L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, le nouveau Jeunet

« L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet », adaptation du roman de Reif Larsen, c'est le nouveau Jean-Pierre Jeunet, qui sort aujourd'hui (mercredi 16 octobre). Voici ce qu'Amélie en a pensé !

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, le nouveau Jeunet

— Article publié le 10 octobre

Jean-Pierre Jeunet ne pond pas ses films à la vitesse de la lumière : il s’applique, il compose. Depuis Micmacs à tire-larigot (2009), que certains considèrent comme un ovni un peu nul au milieu d’un univers très représentatif, le réalisateur n’avait pas sorti de nouveau film. En adaptant le roman de Reif Larsen, Jeunet était donc attendu au tournant. 

Un jeune garçon découvre la vie

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est une sorte de road trip suivant le parcours initiatique d’un jeune garçon en quête de reconnaissance.

L’histoire se déroule dans le Montana, lieu aussi beau que sauvage. C’est dans ce cadre totalement hors du temps que T.S Spivet grandit au sein d’une famille pas ordinaire.

Son père semble être né cent ans trop tard et se croit encore dans un western : enfermé entre quatre murs, il étouffe. Il passe donc ses journées façon Lone Ranger. Sa mère est une entomologiste passionnée mais un peu durcie par les épreuves d’une vie pas si simple. Sa grande soeur se sent à l’étroit dans un cadre familial qui ne correspond pas forcément à ses attentes d’adolescente. Son frère, quant à lui, est très proche de son père et vraiment casse-cou.

Au milieu de ces quatre personnalités, T.S semble avoir du mal à trouver sa place. Ceci est en grande partie dû au fait que c’est un enfant surdoué qui intellectualise le moindre geste et propos — ce qui a le don d’énerver un peu n’importe qui.

C’est un foyer, où en tant que spectateurs, on aimerait se sentir bien. Mais où on sent dès le départ que quelque chose cloche.

Un jour, Spivet Junior reçoit un appel du Smithsonian, à Washington. La directrice lui annonce qu’il est le lauréat du prestigieux prix d’invention Baird. Car T.S n’a beau avoir que dix ans, il a inventé une machine à mouvement perpétuel, ce qui est un casse-tête pour les chercheurs du monde entier. Il décide alors d’aller récupérer son prix seul, sans en parler à ses parents. Commence alors son voyage à travers les États-Unis.

Entre Amélie Poulain et Into the Wild

Le film se présente ensuite sous forme d’un road trip. On a l’impression de suivre un mini-Christopher McCandless (le héros d’Into the Wild) abandonnant ses repères pour quelques temps, tentant de se prouver à lui-même quelque chose d’un peu abstrait.

T.S se jette dans un train : clandestin pour quelques jours, il doit échapper aux adultes, représentants de l’ordre et du retour au bercail. Cependant, là où Into the Wild avait la force des rencontres, du partage, on ne retrouve pas vraiment cette dimension dans le film de Jeunet.

Peu à peu, on se rend compte que ce voyage n’est pas si extravagant qu’il en a l’air. Le film trace un trajet d’un point à un autre, davantage qu’une route parsemée de péripéties. C’est dommage, car le rythme semble parfois aussi calme que les montagnes qui émaillent le paysage. La poésie c’est beau, mais ça ne suffit pas.

Car oui, on est bien dans un Jeunet. Et même si le réalisateur a décidé de se calmer du côté du filtre orangé et des teintes dorées, la photographie ne trompe pas. Chaque plan est une petite oeuvre d’art en mouvement. La colorimétrie très prononcée et parfois un peu saturée apporte un charme presque surréaliste aux paysages du Montana.

Reprenant les codes d’Amélie Poulain, le film gagne en rythme grâce aux petites anecdotes marrantes et pas forcément attendues. C’est drôle car parfois, elles ne sont pas là où elles « devraient » se trouver et apportent, comme toujours, un recul sur les évènements et un détachement bienvenu.

Jeunet a décidé de réutiliser sa formule magique, sa signature. Pas la peine de s’attendre à autre chose donc : quand on sait faire quelque chose de bien, on le fait. Voilà.

Un film qui s’essouffle un peu…

Le film est séparé en plusieurs parties et pour moi, la meilleure reste la première. J’ai été touchée par la description des liens familiaux qui unissent les personnages, beaucoup moins par le voyage et l’accomplissement de T.S.

Au final, j’ai trouvé qu’au fur et à mesure, le joli tableau que le réalisateur avait décidé de peindre était en train de couler un peu : c’était comme balancer un seau d’eau sur une aquarelle. La question que j’ai fini par me poser était : tout ça pour ça ?

C’est dommage parce qu’à la base, j’y croyais.

…mais qui a de vraies qualités

Alors je vais continuer sur les aspects qui ont été pour moi les points forts de ce film. Ceux qui ont fait que je n’en suis pas sortie en me disant que j’aurais pas mieux fait d’aller tenter désespérément de me procurer le premier épisode de la nouvelle saison d’American Horror Story.

Je pense que le casting de L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est assez parfait. Pour incarner le rôle du jeune héros, il fallait un gamin à la hauteur et avec un minimum de charisme ; il faut avouer que Kyle Catlett assure bien le rôle du petit garçon un peu à l’Ouest, surtout quand on sait qu’il s’agit de son premier « vrai grand rôle ».

 « Il faisait trop bébé, ça pouvait pas être lui (…) il avait quand même la technique d’Audrey Tautou, qui est pour moi un sommet de référence (…) capable d’être drôle, d’être sérieux, de pleurer sur commande. »

Callum Keith Rennie est parfait dans le rôle du père blasé, vivant dans la douleur et de plus en plus replié sur lui-même. C’est un homme qui fuit ses responsabilités et semble vouloir vivre pour lui-même. Il est un pilier manquant dans ce foyer un peu bancal.

Helena Bonham-Carter, toujours top moumoute, a je trouve le rôle le plus intéressant du film. Elle est le Docteur Clair, une femme qui semble s’épanouir dans son travail — plutôt prenant il faut dire : on a pas des vers qui viennent du haut du Kilimanjaro sous la main tous les jours. Comme T.S, c’est la scientifique de la famille et donc celle qui est le plus proche de son fils. Cependant elle reste une mère aimante et une femme qui se pose des questions sur sa façon d’être et d’élever ses enfants. Je l’ai trouvée très juste et touchante.

La soeur, Gracie (Niamh Wilson), est une découverte et Jakob Davies dans le rôle très important du faux jumeau casse-cou est très convaincant. Même le chien tient un rôle important et fait partie d’une des scènes les plus émouvantes du film !

Tout ce petit monde évolue dans un environnement hors du temps, ce qui confère déjà à leur relation une dimension un peu étrange. La différence entre campagne et ville est évidente, et on a presque du mal à dater le film précisément.

J’ai apprécié le fait que cette famille n’entretienne pas le stéréotype de la petite tribu impeccable et sans failles, où tout le monde trouve sa place. Non, la famille de T.S est bizarre et on s’y sent mal à l’aise. C’est une maison marquée par un accident destructeur qui l’empêche d’évoluer sainement, un deuil que personne n’a vraiment réussi à dépasser (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler).

Inutile de chercher Charles Ingalls, ce n’est pas La petite Maison dans la Prairie

Un film aussi long que son titre

J’ai trouvé l’évolution de ces personnages très intéressante et magnifiquement mise en scène par Jeunet. Mais on ne tient pas un long-métrage d’une heure quarante-cinq avec ça, pas quand on a un titre aussi épique !

Le problème c’est qu’en dehors de cet aspect, L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet n’est pas palpitant. J’irais même jusqu’à dire que la longueur du film était proportionnelle à celle de son titre

À partir du départ du petit garçon, les personnages sont beaucoup moins travaillés : Dominique Pinon, furtif dans son rôle de clochard, Judy Davis qui amène la dose de drôlerie sans grand intérêt, le policier pas très incarné… Le seul personnage qui m’a agréablement surprise est celui du routier, véritable personnalité sur laquelle on se pose des questions : est-ce qu’il est cool ? Est-ce qu’il va tenter de le tuer dans la nuit ? Je ne sais pas, il m’a intriguée en tout cas.

On trouve un autre sujet intéressant, la critique des médias, malheureusement dépeinte très grossièrement par un présentateur qui semble jouer dans un film pour enfants…

C’est peut-être là que le problème réside, finalement. Je me demande si Jean-Pierre Jeunet n’aurait pas voulu faire un film universel, qui parlerait tant aux petits qu’aux adultes. Certaines scènes sont jouées très schématiquement tandis que d’autres sont poétiques, métaphoriques et imagées (donc pas forcément à la portée des plus jeunes).

C’est un peu comme si en voulant contenter tout le monde, le réalisateur en avait oublié son propos. Au final, les enfants s’ennuient et les adultes sortent un peu frustrés. C’est dommage car le film partait sur des bases plus que solides ! En conclusion, voyager c’est bien, mais faut-il encore savoir tenir la distance. 

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est en salles à partir d’aujourd’hui, 16 octobre 2013 !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cheyanne
    Cheyanne, Le 18 octobre 2013 à 19h32

    Personnellement, n'ayant pas lu le livre, j'ai vraiment beaucoup aimé le film! J'adore Jean-Pierre Jeunet, surtout pour l'atmosphère qu'il installe dans ses films, même si ici l'atmosphère qu'on avait pu retrouver dans "Amélie Poulain" ou "Délicatessen" n'est plus du tout la même.
    Les procédés de présentations des personnages sont plus ou moins du même style qu' "Amélie Poulain" par exemple, ce que j'ai bien aimé!
    De toute façon, les films de Jeunet sont toujours chouettes je trouve! :popcorn:

    http://www.youtube.com/watch?v=Z2RfTPc6hEc&feature=player_embedded

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