Six mangas « d’auteurs » à (re)découvrir

Certains mangas, moins connus que les Naruto et autres One Piece, ont la faveur des élites intellectuelles et même des bibliothèques municipales. Petite présentation de six titres de grande qualité.

Six mangas « d’auteurs » à (re)découvrir

Cet été, j’ai passé beaucoup de temps dans le trou paumé où se situe ma maison familiale ; là, j’ai pu renouer avec ma bibliothèque municipale. Du temps où je la fréquentais assidûment, on y trouvait trois mangas à tout casser, mais avec le temps, la pop culture nippone a fini par se frayer un chemin jusque là.

Seulement, ce ne sont pas les Naruto, SNK et autres shonen blockbusters qu’on trouve en bibliothèque municipale. Non, ici, on n’achète que les mangas primés à Angoulême et évoqués dans les pages cultures de Télérama. Ce ne sont pas des produits, ce sont des oeuvres d’arts et on ne parlerait même plus de mangaka mais « d’auteurs » ou « d’artistes » !

Cessons de nous moquer, trop facilement, d’un élitisme culturel qui boude un rien son plaisir, et ne boudons pas le nôtre… de plaisir ! J’ai emprunté pas mal de mangas « culturels » à la bibliothèque municipale et vous savez quoi ? Ils étaient vachement bien.

Destinés aux adultes, la plupart de ces récits sont souvent des one shots, des tranches de vie aux styles graphiques assez hors normes. Je dois avouer que je n’aurais pas forcément été tentée par la plupart de ces titres en librairie, mais vraiment, j’ai eu une série de coups de cœur !

Un bouquet de fleurs rouges de Rumiko Takashashi

Ce manga est composé de plusieurs histoires courtes traitant de la vie personnelle de l’employé japonais type. On aborde des thématiques variées, mais celle qui est au centre est à mon avis la difficulté de dialogue : entre les générations, entre un mari et sa femme, une femme et sa belle-mère…

Les récits ne nous épargnent pas les détails les plus durs ; par exemple, on voit un employé obligé de s’occuper de son vieux père alité, la gêne et la souffrance ressenties quand on est dépendant de son fils pour uriner… Mais le ton n’est jamais lourd. C’est léger et même drôle mais ça n’en devient jamais anecdotique pour autant.

L’ensemble est extrêmement touchant et inattendu et surtout, les quelques éclats de bonheur pur (toujours relativisés par un retour aux trivialités du quotidien) sont vraiment mis en valeur par une mise en scène franchement efficace. Le trait est un peu rétro (Rumiko Takahashi n’est autre que l’auteure de Ranma ½, Inu-Yasha et Lamu) mais efficace et expressif, même si les physionomies des personnages ne sont pas très variées.

Kamakura Diary d’Akimi Yoshida

Le gros coup de cœur parmi mes lectures. Ce manga, dont je n’ai pour le moment lu que les deux premiers tomes, traite de la vie de quatre sœurs à l’histoire familiale compliquée. En effet, on commence avec la mort de leur père, qui a abandonné sa femme et les trois aînées pour épouser la mère de la benjamine, elle-même morte peu après. Vous suivez ?

J’adore les histoires de famille… j’adore les histoires de sœurs… je ne pouvais qu’être séduite ! Comme dans le manga précédent, on voit ici des thèmes parfois très graves abordés avec juste ce qu’il faut d’emphase dramatique et de légèreté. C’est toujours extrêmement naturel et les personnages sont tous très attachants et bien campés.

L’auteure ne rechigne pas non plus à mettre en scène des profils plus originaux, comme Chika et sa coupe afro, et c’est savoureux. Enfin, si la mise en page semble un peu tassée, le trait extrêmement vif et précis fonctionne franchement bien. Pour vous dire tout le bien que je pense de cette histoire, je vais simplement dire que c’est la version japonaise des Quatre Soeurs de Malika Ferdjoukh. Lisez-la, vraiment !

Note : la série est en cours et quatre tomes ont été édités en France.

Les dessins de la vie de Hirosuke Kizaki

Ce manga n’est pas à proprement parler un one shot. En réalité, il s’agit du premier tome d’une série inachevée scénarisée par Caribu Marley (ce nom !) et dessiné epar le prodige décédé Hirozuke Kizaki. Je ne l’ai su qu’après avoir achevé ma lecture et je dois dire que ça m’a rendue très triste…

Néanmoins, je recommande quand même cette oeuvre. Le trait d’Hirozuki Kizaki est magnifique et ses personnages anthropomorphisés sont extrêmement expressifs.

L’histoire suit les pas d’un personnage qu’on devine autobiographique : Nemu, une jeune fille extrêmement effacée mais prodige du dessin dont le tempérament constitue l’unique obstacle à la réalisation de son rêve, devenir mangaka. Le rythme lent, mélancolique, et le personnage central presque mutique n’empêchent pas l’immersion et plongent dans une ambiance très particulière. Lire ce manga fut une expérience vraiment unique, j’ai rarement autant « rencontré » un auteur à travers son travail, ça m’a un peu chamboulée.

Vous l’aurez compris : même inachevé, ce manga vaut vraiment le coup.

Les Fleurs du Passé de Haruka Kawachi

Cette série, peut-être la plus classique de cette sélection, est un josei : elle est principalement destinée à un public adulte féminin. Il s’agit d’une romance et même d’un triangle amoureux entre Chef, patronne d’un magasin de fleurs, Hazuki, son employé… et le mari de cette dernière, ou du moins son fantôme, car il est décédé !

On retrouve à première vue beaucoup de codes du shojo (destiné à un public plus jeune), mais dans les josei, on parle ouvertement de sexe et les illusions sur le prince charmant sont perdues depuis longtemps.

Le dessin de ce titre est plutôt classique et pas encore très assuré dans ce que j’ai lu, mais il n’empêche qu’il est vraiment très soigné et efficace. L’histoire d’amour est assez hors normes et les différents personnages sont plutôt attachants. J’apprécie particulièrement Chef, une femme de poigne à la franchise rafraîchissante, mais ses deux « prétendants » sont aussi sympathiques. Ils se la disputent comme deux gros machos, mais on sent clairement que c’est Chef… la chef !

Comme pour Kamakura Diary, je n’ai lu que les deux premiers tomes, mais c’est vraiment un titre intrigant.

Note : la série est achevée et les quatre tomes ont été édités en France.

Undercurrent de Tetsuya Toyoda

La mise en page de ce manga, ainsi que ses designs simples mais élégants, avec un usage extrêmement limité des trames, est assez proche de la BD franco-belge, mais le cadre de l’histoire est, lui, typiquement nippon.

On suit ici le quotidien d’une gérante de bains publics qui, tout en assumant un travail pas évident, enquête sur son mari qui a disparu sans explications. L’intrigue semble assez bateau mais c’est plutôt bien mené et on a vraiment le sentiment d’une « boucle bouclée » : tous les fils de la trame scénaristiques sont reliés de façon satisfaisante. Le sentiment d’inachevé que j’éprouve souvent à la fin des mangas peut être très séduisant, mais parfois ça fait du bien de se quitter sur une vraie fin, et c’est une des qualités d’Undercurrent !

J’ai également beaucoup apprécié les touches d’humour jamais forcé qui rompent un peu avec l’ambiance mélancolique. Le pépé squatteur et le détective excentrique sont vraiment bien campés et permettent des pauses salutaires dans le drame.

Complément affectif de Mari Okazaki

C’était la première fois que je lisais du Mari Okazaki, et je dois dire que je suis vraiment conquise par son trait. L’édition, en plus grand format que les mangas habituels, lui rend vraiment justice aussi. C’est très agréable.

Cette série josei est, comme Les Fleurs du Passé, très classique dans sa construction. L’héroïne est conceptrice-rédactrice dans une agence de pub et les intrigues tournent principalement de ses histoires de cœur (et de celles de ses collègues). Ces romances réalistes et naturelles sont très bien retranscrites : beaucoup de jeunes (et moins jeunes) adultes pourront s’y reconnaître.

On y trouve également de belles réflexions sur les interdits et règles qu’on impose aux femmes dans leur vie professionnelle. Si l’auteure ne les remet pas nécessairement en question, elle en parle avec empathie et, encore une fois, beaucoup de justesse. Elle s’inspire d’ailleurs de son vécu, ayant exercé le même métier que son héroïne.

Note : la série est achevée et les onze tomes ont été édités en France.

Pour conclure, je dois remercier ma bibliothèque municipale qui m’a réconciliée avec le manga approuvé par les élites ! Je ne suis toujours pas une grande fan de Taniguchi (qui a plein de qualités bien sûr), mais j’ai trouvé un tas de très bons titres qui méritent vraiment qu’on s’y attarde.

À vous ! Quels sont vos mangas « de qualitay » préférés ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MsOriginalDoll
    MsOriginalDoll, Le 18 septembre 2014 à 14h01

    J'adore vraiment les Joseiet les oeuvres de Mari Okazaki sont vraiment très importantes dans ce domaine. Je te conseille des mangas comme Blue de Kiriko Nananan ou encore Helter Skelter de Kyoko Okazaki, ils sont excellents !

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