Lettre ouverte au gars qui joue du djembé

Alfrédette s'insurge aujourd'hui contre un fléau de notre temps : ce joueur de percussion aux vêtements et à la coiffure douteuse qui vient polluer l'espace sonore des parcs dès l'apparition des beaux jours.

Lettre ouverte au gars qui joue du djembé

(merci à Wanderlust de nous avoir rappelé la chanson des Fatals Picards !)

Cher fauteur de troubles sonores, bonjour.

Je prends la plume pour révéler au monde entier un problème d’ordre public : ton existence. En effet, depuis que les tongs et les brassières sont revenues en grâce, tu t’es enraciné dans le jardin public qui fait face à mon logis. La chose ne me gênerait nullement, si tu n’étais accompagné d’une arme bactériologique puissante : un djembé en plastique IKEA, offert par ta sourde (ou inconsciente) tata Radégonde pour Noël. Maudit soit Noël. Damnée soit ta tata Radégonde.

Car depuis ce jour désastreux, tu t’astreins avec une confondante ponctualité à briser les tympans des innocents citadins qui t’entourent. Aussi, je m’interroge : es-tu habité par un sadisme auditif, ou bien un masochisme musical ? Es-tu un signe avant-coureur de la fin du monde ? Es-tu sponsorisé par une célèbre marque de boules en cire ? Ou bien n’es-tu qu’un vil égoiste, dont le seul plaisir dans la vie est d’écornifler celle des autres ?

En bonne psychologue de comptoir, je m’interroge sur les causes qui t’ont amené à déchoir du rang de gentil garçon à celui de joueur de djembé. Peut-être ton père était-il percussioniste à l’opéra de Paris, et as-tu décidé, par rébellion adolescente, de faire outrage à son art. Peut-être es-tu atteint d’une grave maladie orpheline qui te prédispose au mauvais goût musical. Si tel est le cas, ce n’est pas de ta faute : mais pourquoi donc t’évertuer à infliger à tes frères humains le supplice de ton incompétence ?

Les motifs de ton obstination m’échappent. Peut-être crois-tu que la nuisance de ton instrument attirera à toi les plus belles créatures de ce bas monde : ta maman n’aurait pas du te lire Le joueur de flûte de Hamelin. Peut-être que chaque battement de ton djembé est un vibrant cri d’amour en direction du monde. Parfois, tu es même touchant : tu m’évoques cet insupportable marmot qui braillait tout seul dans la cour de récré parce qu’il avait envie d’un gros câlin.

Après tout, peut-être crois-tu sincèrement poser un honnête pavé sur le temple de Mère Musique. Peut-être même as-tu écrit, à la case « emploi » de ton profil facebrother, quelque chose comme « artiste », « fils naturel de Ringo Starr », ou bien « membre d’un orchestre philarmonique », si tu as le malheur de commettre ton forfait avec un ami joueur de guitare ou d’hélicon. Mais soyons honnête, cher et bruyant ami : tu as autant de prédispositions dans l’art de la musique que j’ai de chances de remporter un jour le Prix Nobel de la Paix.

Car tu as autant de rythme dans la peau que Mickaël Vendetta a de vide dans le ciboulot. Pour ne rien te cacher, la première fois que j’ai entendu tes vagissements sonores, j’ai cru qu’une perceuse, ou une armée de termites géants, s’attaquait à mes tympans. Mais il était trois heures du matin, et ma ville, qui connaît le fléau de l’invasion de touristes nippons, ignore celui des termites géants. Aussi, il m’a fallu me rendre à l’évidence : un dangereux psychopathe s’était installé près de chez moi, armé d’un funeste djembé.

Voilà deux mois que tu perpètres ta funeste besogne, et plus le temps passe, plus me voilà convaincue de ta non-appartenance au genre humain. Plusieurs détails te trahissent : tel un zombie, tu ne connais point le repos, et frappe sur ton engin de malheur du lever au coucher du Soleil . Tel les extra-terrestres de Mars Attacks, tu as une apparence des plus étranges : le visage verdâtre, les cheveux broussailleux (sans doute pour cacher l’antenne qui te permet de communiquer avec les tiens), le corps rachitique (à force de ne point manger, occupé que tu es par ton joujou), tu ne peux définitivement pas être de la même race qu’Obama et Marlon Brando. Enfin, comme le Pape, tu sembles être atteint de la maladie de Parkinson : tu dois donc être le chef religieux d’une tribu d’extraterrestres zombies.

Maintenant que ton secret est démasqué, je te prie de décamper à la vitesse d’un cycliste espagnol, ou tout du moins de ne plus pratiquer tes crimes sonores dans un espace public. Retournes-donc imiter Mamady Keita chez ta tatie Radégonde : ce sera une juste punition pour la pauvre femme qui, un jour, t’offrit cet obscur objet de ma colère.

En te souhaitant une fracture ouverte du poignet, et quelques cours de solfège,

Alfrédette.

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