Lorsque j’étais une oeuvre (E-E. Schmitt)

Pondu par Alecto le 7 octobre 2005  

Un roman moderne sur la modernité. Un roman artistique sur l’art. Une parabole morale, étrange et amusante. Effrayante, aussi.

Lorsque jétais une oeuvre (E E. Schmitt) 20051007 lorsquejetaisuneoeuvredart

Parler de Lorsque j’étais une œuvre d’art ? Laissons l’auteur expliciter à travers les premières phrases du livre : J’ai toujours raté mes suicides. J’ai toujours tout raté pour être exact : ma vie comme mes suicides. Ce qui est cruel, dans mon cas, c’est que je m’en rends compte. Nous sommes des milliers sur Terre à manquer de force, d’esprit, de beauté ou de chance, or ce qui fait ma malheureusement singularité, c’est que j’en suis conscient. Tous les dons m’auront été épargnés sauf la lucidité.

Une entrée en matière fracassante et vertigineuse ! Le personnage se trouve sur une falaise. Son nom ? On l’ignore, le roman étant écrit à la première personne. Son âge ? Vingt ans, subis. Sous ses pieds le vide. Et derrière lui un homme bizarre. Agé sans l’être, artiste dont le génie n’est que manque de scrupules, aux dents serties de pierres précieuses, qui lui propose un marché : attendre vingt-quatre heures avant de mourir.

Notre héros, complètement paumé il faut l’avouer mais extrêmement sympathique, accepte. Trois mille six cents secondes plus tard il renaît alors. Il devient une œuvre d’art, façonné par celui qu’il nomme son Bienfaiteur et un médecin douteux. Mais contrairement à ce qu’ils désiraient, Adam Bis, tel est son nouveau nom, n’est pas en marbre. Il vit, pense, aime…

Devenir une œuvre d’art. Aussi célèbre que La Joconde, aussi gracile que le David. Le style d’Eric-Emmanuel Schmitt prend alors tout son sens : maître de l’implicite et de la suggestion, l’on ne devine jamais complètement à quoi ressemble Adam Bis (une adaptation cinématographique serait fascinante, bien qu’elle dénaturerait cependant notre vision de ce personnage, après tout comment imaginer ce qui vient tout juste de naître, d’exister et qui ne ressemble à rien de connu ?). Mais l’humanité ne s’oublie pas, peut-être est là la morale du livre…

Un conte à l’allure contemporaine éclatante. Frankenstein pourrait presque avoir du souci à se faire… Paru en 2003, disponible en Livre de Poche, ce livre choque et dérange… un véritable chef d’œuvre qui raconte précisément l’histoire d’un chef-d’œuvre raté. C’est original en diable, cruel comme la modernité et éloquent comme une parabole (Roger Bichelberger).

Ca vous a plu ? Faites tourner !

0 BIG UP

Tous les articles Revues de livres
Les autres papiers parlant de
Plus d'infos sur Alecto / Tous ses articles sur madmoiZelle.com

Sainte Futile (Alix Girod de l’Ain)  

Sainte Futile (Alix Girod de l’Ain)

Au Livre de Poche Pauline Orman-Perrin est journaliste pour le prestigieux magazine Modelle....

Femmes qui courent avec les loups  

Femmes qui courent avec les loups

Au Livre de Poche Femmes qui courent avec les loups n’est pas un roman. Techniquement, il...

Alcool (Poppy Z. Brite)  

Alcool (Poppy Z. Brite)

Entrée Alcool, le dernier roman de Poppy Z. Brite (Ed. Au Diable Vauvert) est sorti le...

Les 10 dernières réactions à cet article

Lire l'intégralité des 6 commentaires

  1. Le 31/10/2005 à 23h48

    J'ai lu qu'un bouquin de schmitt, j'avais bien aimé.
    J'essairais de le lire celui là ( déjà le titre me plait )
  2. Le 01/11/2005 à 20h28

    Je l'ai lu cet été et je vous le conseille

    Quelqu'un peut me dire si L'evangile selon Pilat(t) est bien ? merci
  3. Nel Nel

    Le 17/02/2006 à 19h48

    Personnellement j'ai bien aimé l'évangile selon pilate, c'est assez... Original en fait... Le roman est construit un peu comme une intrigue policière (Pilate qui cherche à comprendre comment le corps de Jésus a bien pu sortir du tombeau tout seul)...
    Par contre, l'édition dans laquelle je l'ai lu comportait aussi La nuit des Oliviers, qui m'avait paru moins interessant...

  4. Le 04/03/2006 à 14h41

    j'ai bien aimé ce livre moi, j'ai trouvé ça trés original comme théme, et aussi cette façon de dire que les hommes n'acceptent que ce qui est soit trop beau soit trop laid, j'ai bien aimé...
  5. Le 26/07/2008 à 14h50

    Je déteste. C'est des pires livres que j'ai jamais lu. J'en ai déjà dit tout le mal que j'en pensais dans le forum "Livres que vous avez détestés"...

    Mais hop je ne résiste pas à l'envie de répendre mon venin sur ce livre. Gniark gniark...
    Petit copié-collé (juste un peu modifié parce que j'ai la flemme).
    C'est gnangnan, niais, plein de bons sentiments (on peut aimer mais perso je trouve juste ça ridicule) et de lieux communs. Et la philosophie de comptoir, j'ai un peu du mal... Pleins d'invraisemblances (au XXI siècle, les tests ADN ça existe pour prouver l'identité d'une personne...)et de coups de théatre qu'on voit arriver à des km...
    C'est dommage parce que l'idée de départ est bonne mais ce qu'il en a fait...

    J'ai rarement ,meme jamais ,un avis aussi tranché mais là vraiment je ne peux pas. Premier et dernier livre d'E-E Schmitt que je lis.
  6. Le 29/07/2008 à 16h46

    Je l'ai lu il y a un moment déjà et je me souviens avoir passé un bon moment de lecture. Le thème du livre est assez classique mais bien traité, très accessible je trouve. Il m'a fait penser à La ferme des animaux d'Orwell, dans le traitement de la question morale (si quelqu'un m'a compris : bravo ).
    Et comme l'a dit Alecto dans sa revue, la non description de "l'oeuvre d'art" est une des grandes réussites de E.E. Schmitt, je me souviens encore de l'Adam bis que mon cerveau avait fabriqué.

Lire l'intégralité des 6 commentaires