L’humanitaire et ses métiers

Les métiers de l'humanitaire font rêver beaucoup d'altruistes mais avant de vous orienter définitivement, voici plus d'infos sur les exigences de ce secteur.

L’humanitaire et ses métiers

Peut-être pensez-vous à votre orientation post-bac, peut-être voulez vous réorienter votre début de carrière, dans tous les cas, les métiers de l’humanitaire vous font rêver : voyager et aider votre prochain, voilà votre vocation !

Mais avant de vendre vos meubles et d’acheter un sac à dos Quechua, il serait peut-être bon d’en savoir un peu plus sur le milieu…

On a trouvé deux spécialistes prêtes à répondre à nos questions sur le sujet ! Blanche Mattern et Margot Durin à l’origine de l’ONG Inmalanka qui soutient les populations vulnérables de l’Inde et du Sri Lanka tant sur les plans médicaux que scolaires ou sociaux, en partenariat avec des ONG locales : elles vont nous accompagner tout au long de cet article.

Les enfants de la Little Angel School de Chennai en Inde. Inmalanka se charge, entre autres, de financer leurs études grâce à des programmes de parrainage. 

Missions courtes et missions longues : faire de l’humanitaire 6 mois… ou plus ?

Avant d’aller plus loin, réfléchissons un peu dès maintenant à la façon dont vous envisagez votre vie dans l’humanitaire. En effet selon que vous souhaitiez partir sur le terrain 6 mois ou plus, les missions ne sont pas les mêmes !

  • Moins de 6 mois ? C’est une mission courte, elle sera plutôt dédiée à l’urgence et l’expertise en cas de crise.
  • Plus de 6 mois ? Vous interagirez sur des terrains de crises continues et affronterez des problématiques de développement au long terme où les populations et institutions locales seront impliquées dans vos projets.

???Santé, éducation et animation… : vivre une expérience enrichissante

Ce sont les métiers que vous verrez le plus souvent tourner sur les sites de recrutement des grandes ONG comme Médecin Sans Frontière ou La Guilde du Raid.

Toutes les professions médicales sont concernées, des infirmières aux médecins spécialisés et ne nécessitent pas de formations spéciales, même si elles existent, lors des études : celle-ci est en effet donnée lors de période de formations organisées par les ONG qui vous recruteront.

Il est à noter que ces départs à l’étranger pour ces professionnels diplômés sont proposés d’avantage comme une expérience à faire dans sa carrière que comme un objectif de toute une vie.

De même pour l’éducation ou l’animation : vous pouvez postuler après dix ans de carrière et vivre un an d’une expérience dans l’humanitaire.

Mais des expériences passées sur le terrain seront toujours un plus : il s’agit en effet de pouvoir s’adapter à un mode de vie très particulier. Les médecins ne retrouveront plus le matériel et les médicaments dont ils ont l’habitude, les enseignants devront donner cours en anglais, les animateurs faire avec les moyens du bord et à peu de frais.

Le salaire n’est d’ailleurs évidement pas comparable à ce que l’on peut espérer dans le privé :

« Le salaire est variable en fonction des missions et de l’employeur. Chez Médecins Sans Frontière, par exemple, le débutant a un statut de volontaire et perçoit la première année une indemnité de 700 euros par mois. Tous ses frais sont pris en charge. Au bout d’un an, il perçoit un salaire à hauteur du SMIC, qui augmentera en fonction de ses responsabilités. » ONISEP

Enfin si vous n’êtes pas médecin mais que vous vous orientez vers une carrière d’expert-comptable ne désespérez pas de pouvoir mettre un jour vos capacités au service du plus grand nombre : toutes les professions peuvent potentiellement intéresser une structure qui a elle aussi besoin de faire ses comptes…? Dans tous les cas, soignez votre formation en langue, l’anglais est tout simplement un indispensable !

Visite médicale à la Little Angel School 

Les conseils de Blanche et Margot, président et vice-présidente d’Inmalanka :

« Les grandes ONG ont des branches finances, donc un expert comptable, peut tout à fait trouver du boulot en ONG. Mais depuis une dizaine d’années, la profession a changé et il est devenu extrêmement complexe de trouver un travail en ONG avec uniquement une formation générale.

Enfin avant de rêver d’un départ en mission, engagez-vous près de chez vous vers des structures associatives en bénévole, cela vous donnera sans doute un premier contact avec certaines thématiques, comme la recherche de subventions, l’organisation d’évènements pour la collecte de fonds, mais vous permettra aussi de voir les différents profils recherchés. »

Logisticien,  ingénieur et coordinateur, … : les as du terrain?.

Derrière les termes évocateurs de « chef de mission », « administrateur de mission » ou encore « coordinateur » se cache un certain nombre de tâches spécifiques aux ONG concernant l’encadrement de leurs missions : gérer un cahier de commande, répartir les fonds entre les différentes missions, gérer la communication au sein des équipes…

Ce sont eux qui donnent à la mission les moyens de sa réussite en gérant les aléas du terrain : il n’est pas rare que ces pros de l’organisation disposent d’une double compétence, en ingénierie, en médecine…

Si vous souhaitez vous former à ces métiers de l’encadrement de projet, plusieurs formations spécifiques existent : le Master 2 en Coopération Internationale de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne est un must mais il existe également des formations privées extrêmement reconnues dès le niveau post-bac à commencer par l’Institut Bioforce de Lyon, la référence dans le milieu.

A côté de ces « organisateurs », leurs indispensables bras droit. Ce sont des « techniciens », ingénieurs voire informaticiens ou encore logisticiens — il y a de la place pour tous les goûts. Leurs responsabilités dépendent essentiellement du contexte de la mission.

Étudiant-e-s ingénieur-e-s, vous avez la possibilité de mener ces projets au sein de vos écoles qui disposent souvent d’associations déjà impliquées dans des projets humanitaires.

Il existe également des instituts spécialisés dans l’ingénierie humanitaire comme par exemple ISTOM spécialisé dans l’agrodéveloppement.

Jardin biologique développé à la Little Angel School 

Les conseils de Blanche et Margot :

« Je citerais l’IEDES, Institut d’Etude du Développement Economique et Social, rattaché à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne qui est l’un des instituts de référence en recherche et formation aux métiers du développement. ??»

DRH et chargé de com’… : en France, ils assurent les arrières

Dans les plus grosses ONG, des postes spécifiques sont dédiés  en France à l’administration et à la communication de l’ONG.

Dans les structures les plus imposantes, des chargés de communication peuvent venir organiser des campagnes publicitaires parfois avec l’aide d’un graphiste ou même d’un webmaster pour créer un site web. Dans les plus petites… on s’arrange !

Il ne s’agit pas de poste de terrain mais ce sont eux qui rendent visible l’action d’une ONG et donc possible son financement.

Pour ces métiers, l’exigence des grandes ONGs est égale à celle de n’importe quelle entreprise privée, aussi les formations sont les mêmes : écoles de commerce, de communication…

Les conseils de Blanche et Margot :

« Certaines structures ont aujourd’hui des besoins de terrain pour ce type de métier. En effet, certaines recherches de fonds peuvent se faire sur place. S’ils restent au siège, ils sont en relation permanente avec les équipes terrains pour communiquer : de plus en plus de campagnes de communication prennent le parti de communiquer sur les actions de terrain. »

???Les statuts : salaire ? Vous avez dit salaire ??

On sait bien qu’on ne fait pas de l’humanitaire pour gagner de l’argent. Mais êtes vous cependant prêt à accepter ce challenge particulier ? Et si oui, pendant combien de temps ?

La précarité des métiers de l’humanitaire, dont certaines grosses ONG n’hésitent pas à se servir pour recruter des jeunes têtes blondes sous-payées, doit être prise en compte par l’aspirant volontaire qui en aura peut-être marre à 35 ans de courir de mission en mission.

  • Le premier statut auquel vous serez confronté est celui de bénévole.

Vous ne serez alors soumis à aucune autre obligation que celle morale, en contrepartie… vous n’êtes pas payé. Les frais de voyage risquent fort d’être également à votre charge tandis que l’hébergement peut être assuré par l’organisme mais ne rêvez pas trop d’un hôtel 3 étoiles sur une plage à Bali, un sac de couchage dans un coin est plus probable. En même temps, on ne part par pour les hôtels quand on veut faire de l’humanitaire !

  • Le statut qui constituera l’essentiel de votre « carrière », c’est plutôt le statut de volontaire.

Ils représentent en effet 80% des humanitaires. Vous recevez une indemnité et non un salaire. Les missions peuvent être courtes ou longues et dépasser les 6 mois.

Cette indemnité qui déprendra du « pouvoir d’achat local » doit vous permettre de « subsister ».

  • Il existe également un certain nombre de statuts intermédiaires, plus ou moins proche du volontariat.

Ils sont plutôt adaptés aux personnes considérant l’humanitaire comme une parenthèse dans leurs vies : le congé de solidarité internationale pour les salariés ayant un an d’ancienneté souhaitant partir au maximum 6 mois, le stage de fin d’étude pour les étudiants en fin de cycle ou encore le Service Civique International qui propose régulièrement des offres émanant d’ONG.

Lors de mon stage en Inde pour Inmalanka en août 2013 

En fait une multitude de statuts de volontariat existent, et il serait impossible de tous les résumer dans cet article, heureusement d’autres sites le font déjà très bien. Sachez que tout dépend en général de votre âge, de votre niveau d’étude, de votre expérience professionnelle et de vos expérience passée sur le terrain. Être un jeune sur-diplomé ne suffit donc pas !

  • Le graal, le salariat.

Il vous faudra compiler les missions de terrain et de très nombreuses compétences au sein d’une même grosse structure qui un jour peut être vous remarquera et vous fera accéder au suprême privilège : un salaire. Et ça compte en année d’expérience avant de pouvoir y prétendre…

Les conseils de Blanche et Margot :

« Ces informations sont essentiellement valables pour les ONG françaises, on peut en effet très bien s’intéresser au recrutement des ONG anglo-saxonnes… qui paient mieux ! »

En conclusion

Réfléchir à « faire carrière » dans l’humanitaire revient donc bien souvent à réfléchir dès le début… à sa reconversion !

Il convient donc avant de se lancer tous azimuts de faire l’expérience du terrain, petit à petit. Et de réfléchir à ce que l’on veut faire de sa vie : veut-on une vie de famille ? Quand ? Une vie de couple ? Comment ?

Méfiez-vous des épiphanies subites, avant de débarquer en sac à dos dans un pays dont vous ne parlez pas la langue et n’hésitez pas à contacter des petites ONG avec lesquels vous pourrez prendre le temps d’échanger, ou de plus grosses pour mieux comprendre leurs besoins.

Bien aussi : les salons des métiers de l’humanitaire ! Celui de la Cité de la Solidarité Internationale de Annemasse est le plus spécialisé mais d’autres sont organisés tout au long de l’année.

Dans tous les cas, un tel engagement se mûrit et c’est cette assurance dans votre choix qui vous sera bien utile sur le terrain !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sill
    Sill, Le 12 août 2014 à 20h42

    Moi ça m'intéresse à fond l'humanitaire, mais genre vraiment, je pense que je pourrais passer ma vie à faire ça sans me lasser ou être en manque de mon pays, mais le problème c'est que je fais des études de psychologie et j'entends peu parler d'ONG qui ont besoin de profesionnels dans ce domaine. :sad:

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