Les voyages scolaires

L’Education Nationale veille à l’ouverture des jeunes esprits dont elle la charge. Alors dans la mesure de ses moyens (et de ceux des familles), elle envoie ses recrues explorer le monde. Ou l’Europe. Ou la France. Ou la région. C’est ce qu’on appelle le Voyage Scolaire, cette expédition inoubliable qui est un peu à l’école […]

Les voyages scolaires

L’Education Nationale veille à l’ouverture des jeunes esprits dont elle la charge. Alors dans la mesure de ses moyens (et de ceux des familles), elle envoie ses recrues explorer le monde. Ou l’Europe. Ou la France. Ou la région. C’est ce qu’on appelle le Voyage Scolaire, cette expédition inoubliable qui est un peu à l’école ce que le séminaire est aux cadres dynamiques.

Histoires de sous

Si chaque collège et chaque foyer avait le PIB de la Suisse à sa disposition, tous les boutonneux de France iraient se rôtir la couenne en voyage éducatif à Ibiza. Seulement voilà : c’est pas le cas. C’est pourquoi, pour pouvoir proposer un peu mieux, un peu moins cher, les organisateurs tentent d’agrémenter leur budget à l’aide de moyens de financement alternatifs. Qui n’a pas vendu des cases de tombola à la chaîne pour financer le voyage linguistique ? Refourgué des biscuits maison au voisinage pour mettre un peu de diesel dans le bus ? L’occasion pour les jeunes boutonneux de s’initier au dur métier de VRP…

Driiinn’-driiiinn – Gniii-hii.
– Cépourkoi ?
– Bonjour madame Galliani, avec Kevin on vend des cases pour le
voyage au Havre des 6èmeB.
– Kess vous allez fout’ au Havre ?
– Un voyage culturel.
– Ben moi j’y ai vécu 20 ans, au Havre. Et j’y ai rien cultivé à part mon
cholestérol.
– Euh… Et les cases, vous en prenez ?
– Ché po. Ca coûte combien vot’ affaire ?
– 2 euros…
– Nondidju !
– … Mais c’est pour gagner des chocolats belges.
– J’en bouffe déjà trop. Allez ouste, ça m’intéresse pas vot’ machin.
– Mais madame c’est pour p…
CLAC !
– Putasse.

Et la nave va

Une fois le budget fixé et les détails d’organisation réglés, la galère n’a plus qu’à voguer vers sa destination. Le plus souvent en bus. Ah, le bus… On y lutte pour acquérir les places arrières, celles où peloter à l’abris du regard des profs pendant que les vomitifs, eux, sont mis en quarantaine aux premiers rangs. On y dort peu, l’objectif de nombreux jeunes passagers étant plutôt de transformer le transport en clubbing permanent. On y déguste les fabuleuses animations « comiques » délivrées par les accompagnateurs boute-en-train ou encore les incontournables « films de bus ». Ces longs-métrages que les 3/4 de l’assemblée a déjà vu 3 fois et que personne n’a vraiment envie de se taper (Top Gun, Rush Hour 2, Les dieux nous sont tombés sur la tête etc.) Et surtour, on y partage tout : odeurs, miettes de chips, potins, voire plus si fatalité…

Josiane ! Alerte rouge ! Tsunavomi entre les rangées 4 et 10 !
– Sa race ! On avait pourtant bien dit au chauffeur d’assouplir la conduite, alors qu’est-ce ?
– Le sandwich maroille-andouillette du petit Vuilpin. C’est en train de fiche la gerbe à tout l’équipage. Y tombent tous les uns après les autres, un vrai Domino Day.
– No panic : on s’en sortira.
– Sauf que…
– Sauf que ?
– On est à cours de sacs à vomi.

De l’effet désinhibant de l’ailleurs

Pendant toute l’année, il est enfermé dans une salle de cours face à un prof prié de réussir à le dompter. Alors pour l’élève, aussi docile soit-il, le voyage fait figure de libération. Peu importe qu’on lui propose une visite du Musée de la boîte aux lettres ou une rencontre avec la Présidente du MEDEF : toute sortie hors du cadre scolaire habituel est promesse de lâchage. Mettre enfin le grapin sur le 3ème intouchable à la faveur d’une projection de Microcosmos. Révéler au troupeau son potentiel comique dans les couloirs de Versailles. Etre repéré par le chasseur de tête d’Elite dans les rues de Londres… Bien des fantasmes éclosent à l’ombre des mots « Voyage à ».

Tous ne se concrétiseront pas, mais partir reste l’occasion de se laisser aller un peu. Et les élèves ne sont pas les seuls à oublier quelques inhibitions : les profs aussi sont parfois pris par l’ivresse du voyage. M. Galinette tente d’emballer la nouvelle CPE sur les plages de Biarritz. Mme Sacerdos se lâche sur le dancefloor improvisé dans le gymnase du Lycée de Saint Pancras (Espagne) à l’occasion d’un jumelage. Et leurs élèvres de découvrir avec stupéfaction que sous la fonction… Il y a l’Homme.

Sabrina, ramène tes miches : y a M. Langdepüt qui drague Mme Colibri !
– C’est ça. Et cette auberge de jeunesse de merde, c’est le Ritz.
– Mais viens voir, je te jure, c’est pas des keuneries.
– Hum. Si c’est encore un de tes… Aaaark ! Quelle horreur !
– Y vient de lui mettre la main aux fesses ou j’ai rêvé ?
– Chaud lapin, le Langdepüt…
– Et encore, tu l’as pas entendu parler à la guide ce matin…
– Pouah ! Je verrai plus ses cours de mécanique des fluides du même oeil.

Le voyage et son but

Histoire de canaliser ces inadmissibles dispersions, les organisateurs du voyage cherchent à rappeler à leurs troupes que le but original du déplacement n’est ni la salade de langue, ni le sandwich au rateau mais bien l’enrichissement culturel et personnel. D’où ces quiz et autres jeux de pistes qui émaillent souvent la moindre sortie. Avec à la clé tout de même, d’excitantes récompenses du type Encyclopédie Larousse sur CD Rom ou biographie de Marie Curie.

Question n°1 : « Combien l’escalier central du British Museum compte-t-il de marche ? »
– Trop dur. Fais voir la deuxième.
– « Qui fut le coiffeur officiel de Margaret Thatcher entre 1981 et 1984 ? »
– J’étais pas née. Question suivante.
– « Pourquoi les taxis londoniens sont-ils noirs ? »
– Tain, mais qu’est-ce j’en ai à foutre ? Question suivante ?
– « Comment la reine Elizabeth II a-t-elle surnommé l’aîné de ses chiens corgi ? »
– Je laisse tomber.
– Mais Mme Jenkins a dit que si on finissait pas le questionnaire, on n’aurait pas de film dans le bus.
– Tu veux vraiment te farcir encore un « Othello filmé au festival d’art dramatique de Bourg en Bresse », toi ?
– Plutôt crever. Allez viens keupine, on va au pub.

La grande bouffe

Quel que soit le prétexte du voyage scolaire, l’une de ses grandes attractions est toujours la bouffe. Quelle griserie pour les morfales de tout poil de se voir soudain confier les pleins pouvoirs alimentaires (ou presque) ! Loin de la famille, personne pour vous imposer des repas à heure fixe, des légumes, des limites. Dégommer le contenu de sa ration chips-sandwich-kinder bueno dans les 10 premières minutes de transport ? C’est possible. Liquider 85% du budget « extra » initialement prévu pour l’achat de souvenirs ? C’est faisable. Et les jeunes voyageurs de se ruer à la découverte de la cuisine locale, avec une préférence pour l’exotisme de la junk food.

Dylan, agad ic ! Du Lion, mais avec des bouts de carambar fraise dedans ! On en prend ?
– J’ai encore des galettes de riz à ma mère dans mon sac.
– Pff, tite bite ! Miss ? I would like this truc. Two. En plus c’est pas cher, c’est 2 pounds le paquet.
– Ben si, c’est cher. Mme Jenkins elle a dit qu’un pound ça faisait…
– Ta gueule. Je goûte.
– Alors ?
– T’as raison, c’est cher.

Le face à face avec l’Autre

Parler voyages scolaires sans évoquer le face à face avec d’autres cultures serait criminel. C’est le cas particulier du Voyage à l’Etranger, qui permet de découvrir in real time que les autres n’ont pas forcément les mêmes modes de fonctionnement que nous. Via de petites différences du type horaires de repas ou rythmes scolaires, on prend conscience par la pratique qu’un autre monde est possible. Etrangement, se retrouver en terre étrangère pousse aussi certains étudiants à marquer leur territoire comme les chats de mon quartier en terrain inconnu. Il faut se faire remarquer, souligner sa présence. Exemple : en hurlant des insultes bien françaises dans les rues d’une capitale étrangère, persuadé que personne ne comprendra…

Hé grosse conne ! Tu parles français ? Nan hein, tu parles pas français.
– …
– Déjà que t’es moche, ça te fais un handicap de plus.
– …
– Franchement si j’étais toi, je sortirais pas de chez moi.
– …
– Ici tout le monde est moche, remarque. Je sais pas comment vous faites.
– …
– Z’avez pas de miroirs, chez vous ? Sinon vous verriez que vous avez des fringues de merde…
– Tu veux mon poing dans la gueule ?
– V… Vous êtes française, madame ?
– Ouais. Et si tu la fermes pas rapidos, je te fais bouffer ton Autorisation de sortie de territoire.
– Pardon madame… Je croyais que vous étiez allemande.
– Parce que c’est censé être une circonstance atténuante ?
– Euh..
– Boucle-la. La France te remerciera.

Les accidents de parcours

Pas de voyage scolaire digne de ce nom sans accident de parcours. Je ne te parle pas là des vomissements de bus (voir plus haut) ou des oublis de sandwichs, mais de ces mini-drames qui rendent fous d’angoisse les accompagnateurs avant de devenir bien plus tard ces anecdotes dont on « rit encore ». Exemple : la gastro qui saisit 2 dortoirs de 4ème entiers à 450 km de la France. Les évanouissements devant la statue de Brad Pitt au Musée Tussaud. Et surtout, ces entorses à la loi qui retardent parfois le retour au bercail…

Tout le monde ! On m’écoute, là (Jérémy, tu te décolles de Soumia, merci). Bon. J’ai une annonce importante à faire.
– Vous démissionnez, msieur ?
– Très drôle Tino. Mais pas autant que la farce de vos camarades Franck et Jordan, qui ont eu la bonne idée de se faire pincer par les bobby pour vol à l’étalage.
– Yeaaah !
– Les deux zigotos étant coincés au poste, Mme Colibri et Mme Jenkins sont partis les y récupérer.
– Huuuu !
– Ce qui signifie que dans les heures qui viennent, ce bus et tous ses passagers restera à l’arrêt porte fermée jusqu’à leur retour.
– Haaaaan !
– Heureusement, j’ai toujours mon harmonica avec moi. Pour vous occuper, voici donc mon inimitable imitation d’Antoine – Les élucubrations.
– AAaaaaah !
– Ben quoi ? J’ai aussi du Hugues Aufray, si vous préférez.
– Gaaaaaaaar !

C’est ainsi que chaque année, des milliers de scolarisés quittent la salle de classe pour un monde parralèle, caché entre pauses pipi et aires d’autoroutes. Ces Voyages Scolaires dont on ramène souvent beaucoup plus qu’une authentique reproduction des Joyaux de la Couronne en plastique véritable…

 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilygirly64
    Lilygirly64, Le 2 juillet 2010 à 13h21

    Moi je me souviens de tous mes voyages en 4 eme je suis allée en espagne à Segovie salamanque et madrid et le truc qui c'est passée que je me souviens bien c'est qu'avec des filles on devait compter tous les mecs mignons dans tous le voyage et à un moments une de mes amies et moi on en a compter un qui était très beau le truc c'est qu'on avait un prof d'anglais qui nous surveiller et la il avait du nous entendre parce qu'arriver dans un musée il nous fait en nous montrant un tableau d'un homme assez moche il nous dis celui ci vous ne le comptez il est plutot mignon et nous le seul truc qui nous a passée par la tete c'est de nous enfuire en courant on était mdr.
    En 3eme je suis allée en Italie à venise vérone et a des lacs, et il se trouvait des vendeurs qui vendaient des objets volaient qui essayé de nous vendre leur truc le seul truc que j'ai trouvé a faire c'est de les insulté de vendeur de cacahuète et je leur ai dit de s'en alller ils ont pas voulut mes moi je leur ai courrut après les vendeurs comprennait pas. tous les soirs nous mangions la meme chose alors sa énervé tous le monde et a un moments on nous sert une énieme fois des frite je pensé que le type était italiens et qu'il ne comprennait pas le français il ma regardé bizaremment car j'avait dis les frites ils se les mettront dans le c.. . Et en plus de ça il y a eu une histoire et j'ai assez honte je me suis retrouvé en faite nus enfin presque nu juste avec une servitte autour de moi dans le couloirs de l'hotel parce que des personne avaient fait croire qu'il y avait un cambrioleur la c'étaient la honte j'ai plus rien fait pour me faire remarquer après. Cette année je
    pars en angleterre et j'espere que je vais encore faire mieux.

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