Laurent Lafitte explique sa blague sur Woody Allen et il aurait (VRAIMENT) mieux fait de se taire

Ne dit-on pas qu'il faut toujours tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler ? À la cérémonie d'ouverture du festival de Cannes, Laurent Lafitte a fait une blague qui l’a fait passer en 24 heures de héros des féministes à boloss.

Laurent Lafitte explique sa blague sur Woody Allen et il aurait (VRAIMENT) mieux fait de se taire

Mise à jour du 13 mai 2016 à 9H45 — Au lendemain de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes, Laurent Lafitte s’est expliqué au Hollywood Reporter sur le sens de sa blague… Et c’est décevant.

Après la soirée, on m’a dit qu’il y avait eu des réactions fortes. Ce que je n’ai appris que ce matin [le jeudi 12 mai], c’est que le fils de Woody Allen avait fait la veille une déclaration, l’accusant de viol. Je ne le savais pas.

Quand j’ai écrit cette blague, c’était plutôt une blague sur l’Europe, et sur le fait que [Roman Polanski], l’un des plus grands réalisateurs américains, avait dû passer des années en Europe, alors que Woody Allen n’y était pas obligé, puisqu’il n’était pas accusé de viol dans son propre pays justement. A l’inverse de Polanski.

C’était censé être une blague sur le puritanisme américain et le fait qu’il est surprenant qu’un réalisateur américain veuille faire autant de films en Europe. Je n’étais pas au courant du reste.

Une réponse décevante, dont Slate en a fait un article que je vous encourage à lire ici.

À peine connu aux États-Unis, déjà héros des féministes et des détracteurs des deux réalisateurs controversés, Laurent Lafitte s’est mué en quelques heures en leur bête noire

Ce qui est passé pour du courage et de l’audace lors de la cérémonie d’ouverture n’était que de l’ignorance. Qui masquait une blague bien moins bonne et bien plus dangereuse.

Article original publié le 12 mai 2016 — Hier, c’était la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes. Comme chaque année, un film est projeté… Et cette fois, c’était Woody Allen qui avait l’honneur de présenter sa dernière œuvre Café Society. Un grand festival, un grand réalisateur, tout était fait pour que la soirée se passe à merveille.

Sauf que Woody Allen a été accusé dans le passé d’attouchements sur sa fille, Dylan, âgée de 7 ans à l’époque. Si le rapport médical concluait à son innocence, elle a de nouveau témoigné en 2014 au sujet des agressions sexuelles perpétrées par son père. Laurent Lafitte présentait la cérémonie et a décidé de faire référence à cette affaire jusque-là presque oubliée… (edit du 13 mai 2016 : voir mise à jour plus haut)

Une blague qui passe mal

Pour présenter le film, l’humoriste a décidé de tacler le réalisateur.

Ces dernières années, vous avez beaucoup tourné en Europe, alors que vous n’êtes même pas condamné pour viol aux États-Unis !

Une référence à Roman Polanski qui ne peut plus se rendre aux États-Unis après avoir été poursuivi pour viol sur une mineure de 13 ans. 

Séquence à 3 minutes 40

Quand on m’a informée de l’affaire ce matin, la première chose que j’ai faite a été de chercher à en savoir plus. Je n’ai trouvé que très peu d’articles faisant référence à cette punchline. Dans les débrief de la soirée, on parle surtout d’un baiser entre Laurent Lafitte et Catherine Deneuve.

Les accusations d’une fille

En 2014, quand Dylan Farrow, fille de Woody Allen, témoigne du viol qu’elle a subi à l’âge de 7 ans, cela fait un petit buzz… qui s’essouffle.

Quel est votre Woody Allen préféré ? Avant de répondre, vous devriez savoir : quand j’avais sept ans, il m’a prise par la main et m’a menée dans l’ombre, dans la penderie du deuxième étage de la maison. Il m’a dit de me mettre sur le ventre et de jouer au petit train. Après ça il m’a agressée sexuellement.

J’avais lu à l’époque son récit glaçant. Et puis ça m’est passé au-dessus de la tête. J’ai continué à aller au cinéma voir les nouveaux films de Woody Allen, à me plaindre que ses précédents étaient quand même un peu mieux.

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Dylan, à droite, sur les genoux de Woody Allen

Je sais que Woody Allen s’est marié à une fille adoptive de son ex-femme. Je sais aussi que les rumeurs à son sujet sont nombreuses. Mais je me suis répété, inlassablement, qu’elles devaient être fausses, comme pour protéger l’image que j’avais du réalisateur.

Si la blague de Laurent Lafitte a autant fait écho en moi, ce n’est pas par sympathie pour Woody Allen. Elle me place face à moi-même. J’ai beau rire, je sais que je fais partie de ces millions de complices silencieux qui préfèrent se dire que ce ne sont que des accusations fallacieuses. 

La loi du silence est surtout celle de la souffrance

Dans la journée précédent la cérémonie, Ronan Farrow, fils du réalisateur, a posté un long article sur le site du Hollywood Reporter. Le nom de la tribune ? Mon père, Woody Allen, et le danger des questions que l’on ne pose pas.

Dedans, il y raconte son parcours de journaliste, notamment quand il a dû interviewer en 2014 un biographe de Bill Cosby. Pour rappel, cet humoriste américain est aujourd’hui accusé d’avoir agressé sexuellement et violé 60 femmes. À l’époque, aucune référence n’y était faite dans le livre.

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Il y avait déjà des rumeurs mais le journaliste raconte avoir dû faire une croix sur l’idée de poser des questions sur le sujet, découragé par l’auteur de l’ouvrage.

Aujourd’hui, ce même auteur s’est excusé. Et les reporters qui couvraient Cosby ont été forcés de revoir des décennies d’omission, de questions non posées, d’histoire non racontées. Je suis l’un de ces reporters, et j’ai honte de cette interview.

Cosby est poursuivi par la justice américaine. Ce n’est pas le cas de Woody Allen, les charges pesant contre lui ayant été abandonnées. Le fils de ce dernier raconte néanmoins avoir été témoin des attouchements qu’aurait subi sa sœur. Il donne son avis sur le silence qui entoure ces possibles agressions.

Ce genre de silence n’est pas juste moralement mal. Il est dangereux. Il envoie un message aux victimes : ça ne vaut pas le coup de souffrir en revenant sur le passé.

Il dit des choses sur notre société, sur les choses face auxquelles nous allons fermer les yeux, qui nous allons ignorer, qui compte et qui ne compte pas.

Difficile de ne pas mettre ce texte en parallèle à Samanta Geimer, victime de Roman Polanski dans les années 70, qui témoignait en 2013.

Si je devais choisir entre le viol et revivre ce qui s’est passé après, je choisirais le viol.

À lire aussi : Mon viol, et le policier qui a tout aggravé

Ce n’est qu’un pavé… mais la mare redeviendra lisse si on ne fait rien

Slate relate qu’aux États-Unis, Laurent Lafitte profite grâce à cette punchline d’une nouvelle célébrité. Il est même en une du New York Post du jour.

Quand l’humoriste a fait sa blague, il a lâché une petite bombe (edit du 13 mai 2016 : voir mise à jour plus haut). Il a parlé d’une affaire connue, même si elle n’a pas eu de suite et qu’on ne peut accuser formellement Woody Allen.

Alors, est-ce que la bombe explosera ? Connaîtrons-nous un jour la vérité ? Rien ne l’assure.

En revanche, si cet événement permet de délier les langues de personnes victimes d’agressions sexuelles et de lever le tabou sur ce crime, ce sera déjà un premier pas.

big-viol-prise-de-conscience

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Annecat51
    Annecat51, Le 14 mai 2016 à 12h02

    @Rhea16 Alors ils parle de quoi en parlant de puritanisme? Je me suis aussi posé la même question mais, par élimination, c'est la seule réponse qui me semblait logique :dunno:

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