L’Instant Putassier #13 : Les gens qui racontent leur vie

L’Instant Putassier #13 : Les gens qui racontent leur vie

Paupiette avariée et minnetonka trouée laissant découvrir un ongle incarné, s’il y a bien quelque chose qui me révulse en ce bas monde, ce sont les gens qui racontent leur vie. Ceux dont vous connaissez les moindres détails de leur existence banale et morne mieux que votre propre histoire, ceux qui voient en leur passé et présent une véritable sitcom et qui croient juger bon que vous soyez au courant de tout ce qu’ils ont connu, enduré, vécu, du moment où leur mère a accouché de leur magnifique petite personne jusqu’au dernier coup de fil de Boris Le Nain, dont vous subissez l’anecdote de son surnom toutes les deux semaines comme si à chaque fois vous l’aviez oublié.

Les gens qui racontent leur vie, ou GRV, font souvent preuve d’un manque de pudeur (vous connaissez leur point G alors que ça fait dix minutes que vous avez fait connaissance) mais pas seulement : ils sont également convaincu que leur vie est passionnante et que par conséquent, la narration de celle-ci vous captivera comme un roman de Marc Lévy. Sauf que Marc Lévy écrit avec ses fesses, et que la vie des GRV est le meilleur somnifère naturel que vous ayez jamais avalé.

Le GRV se reconnaît très facilement : une fois son monologue lâché, il n’entend plus rien, sauf vos questions s’il les juge pertinentes à la poursuite de son récit. Il ne vous demandera rien vous concernant car cela ne l’intéresse pas : vous n’êtes que son psy gratos. A la rigueur, il fera preuve d’une petite marque de politesse ostentatoire (« comment tu vas ? »), mais c’est pour mieux refermer le piège sur vous quand vous lui retournerez la question. Le GRV monopolise la parole, soit parce qu’il craint les blancs dans les conversations comme un gros frelon bien gras, soit parce qu’il aime être le centre de l’attention.

Quand le GRV est un(e) ami(e) parce que vous n’avez pas su déceler chez lui / elle ce trait de caractère à temps, le problème prend une certaine ampleur : vous avez le droit aux mêmes feuilletons encore et encore, avec des personnages dont vous ne vous souvenez jamais des prénoms tant votre esprit cherche à s’échapper à chaque fois que le mode blabla est enclenché. Telle une mauvaise série B, vous avez le droit au bon vieux « dans les épisodes précédents », qui se traduit parfois en cours de développement par un « en raison de mon vécu ». Car le GRV est intimement persuadé que s’il y a bien quelqu’un qui a eu un vécu ici, c’est lui.

Pulsions autodestructrices et égoïsme sans vergogne se disputent la part belle lors d’une discussion avec un GRV, comme le présente le schéma ci-dessous :

2008 09 11 instant pupute LInstant Putassier #13 : Les gens qui racontent leur vie

Pour ne plus entendre la douce voix de crécelle du GRV, il n’y a pas 36 solutions : il faut couper les ponts. Prétexter un pipi inopiné si vous êtes en soirée. Être toujours surbooké si le GRV vous appelle parce qu’il a « trop de trucs à vous raconter ». Néanmoins, vous pouvez couper le GRV dans son élan si vous savez simuler les larmes : en plein « et donc quand Boris le Nain m’a dit ça, j’ai repensé à quand j’avais 5 ans… », éclatez en sanglots et racontez vos malheurs (vous n’avez plus de café chez vous, vous avez un poil incarné sous l’aisselle qui vous fait mal…) ou inventez-les, histoire qu’on vous écoute un peu.

Ce dernier moyen contient toutefois un effet pervers puisque le GRV pourra alors trouver prétexte pour relier votre histoire à la sienne et profiter de votre faiblesse momentanée pour en rajouter une couche sur sa vie assommante peuplée de morceaux de caca dont vous n’avez que faire (vous seriez mieux à regarder Plus Belle La Vie).

Bailler, vous endormir ou passer un coup de fil en pleine tirade du GRV ne changera absolument rien à la situation : telle la mamie dans le bus qui vient vous taper la causette alors que vous avez vos écouteurs sur les oreilles, le GRV fera semblant de ne rien voir. C’est plus fort que lui, il faut qu’il salive et radote, et surtout qu’il mette des années à raconter sa satanée histoire dont il vous retracera toute l’évolution avec moult précisions (« Boris Le Nain a sonné chez moi vers 9h45, ou peut-être 10h ? Mince, c’était vers quelle heure déjà … ? »). C’est pourquoi je vous préconise avant tout le silence radio. Faites le mort, de toute façon le GRV ne vous apportera rien si ce n’est une perte de temps.

La prochaine fois, je vous raconterai comment les gens qui rêvent d’aller à Ibiza pour « faire la teuf tu vois » mériteraient de faire une overdose de coke (avant de faire la teuf tu vois).

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  • Jules Winnfield
    Jules Winnfield, Le lundi 15 septembre 2008 à 23h34

    je connais un GRV et il se trouve que c'est une de mes amies! sur 1h passée avec elle, tu entends sa vie (dans les moindres détails) pendant... 60min ! (ouais ouais c'est pareil) je lui ai fait remarqué, gentimment, que sa vie avait beau être trèèès interessante, me l'entendre la raconter 24h/24 et 7j/7, c'est un peu... chiant! et pourtant jl'adore cette fille mais il y a des fois, je suis au bord du goufre psychologique (ou j'ai envie de la tuer des fois! et pourtant suis gentille moi!)
    vous n'aurez pas quel conseils pour lui demander de me laisser en paix quelques instants? :biggrin:

    merçi

    (non non je n'exagère pas! ) lol

  • Grizzlydesmontagnes
    Grizzlydesmontagnes, Le samedi 20 septembre 2008 à 13h29

    KillaBunny;812407
    Bobby Freckles,

    J'ai actuellement un GRV dans ma vie et, surtout, il se trouve que c'est ma soeur!

    Double problème: comment faire pour la rembarrer gentiment sans affecter nos liens parentaux.

    au plaisir de vous lire cher professeur

    Votre plus grande fan

    :winky:


    Très bon article Professeur...

    Je ne connais pas de GRV, heureusement.

    Sans doute parce que je ne me gène pour dire que les gens me saoulent quand ils ont un débit de parole trop important !!

  • Mignone
    Mignone, Le samedi 20 septembre 2008 à 20h08

    en lisant ce bijou d 'article ,une question abominable m' envahit d'un doute affreux:serais je une grv? Dans le doute, vite, CHANGER! On note que cet article aura servi a quelque chose : épargner quelques oreilles innocentes...

  • Fofixe
    Fofixe, Le dimanche 21 septembre 2008 à 19h15

    Je connais aussi pleins de GRV, mais le pire c'est que ce n'est pas une personne par-si ou par-là...mais il y en a plein. Le mieux pour s'en débarrasser c'est de ne pas les laisser parler ou alors de ne pas écouter...bon j'avoue que ca ne marche pas toujours, car ils sont coriace en plus.

  • Shiny Poe
    Shiny Poe, Le mercredi 24 septembre 2008 à 21h45

    Ca fait 3 ans que la mienne me suis, de GRV.
    Mais le pire, c'est qu'il y a pas que ça. Elle me demande de juste lui raconter mes petits secrets, ou des trucs débiles genre 'mais tu l'as déjà fait, toi ?' Enfin, juste les trucs qui donnent envie de répondre 'Ecoute, moi, j'ai une vie.' Et en effet, pour mieux enchaîner sur un 'MOI,JE'
    Sinon, mon père est un GRV. Et en général, j'ai le droit à sa vie en anglais, en français, et pour toutes les personnes qui passent par là (les caissières et autres).

    Il faut qu'on trouve un pesticide contre eux.

  • Rainbow.
    Rainbow., Le jeudi 25 septembre 2008 à 17h11

    Ma mère c'est la pire GRV au monde.

  • Khloé
    Khloé, Le dimanche 12 avril 2009 à 22h40

    Ne m'en voulez pas mais ... Je me reconnais dans cet article ... :rolleyes:
    Bon en tout cas , je pense que ca m'as fait réfléchir sur certaine choses ^^" ...

  • Newie
    Newie, Le dimanche 9 août 2009 à 21h49

    Je crois que je me reconnais dans l'article mais je m'y reconnaissais déjà avant et je crois que j'essaie de me soigner. (Oula ! Je crois que je commence à radoter)

  • AnonymousUser
    AnonymousUser, Le dimanche 9 août 2009 à 22h19

    Je suis une GROSSE GRV et j'assume. J'essaie de me soigner haha. Je sais même pas pourquoi je fais ça en plus, mais bon.

  • Leech
    Leech, Le dimanche 9 août 2009 à 23h11

    J'ai la chance de ne pas connaître de GRV dans mon entourage mais j'ai déjà subi les assauts d'une GRV. Dans le train. 4h (ou plus, je sais plus trop) de voyage. Autant dire que je ne pouvais pas franchement m'échapper !

    Elle était VRAIMENT insupportable. En plus vas-y que je suis la plus belle "haaan, oui, toutes les filles de ma classe étaient jalouses, elles me disaient toujours que j'avais des yeux superbe", que je danse le mieux "tout les mecs trouvent que je danse super biieeeeen !", que tous les mecs sont à mes pieds "Oui j'ai Trouduc qui veut être avec moi mais bon il a 32 ans, et Machin mon ex veut reprendre contact avec moi mais moi j'ai plus flashé sur Puduku" et que j'ai une vie de OUF "Ouaais, j'ai vécu en Inde, tu vois on avait un chauffeur des serviteurs mais c normal là-bàs, puis je suis allée là et là..."

    MAIS TA GUEULE ! Pas moyen de pioncer après une nuit blanche en plus quoi. Casse couille de mes deux quoi. Le pire ? Elle m'a demandé mon numéro de portable. Elle a pas de vie ou bien ?

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