3 lieux légendaires versus la réalité

Beaucoup de lieux peuplant nos mythes et légendes existent dans la réalité, et on peut donc les visiter. Sont-ils aussi épiques que dans notre imaginaire ?

3 lieux légendaires versus la réalité

Non, je ne suis pas exactement allée visiter l’île d’Avalon pour vous — j’aurais bien voulu, mais on m’a dit à l’agence de voyages que c’était complet. Mais j’ai quand même eu l’occasion d’aller pour de vrai à la découverte de quelques lieux fascinants, qui sentent bon le vieux cuir et la légende au coin du feu !

La question mérite d’être posée : c’est comment, un lieu mythique, dans la réalité ? Est-ce la déception cruelle qui détruit tous nos rêves d’enfants, quand en guettant les petites fées dans les fourrés on ne trouve que des sangliers mal lunés ou des écureuils enragés ? Ou bien est-ce une expérience particulière ?

Calmez donc ces points d’interrogations qui fleurissent au-dessus de vos jolies têtes ! Dans la mesure de mes petits moyens et avec l’aide de ma chère collègue Cy, je peux vous en présenter au moins trois. Stonehenge, Brocéliande, le Temple d’Apollon Pythien… mythes ou mythos ? Enquête sur les terrains.

Stonehenge la touristique mystique

« Stonehenge »… Rien que le nom fait rêver. Lorsque nous entreprîmes, avec deux amis, de nous faire un petit road trip british du nord au sud de l’Angleterre, il était hors de question de faire l’impasse sur cet endroit mystérieux, dont on sait si peu de choses. Ce fut donc avec des étoiles plein les yeux que nous demandâmes à notre GPS de nous guider vers un cercle de pierres au milieu de rien.

Fort heureusement, c’était fléché à partir de Salisbury (dans le comté du Wiltshire). Ce qui non seulement nous a permis de ne pas nous perdre en rase campagne britonne, mais aussi de réaliser que c’était un peu l’attraction du coin – mieux vaut tard que jamais. Quand soudain, au beau milieu de nulle part… Un kiosque.

En gentils paumés que nous étions, nous n’avions pas pensé que l’on pourrait nous demander de payer notre accès au monument mégalithique pour contribuer à la sauvegarde du patrimoine ancestral. En soi, ça se tient : Stonehenge est une construction que l’on estime dater de l’âge du bronze, des pierres énormes érigées en cercle on ne sait guère comment il y a environ 2000 ans avant JC. Ça serait un peu irritant d’y retrouver des tags, par exemple.

« Nique la police. »

Bon, cela ne nous empêcha pas de faire nos mauvaises langues (« oui, euh, on s’en fout, on le voit d’ici, alors, euh, voilà »), mais nous payâmes néanmoins avant d’aller rejoindre les Druides en route pour le rituel divin du jour. Ahaha. Non je blague : avant d’aller rejoindre les cohortes de touristes agglutinés derrière les cordons.

On se voyait déjà folâtrant entre les pierres alignées par une civilisation disparue depuis longtemps, traversant en esprit des millénaires de mystère et de spiritualité…

La seule spiritualité que j’ai bien sentie, c’était le vent froid qui se faisait plaisir sur la plaine sur-exposée aux éléments et à la météo anglo-saxonne. Et les coups de coude des autres touristes qui voulaient prendre leur 653ème photo d’une pierre en forçant sur le zoom pour faire croire qu’ils étaient tout près du monument. Mensonges dans le crachin.

Et pourtant, est-ce que Stonehenge, c’est surfait pour autant ? Non. Bien sûr que l’on protège au maximum le monument des milliers de touristes qui débarquent chaque jour. Il n’est pas nécessaire de sacrifier des vierges au milieu des monolithes pour saisir ce que ce lieu a de particulier. On n’a que des théories sur le but originel de Stonehenge, du lieu de culte au lieu d’observations astronomiques (voire les deux en même temps)… et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’endroit est époustouflant !

Stonehenge au bon moment.

Stonehenge, c’est une plaine incroyable qui domine le paysage. Nulle doute qu’à l’époque, déjà, on pouvait voir venir n’importe qui et n’importe quoi à des kilomètres. Dans quel but ? On ne le saura peut-être jamais, et c’est un peu rageant. Mais se tenir là, comme au centre de tout, sous la bruine et malgré les touristes, c’est comprendre des siècles de légendes.

Mais bon sang, qu’est-ce que j’ai pu avoir froid à mon mysticisme…

Bienvenue à Brocéliande

Ce qu’il y a de bien avec Brocéliande, c’est que certes, c’est hyper touristique du fait de l’importance des légendes arthuriennes dans notre société, mais c’est une grande forêt. Du coup, il y a de la place, et les gens qui prennent vingt fois la même branche en photo dans l’espoir de capter son aura spirituelle, on les voit moins.

Ok, ben je vais aller au Val Sans Retour, hein.

Brocéliande, c’est la fée Morgane, Merlin, Viviane, les Chevaliers de la Table Ronde qui doivent éviter les pièges de créatures de l’Autre Monde ! Cette forêt, comme située entre deux mondes, a abrité les quêtes les plus épiques, à la recherche du Saint Graal, de la fontaine de Jouvence, et on pourrait y retrouver le tombeau de Merlin comme le Val Périlleux où bien des chevaliers ont failli demeurer prisonniers de Morgane pour l’éternité

Bon, aujourd’hui, ça s’appelle la forêt de Paimpont. Paie ton mythe, là, de suite.

Ce qu’il y a de bizarre avec cette forêt, c’est que comme elle constitue un intérêt touristique et économique considérable pour l’Ille-et-Vilaine, les offices de tourisme mettent le paquet sur l’emballage. C’est à la limite du kitsch, entre boutiques magiques, « à la rencontre de Merlin » et visites contées à travers la forêt.

Après, ça peut plaire, hein. Je fais ma maline, mais moi et mes éternels compagnons de route étions tout foufous entre les gommes féériques et les épées de chevaliers en bois. Et puis même les petites désillusions sur les lieux de légendes peuvent faire passer un bon moment.

– C’est ça la fontaine de Barenton qui déclenche des tempêtes ?
– Ouais.
– C’est de l’eau un peu croupie.
– Oui mais y a des bulles.
– …
– C’est ptêt les fées qui pètent.
– Uhuhu.
– Uhuhu.

Oui, il faut avoir un humour nul pour que ça fonctionne.

L’intérêt de Brocéliande/Paimpont réside dans la forêt magnifique dans laquelle on peut jouer à se perdre, marcher des heures et oublier dans quel siècle on vit. Vous avez de la chance (ou pas) si vous voyez passer une fée (ou une licorne), ne serait-ce que parce que le touriste en culottes courtes et chaussettes dans les sandales est plus courant. Mais ça ne change rien à l’ambiance.

Le Val sans Retour a des allures de bout du monde, le tombeau des Géants nous mène à regarder sous toutes les pierres d’un air suspicieux, et en attendant qu’une main brandissant Excalibur jaillisse du moindre lac qu’on croise, on a tout le temps d’imaginer de nouvelles légendes. Paimpont ou pas, si vous aimez les vertes forêts qui n’en finissent jamais, vous risquez de trouver l’inspiration !

Le temple d’Apollon de tous les dangers

Pour changer un peu d’ambiance et passer des légendes celtiques aux mythes grecs et à la colère des dieux, il faut aller écouter les histoires d’une enfance un peu galère par Tatie Cyrielle.

Voici donc les aventures de petite Cyrielle au temple d’Apollon Pythien, à Delphes. Quand elle était enfant, Cy était une baroudeuse de l’extrême et… Excusez-moi, on me souffle dans l’oreillette que quand elle était enfant, Cy préférait jouer à Pokémon mais que ses parents étaient des baroudeurs de l’extrême qui la traînaient voir monts et merveilles.

Surtout « monts », en l’occurrence, puisque le temple d’Apollon de Delphes, il faut le mériter. Le sanctuaire, datant du VIème siècle avant J.-C., est situé sur le mont Parnasse (comme la tour), soit à quelques 2 459 mètres d’altitude… et le lieu est entièrement en pente. On n’en attendait pas moins du temple bâti par Apollon lui-même, où il installa son oracle, la Pythie, unique lien entre lui et les mortels ! Seuls viendront à sa rencontre les Héros ayant gagné le droit d’entendre la parole divine.

C’est un peu vallonné, c’est tout.

Plusieurs millénaires plus tard, la jeune Cyrielle n’apprécie guère la plaisanterie.

À peine arrivée, avec dix kilos de cailloux dans les chaussures, elle constate amèrement qu’elle a grimpé 2 459 mètres sous environ 40°C pour voir d’autres cailloux. Certes, la tendre enfant candide aurait pu admirer comme les autres touristes des siècles de culte au dieu Soleil, ainsi que la vue imprenable depuis le mont qui surplombe la Grèce centrale. Mais elle est déjà occupée à essayer d’éviter la colère de ce fameux dieu Soleil en tournant autour des colonnes pour rester à l’ombre.

« Dieu du soleil, mon uc », marmonne-t-elle sûrement, déjà perdue dans les ruines et déplorant le manque de pancartes sur le lieu mythique. Mal lui en prend, car il n’en faut pas plus pour courroucer un dieu grec, fourbe et sournois par définition, qui s’empresse alors de faire fondre sur elle une nuée d’insectes énormes en voulant à sa jeune vie.

« Des abeilles genre taille frelon avec des couleurs hyper vives ! » (Cyrielle, jamais dans l’exagération)

Véritable malédiction d’Apollon, ou délire dû à l’insolation ? Le mystère, tel un mythe naissant en ce lieu propice, demeure à ce jour complet. Car si l’on considère que l’insolation est également l’oeuvre du Dieu antique dont l’aura puissante survit aujourd’hui parmi les ruines de son sanctuaire, aller visite le temple de Delphes devient une aventure digne d’Indiana Jones. Un lieu dangereux… mais incontestablement unique.

C’est pourquoi je terminerai cet article avec quelques vers de Gérard de Nerval, qui n’a probablement jamais taquiné la susceptibilité d’Apollon en escaladant le mont Parnasse :

Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d’un souffle prophétique…

Et toi, tu as pu visiter des lieux légendaires ? Tu as été déçue, ou fascinée ? Raconte-nous tout dans les commentaires !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Elrewin
    Elrewin, Le 7 mai 2014 à 18h22

    J'ai habité cinq ans en Bretagne et suis allée quelques fois à Brocéliande - c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles nous sommes partis là-bas... mais bon, la pluie et la grisaille ont eu raison de nous ^^. En tant que grande fan de la mythologie arthurienne, j'avoue avoir été déçue de n'avoir vu aucune fée. Voilà, je l'ai dit. Je ne leur aurais fait aucun mal et ça m'aurait comblé de joie d'en apercevoir une, mais rien, pas même un bout de fesse. Déception.

    Bon, ça reste quand même une magnifique forêt, donc il ne faut pas hésiter à aller y faire un tour !

    Après je suis pas mal allée en Toscane. Rien à dire pour les églises qui sont très bien conservées (du moins les principales/plus célèbres), mais tout ce qui touche aux religions païennes un peu moins... Je me souviens notamment d'une fontaine qui était censée exaucer les vœux - perdue au milieu de la brousse, à peine indiquée, les murs extérieurs couverts de tags,... J'ai trouvé ça dommage !

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