Flashmob contre la recherche embryonnaire : on a imaginé le brainstorming

Cet après-midi, un flashmob d'opposants à la recherche embryonnaire a eu lieu. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est rigolo à regarder. Ça nous a inspiré.

Aujourd’hui, un rassemblement tout particulier a eu lieu devant l’Assemblée nationale : le mouvement Un de nous a en effet organisé une manifestation devant l’institution dans le but de protester contre une proposition de loi relative à la recherche embryonnaire.

Cette proposition de loi sur laquelle les députés débattent depuis hier soir souhaite voir lever l’interdiction de recherche sur les embryons et les cellules souches, avec ce qu’on appelle un régime d’autorisation encadrée (dans mon langage à moi, ça veut dire « on peut parfois, mais pas n’importe quand, parce que c’est pas la fête à la saucisse »). Actuellement, de telles recherches sont interdites sauf si elles font l’objet d’une dérogation par l’Agence de biomédecine.

Ce que la proposition de loi voudrait, c’est que la recherche soit accordée, à quatre conditions :

  • la pertinence scientifique,
  • la finalité médicale de la recherche,
  • l’absence de techniques alternatives,
  • le respect des principes éthiques par le protocole.

Malgré les conditions sine qua non pour que la recherche sur embryon puisse être faite, le collectif Un de nous qui regroupe quatre associations (Alliance Vita et la Fondation Jérôme Lejeune pour les plus connus) est farouchement opposé à l’idée défendue par le projet de loi des radicaux de gauche et soutenu par le gouvernement.

C’est un combat parmi tant d’autres entre la possibilité de progrès scientifique et l’éthique (souvent, dans ces cas-là, l’embryon n’est pas vu comme un embryon, mais comme un être humain en devenir).

Pour faire entendre leur mécontentement, ses membres ont alors choisi une option ma foi des plus modernes : le flashmob.

Quelques participants étaient habillés d’un poncho en plastique blanc et d’un bonnet rouge. Sur l’air, entre autres, de Résiste de France Gall, ils étaient menacés par d’autres sympathisants du groupe, vêtus d’une cape noire, une seringue à la main. On peut s’imaginer que les premiers représentaient des embryons, et les seconds, la recherche, donc. Le Huffington Post a par ailleurs publié ce Vine, ma foi fort parlant :

Ça, c’est pour la partie joyeuse, le moment où les embryons ne sont pas encore conscients du danger. Parce qu’ensuite, c’est la peur, l’angoisse, les piqûres, comme on peut le voir avec cette photo publiée par le collectif sur Twitter…

Mais comment ont-ils pu avoir une telle idée ? Pour vous, on s’est imaginé la séance de brainstorming qui a accouché de ce flashmob :

Le décor : une grande salle blanche aux murs couverts de photos de nouveaux-nés tout frais. Au fond, un tableau noir sur lequel est écrit « ON LÂCHE RIEN » et « l’embryon c’est ma passion ». Soudain, la porte s’ouvre et entre une petite vingtaine d’irréductibles citoyens. Les visages sont bouffis, les yeux, cernés par la fatigue.

En tête, Jino Lafronde, qui a lui-même eu l’idée d’organiser l’évènement exceptionnel qui allait avoir lieu dans l’après-midi. Solennel, il reste debout pendant que chacun prend place sur les chaises molletonnées. Voyant que le brouhaha continue, il se râcle la gorge, et le silence se fait.

Jino Lafronde – Bien le bonjour. Je vous ai tous réunis aujourd’hui parce que l’heure est grave. De fantasques soi-disant progressistes voudraient fourrer des aiguilles dans les embryons pour le bien de la science. Faut faire quelque chose. On peut pas rester comme ça.

Sarah Sarakrosh, la petite trentaine, grimaçante Alors oui moi je veux bien mais seulement s’il s’agit pas trop de marcher parce que j’ai un pied bot à force d’avoir manifesté contre le mariage des (elle mime les guillemets avec ses doigts et baisse la voix) « homosexuels »*.

(engouement général pour l’idée)

François-Xavier, dit FX, timide étudiant qui s’y prend à trois fois avant d’oser prendre la parole – Et pourquoi pas un sit-in devant l’Assemblée ?

(Tous, à l’exception de Jino, applaudissent le vingtenaire dont personne n’avait jusque-là entendu la voix fluette. Ils sont surtout particulièrement enthousiasmés par le projet)

Sandrine-Herbette, arrêtant les festivités de sa voix forte – Alors ok, c’est pas bête, mais, il fait drôlement chaud et faudrait prévoir ça à l’ombre si ça dérange personne, j’en suis à ma troisième insolation, je passe mon temps aux waters, j’en ai marre d’aller aux vécés.

Jino – Non mais dites, autant rien faire si c’est pour rester sous un abribus !

Gudrule – Ou sinon on se met un chapeau. J’aime bien les couvre-chefs, je trouve ça chic. Hier j’ai croisé un SDF avec un bonnet rouge, un peu comme le commandant Cousteau, ça m’a donné envie.

Jean-Pierre-François, le nez rougi par les mouchages intempestifs Et s’il pleut ?

Sandrine-Herberte – Bah tu prévois un poncho dans ton sac, j’en ai un stock entier chez moi, des tout blancs, c’est bien pratique. Je les ai achetés pour que Tatiana et Jean-Luc arrêtent de revenir de l’école avec leurs vêtements tout crottés.

Jino – Donc on va rester assis sans rien faire, avec un poncho et un bonnet rouge sur la tête. Non mais ok. Si vous voulez pas qu’on soit pris au sérieux, allons-y, faut le dire tout de suite !

Hugues, les sourcils relevés par la grâce de son idée – Non, attendez, on peut faire quelque chose avec ça. Est-ce qu’on sait à quoi ressemble un embryon ?

(Tous secouent la tête pour signifier leur ignorance à ce sujet)

Hugues – Bah voilà : on dit qu’on est habillés en embryon. Qu’on est menacés et qu’on est tristes. Qu’on a envie de se battre pour notre survie.

Jino – Attends Hugues, je te suis pas là. Un embryon, ça pense ?

Hugues – Bah nan mais peut-être qu’un jour ça pensera !

Jino (l’index sur le menton, l’air concentré) – Tu sais que c’est pas con, comme idée. Il pourrait être menacé par la mort, représentée par les moins sensibles à la chaleur d’entre nous habillés en noir.

Sandrine, trépignante, ses petits poings serrés par la joie – Oh j’adore le théâtre, je suis pour !

Jino, décidément le cerveau de la bande – Et puis la mort aurait des seringues, comme ça, les quidams feraient le rapprochement entre mort de l’embryon et science. (Il réfléchit un court instant. Le reste des membres présents retient son souffle. Quelques gargouillements de ventre se font entendre. Soudain, le visage du leader du jour s’illumine :) Allez, banco, faisons donc ça. Et pour fêter cette formidable idée, je vous invite tous à manger un sandwich !

(La joyeuse bande sort de la salle en riant, soulagée d’avoir trouvé une occasion de résister en s’amusant. Dans la foule se fait entendre une voix douce : « oh, et on pourra mettre du France Gall ? On met toujours de la musique et j’aime bien France Gall alors ça serait bien. »)

* Ce dialogue est un dialogue fictif, nous ne sommes pas en train de dire que tous les membres de l’association ont milité/militent encore contre le mariage pour tous, même si le collectif est proche de la manif pour tous.

Trêve de rigolade : ce flashmob nous a inspiré, mais retour aux choses sérieuses : es-tu pour ou contre la recherche embryonnaire ? Et pourquoi ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Beth-greene
    Beth-greene, Le 12 juillet 2013 à 15h38

    J'ai laissé ma musique en lisant l'article, ce qui fait que j'ai vu la vidéo avec les petits lutins qui sautent sur fond de pop libanaise. C'était très drôle.

    Concernant ce happening, il est complètement ridicule. Le k-way blanc + le bonnet rouge ? Perso, ça m'a fait penser au Grand Schtroumph clôné par des Gargamels armés de seringue.
    Niveau communication, ces gens-là se sont montrés pas trop mauvais quand ils ont bossé sur la Manif pour tous : présence sur les réseaux sociaux et les médias, logo simple, facile à retenir et décliner, des tas de goodies... Mais au niveau happening, ils sont grave à la ramasse, entre ce truc bizarre et l'homme-latex-oiseau, il faut qu'ils se remettent en question. Tout le monde se fout de leur gueule ! (nb : je dis ça comme ça, hein, moi j'aime bien me foutre d'eux).

    Sinon je suis pour cette loi. La recherche sur embryon est nécessaire mais doit être encadrée.

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