« Malcolm », une série corrosive qui fait chaud au coeur

« Malcolm » est une des séries phares des années 2000, mais elle n'a pas du tout mal vieilli et mérite toujours le coup d'oeil, comme le prouve LadyDandy avec cette analyse de ses points forts !

« Malcolm », une série corrosive qui fait chaud au coeur

Malcolm repasse en ce moment sur W9, et si j’ai déjà vu l’intégralité des épisodes deux ou trois fois, force est de constater que cette série réussit toujours à me scotcher à mon siège. Alors que les sitcoms vieillissent si vite, Malcolm reste au top, et je crois même qu’elle se bonifie comme un bon vin ! En effet, en grandissant, je constate des richesses que je n’avais pas remarquées auparavant.

Comment ? Pourquoi ? Petit décryptage.

Peut-être parce que FRANCIIIIIIIS !!!

Un bon équilibre

La première fois que j’ai vu Malcolm, j’ai eu un peu de mal à accrocher. J’étais une gosse délicate : les épisodes d’Halloween des Simpson me traumatisaient (les dauphins !) et les clips du Mc Do suffisaient à me mettre mal à l’aise.

Dans Malcolm, il y avait un esprit un peu trash qui me dérangeait. Ce qui me plaisait, à l’époque, c’était les happy ends, la gentillesse, les héros beaux et talentueux, et là… disons que c’était pas vraiment ça. Pourtant, je me suis accrochée. J’étais même fascinée par cette fenêtre que la série m’ouvrait sur un univers de « garçons », avec leurs saletés et leurs insultes qui veulent dire « je t’aime ». C’était carrément hypnotisant.

Eh oui, Malcolm est corrosive et n’hésite pas à torturer ses personnages pour des résultats à la fois jouissifs et terriblement réalistes. Les bonnes intentions n’y sont presque jamais payantes, et les gentils ne gagnent pas à la fin. Mais ce n’est pas pour ça que la série est si bonne. Je refuse de féliciter le « politiquement incorrect » pour le simple fait d’être insolent, car s’écarter du sentier est parfois aussi destructeur que de le suivre…

Si Malcolm est une série de qualité, ce n’est pas seulement grâce à son côté trash et insolent — je dirais même qu’elle est bonne « malgré » ce ton immature et politiquement incorrect. Oui, Malcolm est fun et parfois franchement sale et méchant (on est en pleine période Jackass), mais en dépit de ça, la série ne perd jamais complètement de vue le sérieux et l’émotion. Tout remettre en question a du bon, je me marre souvent devant South Park (et même parfois devant du Seth MacFarlane), mais à force de tout mettre au même niveau et de transformer des héros picaresques en souffre-douleurs universels, certaines séries oublient un truc essentiel à mon sens : nous impliquer.

Malcolm, elle, a réussi. Peut-être tout d’abord parce que ses personnages sont de chair et d’os tout en vivant des aventures cartoonesques au possible. Mais surtout parce que les émotions y sont sincères et que les sujets les plus sérieux n’y sont pas balancés avec nonchalance. Certes, Malcolm, Loïs, Reese et Francis ne sont pas toujours récompensés quand ils font ce qu’il faut, mais ce n’est pas parce que la gentillesse n’est pas le vecteur d’un bonheur immédiat que ça ne vaut pas le coup d’être gentil.

Maintenant vous l’aurez en tête pour le mois à venir. Ne me remerciez pas, c’est cadeau !

À lire aussi : Ode à la gentillesse

De même, quand Malcolm évoque les stéréotypes racistes ou sexistes, la série ne rechigne pas à nous faire la leçon. Et vous savez quoi ? Ce n’est jamais ennuyeux !

Un humour qui marche et frappe juste

Malcolm est avant tout une série humoristique et tous les épisodes sans exception me décrochent au moins un franc éclat de rire. Ce qui explique la pérennité de la plupart des gags est certainement leur côté très cartoon. Les histoires sont rocambolesques et farfelues, le montage limite épileptique sur certaines séquences, et les dialogues sont riches et rythmés.

Notons la V.F. très naturelle qui rend vraiment accessible l’humour de la série, avec quelques innovations de traduction comme les fameuses « têtes d’ampoules ». Certes, les voix font moins « crades » qu’en V.O., et même Reese pourrait (à l’oreille) passer pour un enfant sage avec sa voix française, mais vraiment, les comédiens de doublage de Malcolm sont exceptionnels. Il n’y qu’à écouter les frères Peyroux, qui doublent Dewey ! On entend trop rarement des gamins aussi naturels dans le monde du doublage français.

La danse de Dewey, un grand moment.

En parlant de gamins, d’ailleurs, une des grandes forces de Malcolm est sa représentation de l’enfance. J’ai regardé cette série très jeune, et même petite, je n’avais pas l’impression de voir un fantasme d’enfance idéalisée et proprette comme dans, par exemple, le film Moi, César, 10 ans ½, 1m39.

Malcolm, c’est cruel, c’est crade, c’est timbré, c’est absurde… c’est une fascination pour l’étrange et le dégueulasse, mais aussi l’amour spontané de Dewey pour un gros chien qui parle dans sa tête avec des lunettes. Même moi, une gamine plutôt sage, je pouvais me reconnaître dans leurs jeux débiles et leur peurs irrationnelles, et ça, c’est plutôt fort !

Enfin, si, quand je regarde Friends, je ne peux m’empêcher de relever tout l’humour à base d’homophobie et de guerre des sexes, dans Malcolm, je suis au contraire parfois impressionnée par l’intelligence et la finesse dont la série fait preuve dans la satire et la critique. Problème : si j’ai loué le fait que cette série aborde beaucoup de sujets avec sérieux, je dois néanmoins reconnaître que ce n’est pas systématique.

Disons qu’on va déconstruire l’humour et les clichés liés aux filles écervelées dans un épisode… pour les utiliser paresseusement dans un autre sans aucune remise en question. Avec ça, dur de donner à Malcolm une médaille de déconstruction des clichés (ce qui n’empêche pas de reconnaître ses autres qualités) !

Malgré tout, quand la série aborde vraiment le sujet du féminisme, elle le fait plutôt bien. L’épisode 10 de la saison 6, dans lequel les trois frangins vandalisent une affiche sexy en prétendant qu’il s’agit de « féminisme », est plutôt bien pensé, et voir Reese réaliser que « les femmes sont des gens », ça n’a pas de prix ! De même, quand l’enjeu d’un combat entre Loïs et Malcolm est une publicité raciste, on nous montre bien l’ambivalence de la situation… puisqu’une publicité qui présente un stéréotype d’homme noir a déjà le mérite de représenter un Noir, ce qui offense les racistes du coin.

L’incroyable Loïs

Dans Malcolm, on est face à une série de personnages très stéréotypés et souvent, l’humour ou l’enjeu des épisodes est d’aller au-delà d’une image trop simple et réductrice. Malcolm est sans doute le personnage le plus faible de la bande, mais Reese la brute apprend la délicatesse de la cuisine, Francis, le rebelle en mal de repères trouve le bonheur en épousant une femme de la trempe de sa mère et Dewey, le petit dernier qu’on n’écoute pas, devient le leader de sa classe de « dégénérés ».

J’ai mis beaucoup de temps à apprécier Loïs. Quand j’étais petite, elle me terrifiait un peu. Beaucoup moins que Reese, Francis et même Malcolm cependant (ces gamins sont des fous), mais disons qu’elle me faisait trop peur pour emporter mes suffrages. Je préférais de loin Dewey et Hal (depuis métamorphosé dans Breaking Bad), les victimes, ceux qui ne s’enhardissaient pas à poser des règles et ne cherchaient constamment à les outrepasser (ça leur arrivait, mais rarement).

Pourtant, je dois dire qu’aujourd’hui, je trouve que Loïs est un des personnages féminins les mieux écrits que j’ai pu voir. La série sait en effet voir au-delà de la mégère castratrice qu’elle semble être. Non, une femme qui crie et en impose n’est pas un monstre ! La série nous montre bien qu’elle ne fait que se défendre, vu que la plupart des gags reposent sur « la famille fait des vacheries monstrueuses à Loïs, avec des intentions plus ou moins bonnes ».

Prisonnière de la tyrannie domestique, Loïs s’en sort quand même toujours à la fin. Cette femme est sans doute un des plus purs concentré sde badasserie et d’intelligence du monde. Et certes, quasiment toute son énergie, son intellect et sa force passent dans l’entretien de sa famille, ce qui est très réducteur, mais mince, ça ne l’empêche pas d’être un modèle !

D’ailleurs, elle est un peu victime du syndrome Malcolm : dans cette série, on voit bien que les qualités humaines les plus exceptionnelles ne sont pas toujours récompensées. Loïs aurait pu finir présidente, elle est mère d’une famille fauchée… et elle s’en sort quand même !

La passion : une allégorie.

Et même, son couple marche du tonnerre ! Voir une femme intelligente avec un homme qui lui est nettement inférieur, ce n’est pas rare dans les sitcoms (bonjour Les Simpson) et c’est même un cliché assez insupportable ,mais présenter cette relation de manière aussi positive, ça, ça n’arrive pas souvent. Loïs et Hal ont quelque chose de Morticia et Gomez Addams, le couple d’amants toujours brûlants de désir malgré l’absurdité des événements qui s’enchaînent autour d’eux. De voir que les problèmes d’une épouse ne sont pas réduits à « rester séduisante pour son mari » ou à « concilier la mère et la putain », c’est assez rafraîchissant.

Indéniablement, Malcolm ne se résume pas à un plaisir nostalgique. Cette série a su se démarquer avec un ton très proche des cartoons satiriques, mais couplé à des personnages et des émotions justes et authentiques. Vu que ça repasse, ne boudez pas votre plaisir !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Astyana
    Astyana, Le 22 août 2016 à 16h38

    Ce sera toujours la série de mon adolescence. Les épisodes ont beau être rediffusés très souvent, je ne m'en lasse toujours pas. Cette série est une vraie tuerie !

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