés mentales affectent les capacités cognitives.

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Ta mère est médecin et éducatrice : elle a pu le constater par elle-même.

Difficile de se développer quand on grandit dans des conditions malsaines. Si tu dois te préoccuper de savoir si auras à manger ou un toit, si tu dois te protéger des violences ou des crimes, il est difficile d’atteindre ton potentiel maximal.

La santé commence avec une enfance saine

Si tu redoutes d’aller en prison plutôt qu’à l’université, à cause de la couleur de ta peau, si tu as peur que ta famille soit déportée à cause de ton statut juridique, ou d’être victime de violence à cause de ta religion, de ton orientation sexuelle, de ton identité de genre, alors il est difficile d’atteindre ton potentiel maximal.

Nous avons besoin d’institutions qui comprennent que ces problèmes sont interconnectés. C’est la philosophie du nouveau modèle d’école que ta mère est en train de construire.

En s’associant aux écoles, aux centre de santé, aux associations de parents, aux élus locaux, et en s’assurant que tous les enfants sont correctement nourris et que l’on prend soin d’eux dès leur plus jeune âge, nous pouvons commencer à gérer ces inégalités. Et ce n’est qu’à partir de ce moment que nous pouvons commencer à donner à chacun•e une chance égale.

Il faudra de nombreuses années pour développer ce modèle. Mais c’est un autre exemple montrant combien le progrès humain et la promotion de l’égalité des chances sont étroitement liés. Si nous voulons l’un ou l’autre, nous devons commencer par construire des communautés plus inclusives et plus saines.

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Pour que ta génération vive dans un monde meilleur, il y a encore tant de choses que la nôtre peut faire.

Aujourd’hui, ta mère et moi nous engageons à passer nos vies à faire notre part pour aider à accomplir ces défis. Je continuerai d’être le PDG de Facebook pour de nombreuses années, mais ces problèmes sont trop importants pour que l’on attende d’être plus âgés avant d’y travailler. En commençant jeunes, nous espérons être témoins des bénéfices de notre vivant.

Tu es le début de la prochaine génération de la famille Chan Zuckerberg ; nous lançons également la Chan Zuckerberg Initiative pour relier les gens à travers le monde entier, afin de promouvoir le progrès et l’égalité des chances pour tous les enfants de la prochaine génération. Nos premiers objectifs seront l’apprentissage personnalisé, l’éradication des maladies, connecter les gens et construire des communautés solides.

Nous ferons don de 99% de nos parts de Facebook

Nous ferons don de 99% de nos parts de Facebook — soit, actuellement, environ 45 milliards de dollars — durant le cours de nos vies, afin de faire progresser cette mission. Nous savons que ce n’est qu’une maigre contribution, par rapport à toutes les ressources et les talents déjà investis par celles et ceux qui travaillent actuellement sur ces problèmes… Mais nous voulons faire ce que nous pouvons, aux côtés de tant d’autres.

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Plus d’infos arriveront dans les prochains mois, lorsque nous serons installés dans notre nouveau rythme de famille, et que nous serons revenus de nos congés maternité et paternité. Nous savons que vous aurez beaucoup de questions sur pourquoi et comment nous faisons tout ça.

À lire aussi : Mark Zuckerberg défend le congé parental (et c’est tout un symbole)

Alors que nous devenons parents, et entamons un nouveau chapitre de nos vies, nous voulons exprimer notre plus profonde affection pour tous ceux qui rendent ceci possible.

Nous pouvons nous consacrer à cette mission uniquement parce que nous avons une forte communauté, planétaire, derrière nous. Construire Facebook a créé des ressources permettant d’améliorer ce monde pour la prochaine génération. Chaque membre de cette communauté joue un rôle dans cette mission.

Nous ne pouvons réaliser des progrès qu’en nous appuyant sur les expert•e•s — nos mentors, partenaires, et tant de gens incroyables, dont les contributions font évoluer leurs domaines.

Et nous pouvons uniquement servir cette communauté et accomplir cette mission parce que nous sommes entourés d’une famille aimante, d’ami•es qui nous soutiennent, de collègues épatant•e•s. Nous espérons que tu auras des relations aussi profondes et inspirantes dans ta vie.

Max, nous t’aimons

Max, nous t’aimons, et nous ressentons une immense responsabilité : celle de rendre ce monde meilleur pour toi, et tous les autres enfants. Nous te souhaitons une vie pleine d’autant d’amour, d’espoir et de joie que tu nous en procures. Nous avons hâte de voir ce que tu apporteras à ce monde.

Tout notre amour,

Maman et Papa »

Que peut-on faire avec 45 milliards de dollars ?

Mark et Priscilla Zuckerberg-Chan ont annoncé qu’ils allaient faire don de 99% de leurs actions Facebook au cours de leur vie, afin de contribuer au financement des missions qu’ils se sont fixées pour construire un monde meilleur.

Mais s’ils devaient faire le chèque aujourd’hui, cela équivaudrait à 45 milliards de dollars, aux dires de Mark dans sa lettre. C’est une sacré somme, dont on a un peu de mal à se représenter le potentiel. On a fait un tour d’horizon des problèmes que la famille Zuckerberg a le pouvoir de régler avec son chéquier.

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Il faudrait 20 milliards de dollars pour régler la crise du logement, mais uniquement aux États-Unis. Donc ça n’aiderait pas du tout les sans-abris des autres régions du monde ; or Mark et Priscilla ont une ambition globale, qui dépasse le cadre fédéral américain.

On a repris les évaluations publiées sur les simulations du World Game pour estimer ce que la contribution financière de Mark et Priscilla pourrait permettre de résoudre comme problèmes globaux.

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En cliquant sur chaque case, sur le site du World Game Institute, on accède à une analyse chiffrée de différents scénarios permettant d’éradiquer un problème. Les données reportées ci-dessous ne sont que des ordres de grandeur, à titre d’exemple (et qui datent du début des années 2000), histoire de se représenter environ combien ça pourrait bien coûter, en dollars, de sauver l’humanité (en gros).

Par exemple, il faudrait investir 10 milliards de dollars par an, pendant 10 ans, pour que tou•te•s les habitant•e•s de la planète aient accès à l’eau potable. Totalement jouable pour le portefeuille du couple Facebook.

Si on prend le problème de malnutrition et de famine, la note est un peu plus salée, mais toujours accessible : pour mettre fin à la faim dans le monde et developper une agriculture durable, on part sur 19 milliards de dollars par an, pendant 10 ans. Occasion à saisir.

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Parmi les objectifs globaux de développement, visiblement chers à Mark Zuckerberg, on trouve l’accès à l’éducation, et aux moyens de communication pour tous les êtres humains. Toujours sur le site du World Game via l’Unesco, une simulation a été réalisée, qui ressemble fortement à l’idée que développe le patron de Facebook dans sa lettre : accès à des programmes d’éducation personnalisés via Internet, ce qui nécessiterait la mise en place d’un réseau satellite global, et des infrastructures appropriées. Il faut accompagner ça d’aide et d’enseignant•e•s pour éradiquer l’illettrisme, et alphabétiser les populations jusqu’alors privées d’un accès à l’éducation.

Combien ça coûte ? Trois fois rien : 5 milliards de dollars par an, pendant 20 ansOui, c’est un peu plus long…

Pour mettre en place un système d’assurance maladie universel de base, soigner les enfants, et lutter efficacement contre le SIDA, il faudrait allonger 21 milliards de dollars par an, pendant 10 ans. C’est pas donné, mais c’est une vraie bonne affaire comparé au coût pour la société (financier ET humain) des pertes cumulées à cause des maladies.

Pour lutter contre le réchauffement climatique, un sujet d’actualité s’il en est, c’est cadeau : arrêter de subventionner les énergies fossiles pour investir dans les énergies renouvelables, et financer cette transition énergétique ne coûterait que 8 milliards de dollars par an, pendant 30 ans. Écoute Mark, fais un chèque, lance un crowdfunding pour récolter le reste, et mettons un terme à la COP21 sur-le-champ : c’est bon les gars, on s’est arrangés entre nous, on a trouvé l’argent.

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Je plaisante, je taquine… mais pas autant que les contributeurs de ces simulations, qui ont pris le soin de comparer chacune de ces sommes aux budgets alloués chaque année à l’armée américaine, à la consommation d’alcool aux États-Unis, et autres postes de dépenses que l’on peut unanimement qualifier de « non indispensables » lorsqu’ils sont mis face à des objectifs d’éradication de la faim dans le monde, de l’illettrisme ou des maladies !

Blagues et cynisme mis à part, on constate tout de même que Mark Zuckerberg a les moyens, au moins en partie, de rêver à un monde juste et égalitaire.

À lire aussi : Le réchauffement climatique, un problème de riches, vraiment ?

Changer le monde, l’ambition de Mark Zuckerberg

Évidemment, nombre de ces problèmes sont aussi la conséquence des modèles de développement non durables — ceux-là mêmes que nos dirigeants sont censés remettre en cause en ce moment pendant les négociations de la COP21. Ils doivent trouver un accord contraignant, sur un nouveau modèle de développement économique qui prenne en compte les impératifs environnementaux tout en continuant de répondre aux défis de santé, de sécurité, de croissance et de bien-être de nos sociétés.

C’est aussi une optique de projection dans « un monde nouveau » que j’ai lue dans les mots de Mark Zuckerberg.

« À la naissance de mon premier enfant, j’ai bu un verre de vin. Zuckerberg lui il a décidé de sauver le monde », a tweeté Titiou Lecoq alors que la lettre ouverte de Mark Zuckerberg à sa fille faisait le tour de la Toile. Peu ou prou ce que j’ai pensé aussi… sauf que la simple idée de donner naissance à un enfant, c’est déjà trop pour moi.

J’ai un immense respect pour les gens qui ont l’ambition de donner à leur enfant les meilleures chances dans la vie. Alors ceux qui entreprennent d’étendre cette ambition à tous les enfants de sa génération, et des suivantes, comment vous dire ? Ça me laisse admirative.

Ambition, responsabilité, coopération et persévérance

J’ai lu la lettre de Mark très attentivement, puisque je l’ai traduite en intégralité. J’ai été frappée par la récurrence de certains mots et de certaines idées, que j’attends encore de retrouver dans les discours politiques.

Il parle de responsabilité collective, pas tant dans l’état du monde actuel que dans la construction de celui de demain. Un postulat qui me rappelle combien d’énergie on gaspille à chercher les coupables des problèmes du monde actuel, quand on pourrait, on devrait se concentrer sur les solutions à apporter pour préparer celui de demain.

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J’avoue que ça me manque d’entendre autour de moi, et particulièrement dans les discours politiques, que l’on porte une véritable responsabilité envers l’avenir, sans chercher des excuses au passé. C’est inspirant d’entendre un chef d’entreprise, qui plus est multi-milliardaire, s’attribuer une responsabilité concrète et entière dans l’amélioration de notre société, de notre monde — chacun•e à hauteur de ses moyens, hein : il est indéniable que Mark est mieux loti que moi de ce point de vue.

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La mission qu’il se fixe est une approche globale des problèmes d’inégalités, et il analyse très justement qu’elles sont toutes reliées : le manque d’accès aux soins et à l’éducation engendrent la pauvreté, la propagation de maladies, et le cercle vicieux de cette précarité enferme des millions de gens dans la pauvreté. Puisque les causes sont toutes interconnectées, les solutions doivent l’être aussi.

Un mot qui revient très souvent dans son texte, est l’idée de coopération, collaborationto engage with ») : une idée trop souvent absente des discours politiques, lorsque l’orateur se pose en homme providentiel qu’il faudrait rejoindre.

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Mark Zuckerberg parle d’aller à la rencontre des « communautés », conscient de la diversité des populations à l’intérieur d’un État, d’une nation, d’une ville voire d’un quartier. Il n’y a pas une échelle unique de l’action et de la décision : il faut selon lui « écouter les communautés pour connaître leurs besoins ».

Le patron de Facebook a conscience que les bénéfices des actions que l’on doit entreprendre aujourd’hui mettront du temps, beaucoup de temps à se faire ressentir. Il encourage une vision à long terme, qui permet les errements, les erreurs, et qui promeut la persévérance. C’est un discours pertinent et rafraîchissant… qui est, il est vrai, bien plus facile à tenir quand on n’est pas soumis au suffrage universel tous les 5 ans, mais qu’on raisonne à l’échelle de sa vie entière.

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Un engagement politique ?

Si je compare le texte de Mark Zuckerberg aux discours politiques, c’est parce que j’estime que son discours est politique — au sens noble du terme, « qui a rapport aux affaires publiques » — en ce sens qu’il porte une ambition collective, qu’il se donne les moyens de réaliser, en promouvant l’impulsion des solutions, en encourageant toute sa communauté à participer à ce mouvement, et en trouvant des moyens de financer ces solutions (sans doute le plus facile pour lui, puisqu’il peut allouer des ressources sans passer par un processus de contrôle budgétaire démocratique) (en clair : pas de vote d’Assemblées élues !)

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Facebook serait presque un État sans frontière et sans impôts (si l’on excepte la taxe sur la vie privée, prélevée à hauteur de ce que les individus acceptent de contribuer en rejoignant le réseau social). Mais c’est juste un outil, un de ceux dont Mark parle, lorsqu’il explique que « les technologies ne résolvent pas les problèmes d’elles-mêmes ». Les réseaux sociaux ne luttent pas contre l’isolement, mais sont un des moyens qui le permettent.

Ce ne sont que des outils, et ce que le jeune papa propose, c’est de d’en inventer d’autres, pour accomplir les missions qu’il se pose ; de continuer à développer le potentiel humain et promouvoir l’égalité des chances.

Du coup, très cher Mark, j’ai quand même quelques questions… parce que ces outils de communication, de mobilisation, de partage, peuvent aussi devenir des armes de harcèlement. Ils servent aussi à propager des idées nocives, dangereuses, ils servent à des personnes extrêmement mal intentionnées.

Est-ce que tu veux dire que tu vas te pencher sur ce que Facebook censure, et ne censure pas ? Est-ce que tu vas laisser ton réseau social continuer à promouvoir une vision sexualisée du corps de la femme, et donc un monde dans lequel le corps de ta fille sera perçu différemment du corps des garçons ? Oui je parle de #FreeTheNipple Ça me paraîtrait contraire à tes intentions, tout comme le fait de continuer à laisser s’exprimer et se diffuser via Facebook des idéologies discriminatoires, violentes, liberticides. Je crois qu’on sait tou•te•s de quoi je parle.

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Entre autres.

L’ambition de l’égalité

Quand j’ai lu que Mark Zuckerberg élevait la promotion de l’égalité des chances au rang de ses objectifs primordiaux, j’ai eu envie de hurler « merci », et « enfin ». Ces mots, en particulier, sont trop peu prononcés par nos leaders :

« Promouvoir l’égalité, c’est s’assurer que chacun•e ait accès à ces opportunités, indépendamment de sa nation, sa famille, des circonstances dans lesquelles il/elle naît.

Notre société doit le faire, pas seulement par souci de justice ou par charité : pour le progrès humain.

Aujourd’hui, nous sommes privés du potentiel que tant de gens ont à offrir. La seule façon d’atteindre notre potentiel maximal est de fédérer les talents, les idées, les contributions de chaque individu sur Terre. »

Cette vision de l’égalité des potentiels de chaque personne devrait être le fondement de notre combat pour l’égalité des chances. Bien sûr que c’est un idéal de justice, mais ça va au-delà : c’est logique, tout simplement. Tous les êtres humains ont la même valeur, et devraient avoir les mêmes chances, les mêmes opportunités dans la vie, la possibilité d’exprimer tout leur potentiel : c’est seulement à ce moment que des différences de richesse, de niveau de vie se développeraient. Parce que tout le monde n’a pas le même potentiel… mais tout le monde devrait pouvoir l’exprimer.

À lire aussi : Pourquoi l’égalité professionnelle EST une priorité absolue

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L’ambition de l’espoir

En lisant la lettre de Mark Zuckerberg, j’ai partagé l’espoir qu’il y a injecté. Des gens qui oeuvrent pour changer le monde, il y en a déjà, ils sont nombreux et déterminés, il n’y a qu’à regarder le petit échantillon à l’honneur dans le film Demain pour s’en rendre compte ! Mais cela, le patron de Facebook le reconnaît.

Il n’a pas l’ambition de révolutionner le monde à la force de son compte en banque, mais bien de contribuer aux changements qui vont dans la bonne direction, celle d’une lutte sans concession contre les inégalités. Il n’a pas la prétention d’en être le leader, seulement d’y contribuer, à la hauteur de ses moyens (qui sont bien plus conséquents qu’il ne le concède en écrivant « notre petite part »).

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J’aimerais que nos représentants politiques deviennent des « leaders » des communautés dont parle Mark Zuckerberg ; qu’ils aient eux aussi, une vision ambitieuse et réaliste de ce que notre monde pourrait être si on avait l’audace d’oeuvrer ensemble pour son amélioration.

À lire aussi : La politique et nous #3 — Qu’est-ce qu’on attend pour (re)prendre le pouvoir ?

Moi, je vais me joindre à ce mouvement. Ça ne m’empêchera pas de rester critique à bien des égards, et notamment lorsque des erreurs seront commises, et qu’il y aura des leçons à en tirer, ce que Mark souligne également. Je pose mon « like » et je partage, parce que finalement, c’est une bonne façon de commencer : partir de bonne volonté, et répandre le message autour de soi.

Je ne sais pas si Max, la fille de Mark et Priscilla, verra le monde que ses parents ont entrepris de construire pour elle, tous les enfants de sa génération et des suivantes. Parce que je me dis que ça dépend aussi de nous.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MésangeBleue
    MésangeBleue, Le 12 décembre 2015 à 3h40

    En lisant la lettre (merci @Clemence Bodoc pour la traduction:fleur:) j'ai aussi été mal-à-l'aise, surtout le passage sur l'absence de maladie, "l'homme-augmenté", transhumanisme et la confiance totale en la technologie pour tout régler. J'avais peur d'être seule à voir ça mais ouffff Madmoizelle est peuplée de plein de gens super:highfive::free:;) ! J'étais très gênée qu'il soit si peu question d'environnement.

    Hier je suis allée voir @Demain-le-film

    et je pensais à cela en lisant cette lettre et je me disais que les initiatives du film (agro-écologie, jardins urbains, école à la finlandaise où plusieurs pédagogies cohabitent en s'adaptant aux enfants, énergies décarbonées, recyclage,...) sont bien plus concrètes et ne nécessitent pas des milliards (mais s'il donnait des milliard ça permettrait de faire cela à grande échelle et ce serait cool mais dans sa lettre je ne vois rien de tout ça:stare: :erf:)

    La partie sur l'éducation et l'égalité est pas mal mais je trouve qu'il mise tout sur le numérique (et facebook donc:stare:) or je ne veux pas d'un monde futur où on n'aurait plus aucun contact avec la nature, les animaux, un monde virtuel, pour moi c'est pas loin de l'enfer:non: :tears: ! Et mettre des antennes partout pour "connecter" tout le monde je ne peux m'empêcher de me dire mais que vont faire les gens ultra sensibles aux ondes électromagnétiques ?:bomb: et le nombre de gens qui vivent un enfer à cause des ondes ne va faire qu'augmenter :crying:,on devra aller où pour être à l'abri? (certains sont déja obligés de vivre dans des grottes:mur:) et je n'ose imaginer les maladies futures (qui commencent déjà d'ailleurs, la génération de nos parents (50-60 ans) vont sans doute vivre moins vieux que la génération des 80-90 ans) dû aux pesticides, perturbateurs endocriniens, à l'aluminium et autre adjuvants dans les vaccins (alors que les vaccins c'est super et ça sauve des millions de vie) alors pour moi non la technologie n'est pas la solution à tout!

    @jojoharicot @*Stella* et les autres je partage votre inquiétude et votre avis :fleur: :)

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