Les filles dans le graffiti : interviews

Depuis le début des années 2000, on l’a vu fleurir partout : mode, publicités, galeries d’arts. Le graffiti est un art qui a su conquérir le grand public, aidé par des grandes figures. Chez les filles, ce sont des artistes comme Miss Van, Fafi et leurs petites poupées érotiques qui ont popularisé cette culture alternative. Pourtant, […]

Les filles dans le graffiti : interviews

Depuis le début des années 2000, on l’a vu fleurir partout : mode, publicités, galeries d’arts. Le graffiti est un art qui a su conquérir le grand public, aidé par des grandes figures. Chez les filles, ce sont des artistes comme Miss Van, Fafi et leurs petites poupées érotiques qui ont popularisé cette culture alternative. Pourtant, nombreuses sont les artistes de terrain qui ne se reconnaissent pas dans ces têtes d’affiches. « La scène féminine est mal représentée par des gens comme Fafi ou Miss Van. Hors du milieu, peu de gens le savent. C’est mon point de vue et celui de beaucoup de mes amis graffeuses et graffeurs. Je respecte leur travail d’artistes mais, pour moi, ce ne sont pas des graffeuses », dixit Bule.
Le graffiti répond à des codes très stricts. On l’oublie parfois mais un graffeur travaille à la bombe. On a souvent tendance à confondre le travail des graffeurs et celui d’artistes qui travaillent au pinceau, sous prétexte qu’ils le font sur des murs. Ensuite, le style, la forme des lettres, leur taille, leur couleur, la rapidité d’exécution des graffeurs sont autant d’indices pour juger la qualité d’un graff. Dernière précision et non des moindres, le graffiti est dans son essence un art qui se pratique dans la rue.

Et sur le terrain ça donne ça. Portraits de nanas actives et créatives :


Bule, 25 ans


Banjo, 20 ans


Rakli, 25 ans


June, 28 ans

madmoiZelle.com : Depuis combien de temps évolues-tu dans le milieu du graff ?
Bule : Depuis un peu plus de 8 ans.

madmoiZelle.com : Qu’est-ce qui t’a amené au graff ?
Bule : J’ai toujours dessiné. Toute petite, j’étais fascinée par les grosses lettres bien faites le long des voies ferrées ou des routes. Ca m’attirait, je me suis intéressée au graffiti et cela s’est fait naturellement.

madmoiZelle.com : Fais-tu partie d’un crew ?
Bule : J’ai eu plusieurs crews. Mais bon, ça se fait, ça se défait… C’est comme certaines histoires d’amour !

madmoiZelle.com : graffgirlz.com est une communauté de filles actives dans le milieu du graff. En dehors du site, où retrouves-tu cet esprit de communauté ?
Bule : J’ai de très bonnes amies graffeuses (dont ma meilleure amie Dyva à qui je fais d’énormes bisous). En fait, je ne fais pas la différence entre les filles et les mecs, on est sur un pied d’égalité. On partage la même passion, alors l’esprit de communauté je le vis avec mes potes lorsqu’on va peindre.
Bien sûr, il y a des websites spécialisés. On peut aussi retrouver des graffeurs sur fotolog ou myspace. Il existe des magazines aussi (Catfight par exemple, ndlr). Dans certaines villes, des jams sont organisés (ce sont des rassemblements de graffeurs autour de la réalisation d’une grande fresque sur un ou plusieurs jours).
Le graffiti, c’est quelque chose qu’il faut vivre. Derrière un écran ou sur papier, ça n’a pas la même signification.

madmoiZelle.com : Le fait d’être une nana doit avoir des influences, même mineures, sur ton travail. Qu’est-ce qui, dans tes poses, est influencé par ton regard de fille ?
Bule : Je pense que j’ai une certaine sensibilité et, forcément, des influences de filles. Par exemple, je dessine des cerises, des cœurs, des trucs un peu kawaii. Mais certains mecs le font aussi. Ensuite au niveau de mes couleurs ou lettres, je ne pense pas qu’il y ait de différences.
Euh oui, un truc ! Lorsqu’on va faire des plans un peu tendus, il y a toujours un mec qui se retourne pour s’assurer que je suis toujours là ou qui me tend la main pour m’aider à escalader un mur. C’est la petite attention à laquelle j’ai droit en tant que fille ! Mais comme je l’ai dit plus haut, je me considère l’égale d’un mec et je me débrouille seule.

madmoiZelle.com : Quelles sont tes références dans le milieu du graff féminin ? A ton sens, quelles artistes représentent le mieux la scène féminine ?
Bule : J’ai peur d’en oublier certaines, sûrement même que je vais en oublier… À mon sens, les plus représentatives actuellement sont Ester, June, Dyva, Else, Kensa, Lady K pour la France.

madmoiZelle.com : Pour revenir aux artistes présentes médiatiquement… Que penses-tu du travail de filles comme Miss Van ou Fafi ?
Bule : Je respecte leur travail. Ce sont de vraies artistes, mais pas des graffeuses. Il ne faut pas mettre toutes les filles qui travaillent dans la rue dans le même sac, celui du graffiti. Leur démarche est très différente, et le résultat aussi d’ailleurs.

madmoiZelle.com : Penses-tu que des artistes qui exposent en galerie restent des graffeuses ?

Bule : Bien sûr, on peut être artiste et graffeuse. Faire quelques toiles et les exposer afin de se faire un peu d’argent et de se faire plaisir ne fait pas de l’artiste une mauvaise graffeuse. Par contre, pour quelqu’un qui se limite aux toiles et qui n’est pas actif sur les murs, il y a un problème.

Plus de graffs de Bule ? C’est ici !

madmoiZelle.com : Depuis combien évolues-tu dans le milieu du graff ?
Banjo : 3 ans et des bananes, c’est peu.

madmoiZelle.com : Qu’est-ce qui (ou qui) t’a amené au graff ?
Banjo : À vrai dire, j’ai toujours regardé les tags et graffs sans m’en rendre vraiment compte. Un jour que j’étais avec une pote qui graffait, elle m’a dit : « Vas-y, prends des bombes au lieu de te faire chier ». Premier graff : un chef d’œuvre ! J’ai vraiment aimé ça et j’ai continué de mon coté, histoire de trouver mon style et tout le tintouin.

madmoiZelle.com : Fais-tu partie d’un crew ? Y a t’il d’autres filles avec toi ?
Banjo : Oui, je pose avec BR, GPL, AB2G… Dans le BR il y a 2 autres filles et dans le GPL on est 4 filles et mecs. 

madmoiZelle.com : Pas de crew exclusivement féminin ?
Banjo : Nein. Au départ, avec GPL (Grosses Putes Libertines) on voulait un crew de filles, mais on a deux potes qui sont aussi putes que nous, donc ils sont de la famille !

madmoiZelle.com : graffgirlz.com est une communauté de filles actives dans le milieu du graff. En dehors du site, où retrouves-tu cet esprit de communauté ?
Banjo : Je ne suis pas pour cet esprit communautaire dans le graffiti.
Je ne peins presque qu’avec des gars, et je ne suis pas une obsédée du graffiti.
Sinon, je communique beaucoup avec des gens sur msn, fotolog ou myspace.

madmoiZelle.com : Le fait d’être une nana doit avoir des influences, même mineures, sur ton travail. Qu’est-ce qui, dans tes poses, est influencé par ton regard de fille ?
Banjo : Euh… Les couleurs peut-être !? Je suis très jaune, orange, rouge. Il faudrait demander aux autres ce qu’il y a de féminin dans mes graffs parce que je suis une buse en auto-analyse…

madmoiZelle.com : Quelles sont tes références dans le milieu du graff féminin ?
Banjo : Je dirais Bule, Jonis, Malys, June (enfin, les copines !)

madmoiZelle.com : A ton sens, quelle artiste représente le mieux la scène féminine ?
Banjo : Pink (pionnière du graff new-yorkais, ndlr), elle était number one ;)

madmoiZelle.com : Pour revenir aux artistes présentes médiatiquement… Que penses-tu du travail de filles comme Miss Van ou Fafi ?
Banjo : Je déteste ce qu’elles font. C’est mon grand sujet d’énervage… Je n’aime pas leur esprit pétasse-médiatique-je-montre-mon-string. Et puis elles dessinent des putes au pinceau. Le pinceau ce n’est pas du graffiti selon moi.

madmoiZelle.com : Penses-tu
que des artistes qui exposent en galerie restent des graffeuses ?
Banjo : Si elles continuent à peindrent (avec des bombes) à coté, ouais ! Perso, je m’en fiche. Si la fille m’invite au vernissage et qu’il y a de quoi picoler c’est l’essentiel ! eh eh ! Je rigole, je ne me sens pas concernée.

Plus de graffs de Banjo ? C’est ici !

madmoiZelle.com : Depuis combien de temps évolues-tu dans le milieu du graff ?
3 ans

madmoiZelle.com : Qu’est-ce qui (ou qui) t’a amené au graff ?
Rakli :
Mon mec tout d’abord, et puis je dessine des perso depuis toujours car je suis Styliste Illustratrice.

madmoiZelle.com : Fais-tu partie d’un crew ? Y a t’il d’autres filles avec toi ?
Rakli : Je suis la seule fille de mon crew.

madmoiZelle.com : Comment s’est-il formé ?
Rakli : Il y a 10 ans que le crew existe. Il s’est formé pendant une grosse soirée entre potes, pour délirer. Moi, je les ai rejoint il y a 3 ans.

madmoiZelle.com : graffgirlz.com est une communauté de filles actives dans le milieu du graff. En dehors du site, où retrouves-tu cet esprit de communauté ?
Rakli : Honnêtement, je ne ressens pas de communauté de filles dans le graffiti.

madmoiZelle.com : Le fait d’être une nana doit avoir des influences sur ton travail. Qu’est-ce qui, dans tes poses, est influencé par ton regard de fille ?
Rakli : Mon personnage entier est influencé par mon regard de fille ! Je ne fais que des p’tites nanas !!

madmoiZelle.com : Quelles sont tes références dans le milieu du graff féminin ?
Rakli : J’aime beaucoup Koralie ou encore Microbo.

madmoiZelle.com : Pour revenir aux artistes présentes médiatiquement… Que penses-tu du travail de filles comme Miss Van ou Fafi ?
Rakli : Je n’accroche que moyennement sur ce qu’elles font, mais ce n’est qu’une question de goût ! Rien à reprocher sur la technique et le résultat !

madmoiZelle.com : Penses-tu que des artistes qui exposent en galerie restent des graffeuses ?
Rakli : Je n’ai rien contre les graffeuses qui exposent en galerie, je trouve ça logique ! Le graff est un art à part entière.

Plus de graffs de Rakli, c’est ici !

madmoiZelle.com : Depuis combien de temps évolues-tu dans le milieu du graff ?
June :
10 ans

madmoiZelle.com : Qui t’a amené au graff ?
June : Des amis graffeurs de ma ville d’origine.

madmoiZelle.com : graffgirlz.com est une communauté de filles actives dans le milieu du graff. En dehors du site, où retrouves-tu cet esprit de communauté ?
June : Je ne considère pas graffgirlz.com comme une communauté. Je suis plutôt opposée à cette « ghettoïsation ».

madmoiZelle.com : Le fait d’être une nana doit avoir des influences, même mineures, sur ton travail. Qu’est-ce qui, dans tes poses, est influencé par ton regard de fille ?
June : En ce qui concerne mes noms, je les considère féminins, sans avoir besoin de revendiquer mon sexe en y adjoignant un « lady » ou un « miss »… Je fais du graffiti comme un mec. Peut-être que le fait d’être une fille change mes influences et mon travail, mais pas nécessairement.

madmoiZelle.com : Quelles sont tes références dans le milieu du graff féminin ? A ton sens, quelle artiste représente au mieux la scène féminine ?
June : Je n’ai pas de références dans le graffiti féminin, même si j’ai beaucoup de respect pour des filles comme Kensa, par exemple.

madmoiZelle.com : Pour revenir aux artistes présentes médiatiquement… Que penses-tu du travail de filles comme Miss Van ou Fafi ?
June : Miss Van et Fafi ne font pas du graffiti, elles font de la peinture acrylique sur les murs.

madmoiZelle.com : Penses-tu qu’une artiste qui expose en galerie reste une graffeuse ?
June : Oui, pourquoi pas ? Si c’est un prolongement de son travail dans la rue…

Plus de graffs de June, c’est ici !

La scène graffiti ne se résume pas à ces quatre parcours. Il y a presque autant de discours qu’il y a de filles dans le mouvement. Difficile de trouver une figure qui puisse représenter une scène aussi éclectique tant dans sa production que dans son discours… C’est ce qui pourrait expliquer la mise en avant de Miss Van dans les médias. Une jolie nana qui dessine des poupées sexy tout en rondeurs, c’est girly et donc sacrément vendeur.
En réalité, rien ne distingue fondamentalement la production d’une fille de celle d’un mec. Les formes ne sont pas plus rondes, les couleurs pas moins criardes, les discours pas moins engagés. Le travail est défini par la patte de l’artiste avant tout, ensuite chacune fait ressortir ses influences de nanas selon son tempérament. La distinction fille Vs mecs est, à raison, parfois mal perçue par les artistes qui préfèrent parler de leur travail, et ne pas revendiquer un statut de marginal dans un milieu qui l’est déjà. On trouve ce même débat pour l’ensemble des milieux squattés par des poilus : la politique, les jeux vidéos, la B.D., etc. 
Pourtant, on peut prendre le parti de dire que l’art est le reflet d’une certaine sensibilité. Chez les graffeuses aussi, cette sensibilité est guidée par des références féminines, entre mille autres choses.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Eugéniiie
    Eugéniiie, Le 7 février 2007 à 13h17

    Un article très intéressant sur un sujet que je ne connais pas du tout. J'aime bien, merci.

    (ouèèè mon message fait un peu formel, mais c'est vrai quoi j'y connais rien et c'était intéressant alors je le dis)

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