« Maléfique », un recyclage rafraîchissant

« Maléfique », qui met en scène Angelina Jolie dans le rôle culte de la fée cornue et un poil susceptible, est enfin en salles ! Voici l'avis de LadyDandy, qui y allait un peu à reculons.

« Maléfique », un recyclage rafraîchissant

Maléfique, c’est LE projet commercial type. Après le très abject mais très rentable Alice in Cacaland de Tim Burton, quoi de mieux que de surfer sur la vague fantasy gothique en ressortant de derrière les fagots la méchante la plus charismatique de l’univers Disney ? Manque de créativité, peu de prise de risque avec le recyclage et pognon à la clé… tout ça aurait pu très mal tourner.

Et aussi incroyable que ça puisse paraître, ce n’est pas le cas. Maléfique a su me surprendre de la bonne façon et si ce film est loin d’être parfait, il m’a fait du bien.

Disney écouterait-il (un peu) les féministes ?

Entre La Reine des Neiges et Maléfique, deux films centrés sur des héroÏNES et le lien qu’elles entretiennent, on sent un certain effort de la part du studio. Dans ces deux oeuvres, on peut voir les « méchantes » sorcières actives et puissantes comme des victimes du patriarcat, et elles sont en tous cas sauvées par des ingénues porteuses de valeurs « féminines » telles que l’empathie, la douceur et la gentillesse.

On voit donc réaffirmé le droit des femmes à s’emparer de qualités « masculines », mais on valorise aussi les qualités « féminines » qui sont tout aussi essentielles !

Maléfique est selon moi plus réussi encore que La Reine des Neiges à ce niveau, car beaucoup moins ambigu dans son message, et beaucoup plus centré sur Maléfique que la Reine des Neiges ne l’est sur Elsa. La très attachante fée cornue (et sa merveilleuse interprète Angelina Jolie) porte en effet le film de bout en bout et si son sidekick, le corbeau Diaval, est aussi très cool et bien campé, il laisse vraiment la part belle à l’héroïne. Depuis le temps qu’on attendait ça !

Qui plus est, Maléfique a l’audace de transformer un des contes les plus sexistes de tous les temps en un film plus progressiste, alors que La Reine des Neiges d’Andersen avait déjà un fond bien moins gênant et de nombreux personnages féminins forts.

Aurore la riante ingénue… pas si cruche qu’elle en a l’air

Quant à Aurore, si elle reste un peu cruche par certains côtés, façon : « Oh oui, je vais dormir dans les arbres et manger des noisettes, quel bonheur ! », elle est quand même bien plus active que dans le dessin animé et passe très peu de temps plongée dans son sommeil artificiel. Sous son apparente naïveté, elle sait aussi où placer son cœur et constitue un pendant lumineux à la sombre Maléfique.

Notons aussi une certaine attention portée à la représentation des minorités… en arrière-plan. Eh oui, on n’est pas encore au niveau de la série Once Upon a Time avec sa Raiponce noire et ses héroïnes lesbiennes, mais on progresse à petit pas !

Une écriture et une réalisation inégales

Maléfique est dans l’ensemble très agréable mais le film a quand même enchaîné quelques maladresses gênantes… notamment en terme d’écriture.

En effet, la narration quasi-constante du film minimise souvent l’émotion et crée une distance assez dérangeante. Heureusement, elle s’étiole à la fin et laisse les images parler d’elles-même. Ouf !

Le problème c’est que parfois, j’ai pas envie que les images me parlent… ouh, qu’elle est laide, cette motion capture.

Le récit se resserre aussi sur le lien entre Maléfique, le roi Stéphane et sa fille Aurore, et en cela se distingue fortement du dessin animé Disney dont les vrais héros étaient le prince Philippe et les trois bonnes fées.

Malheureusement, ces quatre larrons sont aussi présents dans Maléfique et s’avèrent ridiculement inutiles ; le troisième don de la plus jeune fée n’est même pas utilisé ! Ils en deviennent VRAIMENT relou, à la longue. L’humour du film fonctionne à peu près tout le temps… sauf quand les fées entrent en scène. J’appréciais ces trois petites femmes dans le dessin animé, mais je me suis quasiment fait une bosse sur le front à force de facepalmer. C’est d’autant plus dommage que les excellentes Imelda Staunton et Juno Temple sont cruellement sous-exploitées dans ces rôles.

La réalisation est aussi vraiment inégale. Les scènes de vol, les grandes cavalcades et les démonstrations dantesques de magie noire sont magnifiques, mais les combats du film sont atrocement brouillons, et assez peu dynamiques. La scène où Aurore se pique le doigt au fuseau est également complètement foirée… Dommage.

Un beau film… qui sent un peu trop le fond vert

Oui, le film est beau, mais non, il ne m’a pas fait rêver. Aux bestioles 100% de syntèse, je préfère encore les animatroniques vieillots ; à l’ignoble motion capture des bonnes fées, je préfère encore les mauvaises incrustations de Willow… Je suis un peu vieille France à ce niveau. Quand ça sent trop le fond vert, ça me fait pas kiffer, c’est tout ! Si seulement on revenait à des techniques mixtes plus équilibrées, comme dans Jurassic Park

Néanmoins, je ne peux pas nier que Maléfique est souvent très esthétique. La nature de la Lande, terre des fées et des esprits, est tout sauf organique, mais elle est décorative. Les décors ne font pas carton-pâte et les scènes de vol sont vraiment vertigineuses et dynamiques.

La musique de James Newton Howard, si elle n’égale pas les airs de Tchaïkovski utilisés dans le dessin animé, offre des thèmes mémorables et épiques. Et, cerise sur le gâteau, je suis assez fan du générique : une reprise de Once Upon a Dream par Lana Del Rey, dont la voix hypnotique s’accorde tout à fait avec le personnage de Maléfique.

Bref, Maléfique est un film à voir, qui explose les a priori sur le film d’animation et redonne ses lettres de noblesse à l’art du remake !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ally26
    Ally26, Le 25 mars 2015 à 18h07

    Comme beaucoup, j'ai trouvé ça dommage le fait qu'ils aient conservé le nom Maléfique au début du film, alors que c'est une petite fille toute mignonne. J'aurais en fait carrément préféré que son nom reste inconnu, jusqu'au moment où elle revendique son côté méchant, et là elle aurait dit : "à partir de maintenant, appelez-moi Maléfique" !
    J'aurais aussi préféré tant qu'à faire que ce soit Diaval qui embrasse Aurore et que Maléfique meure à la fin. Une Madz a dit plus haut que le film n'était pas destiné à "notre public", si par là elle entendait (jeunes)femmes je suis d'accord, parce que j'ai trouvé la fin un peu niaise, plutôt destinée à des enfants. Les scénaristes auraient dû aller plus loin dans la relecture du scénario.

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