Examen, mon amour

A cette époque de l’année, nombre d’êtres humains sont confrontés à un rite tribal très en vogue dans nos sociétés : l’examen. Un moment où celui que nous appellerons l’Individu Apprenant (I.A) doit prouver sa valeur au reste de la communauté en passant une série d’épreuves barbares destinées à évaluer sa conformité au système. Retour […]

A cette époque de l’année, nombre d’êtres humains sont confrontés à un rite tribal très en vogue dans nos sociétés : l’examen. Un moment où celui que nous appellerons l’Individu Apprenant (I.A) doit prouver sa valeur au reste de la communauté en passant une série d’épreuves barbares destinées à évaluer sa conformité au système. Retour sur une bien rafraîchissante pratique.

De la diversité de l’examen

Qu’est-ce donc que l’examen ? Et bien la chose est des plus complexes mais pour simplifier, disons que selon son âge et ses aspirations personnelles, il s’agit pour l’IA d’obtenir "la moyenne", sorte de passeport qui lui permettra de passer à l’étape supérieure de son apprentissage. Dans certains cas, l’IA devra en outre, prouver qu’il est meilleur que son voisin (ou en tout cas moins nul que lui), dans ce que nos sociétés appellent des "concours" :

– T’as des nouvelles d’Emilie ?
– Ouais. Y paraît qu’elle a encore planté le concours de première année de médecine.
– Aie. Pourtant elle a bossé comme une dingue cette année..
– Ben ouais.
– J’ai dû la voir deux fois en tout…
– Bah ouais.
– Et jamais une sortie, rien…
– Bah ouais.
– Et elle avait combien de moyenne ?
– 15.
– Roh putain ! Et moi j’ai eu mon année à 10,006, hé !
– …
– Han, heureusement que j’ai pas fait médecine.
– Ca valait mieux pour la France, en effet.

La dure loi de la sélection académique…

L’IA face à la perspective de l’épreuve

Fait surprenant, l’IA voit rarement d’un bon oeil l’arrivée de ce rite de passage. Qu’il ait subi un entraînement rigoureux toute l’année ou qu’il ait attendu ce moment avec l’indifférence d’une poule face à un ballon de foot, l’IA a tendance à considérer l’examen comme une épine dans le pied. Voire, s’il est pessimiste, comme une poutre dans le cul. Et plus l’échéance approche, plus il manifeste sa désapprobation.

Désapprobation qui oscille entre indifférence et mécontentement, mais désapprobation tout de même. Car le ronchonnement face à l’épreuve est à l’IA ce qu’est la Marseillaise aux équipes Olympiques : un signe d’allégeance à la tribu. On verra donc rarement un IA exulter à l’idée d’entrer en salle d’examen. Ce serait déchaîner les foudres de ses camarades apprenants et risquer l’exclusion du troupeau :

– T’as révisé pour l’exam de socio ?
– Hein ? Qu’est-ce que tu veux que je révise ? Y a pas de cours !
– Ouais ouais. Tu dis ça mais je parie que t’as révisé.
– Nan, je te jure que nan.
– Si.
– Nan.
– Si.
– Nan.
– Alors explique-moi pourquoi je vois une tâche de café toute fraîche à la page 35 du bouquin ? Hein ? Explique ?
– Je… Euh… Oui j’avoue j’ai révisé… Mais j’ai déjà tout oublié !
– Tu me donnes envie de VOMIR !
– Mais puisque je te dis que j’ai déjà oublié ce que j’ai lu…

La pression du groupe est parfois d’une violence inouïe…

L’IA et ses rites de préparation

L’IA n’aime pas les examens. Soit. Pourtant, qu’il le veuille ou non, un IA n’échappe pas à l’examen (quand il tente de le faire, on parle d’absence à l’examen, et non, étrangement, d’acte de protestation). Alors en attendant la date fatidique, l’IA se prépare comme il le peut. Certains adoptent la tactique de l’autruche. Comme l’enfant qui croit disparaître aux yeux du monde en fermant les yeux, l’IA Evitant (ou IAE) agit comme si d’examen il n’y avait point. Toutefois, la majorité des IA sont bien obligés de voir la réalité en face : bientôt, ils devront plancher, bientôt, ils devront en chier. Alors en attendant, ils bouffent.

Car c’est bien connu : avant et pendant les examens, l’IA bâfre. Les magazines lui conseillent une alimentation de sportif, faite de légumes verts, de fruits et de sucres lents, mais lui, ce qu’il veut, c’est du kebab, de la chips ou du chocolat…. Le régime, l’IA n’en a cure (dent**) et il a bien raison. Après tout, les examens sont un peu le temps de guerre de l’apprenant : rien n’est normal, rien n’est comme avant. La seule différence, c’est qu’ici, pas de rationnement.

– C’est bizarre. Je pensais avoir acheté un lot de 3 paquets de cônes glacés et j’en vois plus qu’un…
– Me regarde pas comme ça, c’est pas moi !
– Ben c’est qui alors ?
– Sûrement Eric.
– Ben ? Il aime pas les cônes glacés.
– Ouais mais il est en pleine révisions du bac.
– Ah.
– Ué.
– Faudrait le prévenir que c’est le bac-calauréat, pas le bac-caglaces !
– Ha ha ha ! T’es con.
– Hin hin.
– Huhu. **

** La vie n’est rien sans humour

L’IA pendant l’examen

On peut légitimement se demander ce qui motive cette aversion de l’IA envers l’examen, qui est pourtant l’occasion d’un véritable bilan de soi-même.
La chance pour tout IA de se dévoiler à lui-même, souvent avec l’aide d’un examinateur charitable, qui par ses annotations ou ses remarques, guide l’IA sur le chemin de la connaissance de soi :

– Pour tout vous dire, j’ai trouvé que votre intervention manquait d’énergie.
– Ah ?
– Oui. C’est probablement dû à votre façon de parler, qui est disons-le, assez soporifique.
– Ah ?
– Oui. J’ai même ronflé, voyez.
– Oh ? J’avais pas entendu.
– Ca n’est pas très étonnant : vous étiez très peu tourné vers l’autre, très peu à l’écoute des réactions de votre auditoire…
– Ah.
– Sans compter que vous articulez quand même très peu…
– Oh.
– A part ça, ça allait.

La vérité a parfois le visage de l’implacabilité.

Pourtant, que l’expérience se déroule plutôt bien ou plutôt mal, comme toute expérience, elle finit pas passer. L’IA peut alors dignement fêter la fin des examens en se livrant à diverses pratiques exutoires. Certains optent pour un petit rite de purification en triant, rangeant, voire brûlant leurs cours de l’année. D’autres se contentent de célébrer la fin des épreuves en bonne compagnie, trop heureux d’avoir survécu pour penser à l’étape suivante : les résultats. Et oui.

Car au fond, un examen, c’est comme une bonne gastro : on en chie, c’est vrai, mais qu’est-ce qu’on est soulagé quand ça s’arrête…

Crédit Photo : Le savoir-élever les enfants des femmes d’aujourd’hui

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 24 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Kinderbreizh
    Kinderbreizh, Le 13 juin 2006 à 1h18

    J'adooooreuuuuuuu! c'est tout à fait ça!
    Une magnifique analyse des comportements primitifs de notre société actuelle !:d
    Et voilà ce que fait une primate telle que moi la veille de son bac de littérature... :cool:
    Orf de toute manière j'assume totalemnt ma glandouille attitude !
    :cool:

Lire l'intégralité des 24 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)