La meilleure part des hommes (Tristan Garcia)

"PARIS, ANNEES SIDA" La meilleure part des hommes met en scène quatre personnages. William Miller, Jean-Michel Leibowitz, Dominique Rossi ; et Liz, celle qui les réunit tous. La première partie du roman présente chacun d’eux : la jeune femme est respectivement l’amie, la maîtresse et la collègue de ces trois hommes. Mais elle n’est pas […]

La meilleure part des hommes (Tristan Garcia)

"PARIS, ANNEES SIDA"

La meilleure part des hommes met en scène quatre personnages. William Miller, Jean-Michel Leibowitz, Dominique Rossi ; et Liz, celle qui les réunit tous. La première partie du roman présente chacun d’eux : la jeune femme est respectivement l’amie, la maîtresse et la collègue de ces trois hommes. Mais elle n’est pas leur seul lien : ils en ont d’autres, deux par deux : ceux d’être des intellectuels de premier plan, d’être amants…

La quatrième de couverture, rédigée par l’auteur lui-même (Tristan Garcia, né en 1981), nous annonce que son roman traite en partie de l’amour puis de la destruction de deux de ces personnages, Willie et Dominique. Si c’était si facile… Mais il y a bien plus que cela : il y a tout le contexte qui les dévore et dévore le texte. C’est d’abord celui des années 1980, de l’émancipation homosexuelle puis de cette "période décisive" qui est celle des "années sida".

Sans doute beaucoup de ces personnages, en raison de leur importance publique, font référence de près ou de loin à des intellectuels de l’époque et d’aujourd’hui – puisque le récit, qui commence dans les années 1980, se termine de nos jours. Encore faut-il les connaître.

MOSAÏQUE

Mais, semble-t-il, ce n’est pas ce qui compte : comme l’annonce l’auteur en exergue, ce ne sont pas les ressemblances qui comptent mais l’époque, le contexte. "Plongés dans des situations parfois comparables, personnes et personnages n’agissent pas autrement."

L’intérêt de La meilleure part des hommes semble donc à chercher au-delà de l’anecdote : dans le mélange, dans la confrontation. On le constate au niveau du récit, dont la particularité est d’être une compilation de fragments qui passent d’un personnage à l’autre ; toujours autour de Liz, la narratrice.

S’il y a mosaïque à ce niveau là, il n’y a toutefois pas de véritable changement au niveau du ton. Qu’elle évoque un intellectuel ou un politicien, qu’elle parle des histoires de cul des deux amants (ensemble ou chacun de leur côté) ou de la lutte acharnée qu’ils mènent publiquement au sujet du préservatif et de l’homosexualité, Tristan Garcia fait adopter à sa narratrice et aux personnages qu’elle fait parler un ton franc, direct. Parfois même étouffant tant on a de temps en temps le sentiment d’être emporté sous un éboulement de phrases et de mots tranchants, lourds.

SERIES

Si Tristan Garcia, dont c’est le premier roman, a attisé mon intérêt, c’est en raison d’un titre sur lequel je suis tombée. Il disait grosso modo l’importance pour ce jeune écrivain de tirer leçon des séries américaines, au même titre qu’il y a quelques décennies certains écrivains ont eu à apprendre du cinéma. Intéressant, me suis-je dit. Il citait Six Feet Under.

On pourrait en effet lire chaque chapitre comme une scène : concentrée sur un personnage, un moment. La juxtaposition de tous ces chapitres n’étant réunie que par une chose : le regard et parfois l’intervention de la narratrice.

En dehors de ça, rien qui n’ait ni la force, ni l’intérêt de certaines séries.

LA MEILLEURE PART DES HOMMES, PORTRAIT EN CREUX

Avec le dernier chapitre s’ouvre une nouvelle perspective : on se tire de la scène ponctuelle et la narratrice adopte un regard en surplomb, détaché enfin de l’emprise des trois autres personnages. Le ton change ; elle s’interroge sur les personnages dont elle a détaillé les actions, les positions idéologiques et politiques. Une seule question alors : où est la bonne part de chacun ? Chez Dominique Rossi ou chez Willie, son exact contraire ? Willie sauvage, violent ; Willie le fou, qui se prononçait contre le port du préservatif et a tout mis en jeu pour détruire son ancien amant, avant de mourir du sida…

La conclusion semble trancher en sa faveur et nous dire : ce que je vous ai montré n’a servi qu’à dessiner, en creux, le portrait de ce personnage destructeur qui a fait le mal, qui n’a rien donné mais portait, en lui, plus d’amour que les deux autres intellectuels. La meilleure part des hommes, cachée. Le récit n’aurait servi qu’à la traquer là où lui-même disait ne pas la trouver…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Iskra
    Iskra, Le 5 octobre 2008 à 16h57

    J'ai rencontré hier soir Tristan Garcia lors des cafés littéraires de montélimar. Une vraie rencontre, un mec bluffant...
    D'une intelligence frappante, cachée sous une jeune homme d'apparence timide, sauf quand il prend la parole. C'est un peu comme les acteurs malades de trac avant d'entrer en scène et qui, une fois qu'ils y sont, explosent les planches.
    C'est un mec brillant, clair et franc. Il a également beaucoup d'humour et une humilité étonnante...

    Par contre, il n'aime pas le bandeau que son éditeur à ajouté au livre, " paris années sida", il les as mêmes retirés de nos livres quand il nous les as dédicacés! lol
    Il a trouvé que c'était vraiment réducteur.. Je dis ca parce que miss ter à intitulé une des ses parties comme ca, enfin, c'était juste pour rebondir quoi...

    Et le pire de tout, il est craquant à souhait...

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