Louise Rennison, auteure du « Journal intime de Georgia Nicolson », est morte

Louise Rennison, géniale auteure de l'hilarant Journal intime de Georgia Nicolson, est morte ce 29 février 2016.

Louise Rennison, auteure du « Journal intime de Georgia Nicolson », est morte

La formidable auteure britannique Louise Rennison est morte ce 29 février 2016 à seulement 64 ans, et c’est bien l’unique fois qu’elle rend son lectorat triste.

Louise Rennison, auteure d’exception

Louise Rennison a d’abord été reconnue pour ses talents de comédienne, notamment avec son one-woman show Stevie Wonder Felt My Face, qu’elle avait aussi écrit. Ses chroniques dans un journal londonien l’ont ensuite portée vers l’écriture de romans ; les éditions Picadilly Press lui ont proposé d’écrire le journal intime d’une adolescente. Ce journal, c’était celui de Georgia Nicolson, et il allait être dévoré avec hystérie allégresse par des ados du monde entier.

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En écrivant la série du Journal intime de Georgia Nicolson (entre 1999 et 2009)Louise Rennison voulait selon ses propres mots faire rire et non enseigner quoi que ce soit. Elle s’est basée sur ses propres souvenirs d’adolescence, oubliant même de modifier les prénoms de certains protagonistes dans le premier tome de la série, Mon Nez, mon chat, l’amour et moi.

Le lire, c’était à la fois trouver l’adolescence soudainement géniale, et gagner un intérêt particulier pour l’âge adulte — on peut avoir « Louise Rennison » comme plan d’avenir ?

En ce qui me concerne, j’ai découvert Le Journal intime de Georgia Nicolson dans la fleur de l’adolescence, entre une overdose de sébum et un énième contrôle de maths subi dans l’ennui et la douleur. Et cette série de romans a directement envoyé les autres livres labellisés « pour jeunes filles » à la poubelle afin de se faire une place de choix dans ma bibliothèque.

Même maintenant, je ne crois pas avoir autant ri devant d’autres livres, ni avoir autant essayé de copier un style d’écriture (mes trois blogs pourraient en témoigner, de préférence dans l’anonymat le plus complet). C’était incroyablement rafraîchissant et décomplexant.

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Le Journal intime de Georgia Nicolson, un trésor de la littérature pour ados

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Georgia traverse l’adolescence en s’inventant des techniques de lutte contre son rigide collège qu’elle surnomme le Stalag 14 et qu’elle anime avec sa bande de copines du Top Gang, des techniques pour séduire le Super Canon qui la hante ou encore des techniques pour contenir l’expansion de son nez et gérer celles de ses seins. Elle essaye notamment de se mettre un slip sur la tête de façon à tirer son appendice nasal vers le haut et faire un sort à la gravité, sauf qu’elle oublie ledit slip et se pose tranquillement devant sa fenêtre à observer les passants, dont un garçon de sa connaissance qui ne manque pas de la voir.

Georgia n’est pas toujours gâtée par la vie, sa folle famille ou ses camarades, mais en rit toujours.

Il y a Angus, son chat à moitié sauvage qui passe son temps à traumatiser les caniches du voisin, et sa petite soeur Libby qui torture ses petits camarades et excelle dans l’art de piéger le lit de sa soeur avec inventivité, que ce soit de viande transformée en doudous légèrement avariés, de poupées Barbie décapitées ou de couches surprises…

« Ce chat est gravement givré. Je l’ai trouvé à Loch Lomond en Écosse dans le jardin de la pension de famille où on passait nos vacances avec les parents. La pension s’appelait « Au bon coin », c’est vous dire le style de vacances.

Le jour où il a massacré mon pull quand je l’ai pris dans mes bras, j’aurais dû me douter qu’au rayon chat tout ne tournait pas rond. Mais il était tellement mignon comme chaton, tout tigré avec des poils longs et d’immenses yeux jaunes. Déjà petit, on aurait dit un bébé chien. J’ai supplié mon père de me laisser le ramener à la maison.

— S’il reste ici, il mourra. Il a pas de papa et il a pas de maman.

À quoi il a répondu :

— C’est probablement parce qu’il les a mangés. »

Tous les personnages sont à la fois hauts en couleurs et universels. La série est empreinte d’une telle folie et d’une telle liberté ! Elle dédramatise avec style et fracas une période pas toujours très folichonne avec une écriture unique, tonitruante, et une inventivité délirante. Le regard que pose Georgia sur son univers et ce qui s’y passe change tout, et invite les lecteurs et lectrices dans sa vision pour le moins rafraîchissante de la vie.

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« Je lui ai fait un sourire dément en essayant toutefois de maîtriser les velléités d’expansion de mon nez. J’ai une technique pour ça. Je relaxe bien la bouche, je mets la langue derrière la lèvre du haut, et je n’oublie surtout pas de dilater légèrement les narines pour éviter qu’elles n’en fassent qu’à leur tête. Il m’a regardée un peu bizarrement. »

Salut Klington, et reconnaissance éternelle

Toujours optimiste et décomplexant, Le Journal intime de Georgia Nicolson a rencontré un succès mérité : la série a été traduite en trente-quatre langues, et adaptée au cinéma en 2008. Louise Rennison a ensuite écrit deux tomes des Mésaventures de Tallulah Casey, sur la cousine de Georgia. L’auteure laisse derrière elle une oeuvre marquante. Son éditrice française, Christine Baker de Gallimard Jeunesse, témoigne :

« Elle a été pionnière. Elle a révolutionné la chick lit et l’a transmise à d’innombrables teenagers intelligentes. Elle a libéré un genre littéraire, lui donnant ses lettres de noblesse, une langue d’une inventivité débridée, mais dont le vocabulaire est devenu patrimoine familial, une drôlerie inégalée, une audace dénuée d’agressivité, une humanité réelle mais désopilante. »

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Adieu, Louise. Et merci pour tout !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Orestia
    Orestia, Le 11 mars 2016 à 20h01

    Je relis les bouquins pour la énième fois, et à chaque fois, je ne peux m'empêcher de crier au génie (seule) (dans ma tête).

    La vie est une tartine de le merde.

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