Julie et son job dans une association de cinéma : l’interview

Lors du festival de Cannes, on a rencontré Julie, qui travaille dans une association de cinéma qui gère des petites salles. Elle nous en parle dans cette interview.

Julie et son job dans une association de cinéma : l’interview

Julie travaille dans une association de cinéma depuis le mois de septembre à Lyon. Ce mois-ci, elle était à Cannes pour le festival, sa première accréditation professionnelle en poche. Elle a accepté de nous parler de son job au Grac (groupement régional d’actions cinématographique), une association qui aide les salles de la région à s’organiser de manière collective, et des raisons de sa présence à Cannes.

Peux-tu nous parler un peu plus de ton job ?

Je travaille à Lyon dans une association de cinéma qui fédère des salles de cinéma indépendantes. On a 65 salles dans notre réseau et on les aide à être un peu plus fortes face aux grands groupe (Pathé, UGC…). Au jour le jour, je m’occupe du site Internet (pour mettre par exemple la programmation en ligne), répondre aux demandes des salles, les aider pour les tâches administratives. La plupart de nos salles sont des associations donc tu bosses avec des bénévoles qui ont besoin d’un accompagnement dans leur travail et n’ont pas assez de temps, ou alors ce sont des petites salles avec un employé qui va tout faire tout seul.

On est trois (et demi) à travailler à temps plein dans l’association et je m’occupe plus particulièrement du numérique ; les petites salles indépendantes ont dû passer au numérique pour suivre le mouvement parce que maintenant il n’y a plus aucun film qui est distribué en 35mm, et pour elles c’était un budget énorme d’investir là-dedans alors on a fait un projet de subvention commun à 25 salles. En gros, moi je gère ces 25 salles. On a eu l’argent du CNC donc en fait c’est l’État qui nous a avancé de l’argent, comme un gros prêt à taux zéro, et maintenant on a dix ans pour rembourser cet argent.

Et pour rembourser on a un système un peu particulier : les distributeurs des films, à chaque fois qu’un film est diffusé en sortie nationale en numérique, donnent une contribution numérique à la salle. Mon rôle, c’est de récupérer toutes les contributions numériques qui sont données dans toutes les salles pour tous les films et de les reverser au CNC pour rembourser notre avance. Je suis en CDD sur ce poste-là.

Et comment tu as fait pour en arriver là ?

J’ai fait mon master Diffusion des arts et des savoirs par l’image à Lyon. Le nom fait un peu peur mais en gros c’est pour faire de la diffusion au cinéma, travailler dans la médiation culturelle… J’ai fait mon stage de fin d’études dans cette association. Au début, je ne bossais pas du tout sur le numérique mais sur la carte M’ra (qui permet entre autres aux 16-25 ans de la région Rhône Alpes d’aller au cinéma). J’ai travaillé 6 mois avec eux et à l’issue de ce stage un poste s’est libéré dans le numérique, du coup j’ai eu la place.

Quand est-ce que tu as eu la vocation de travailler dans le cinéma ?

Au lycée, je savais que je voulais bosser dans le cinéma, mon problème c’est qu’il n’y a pas beaucoup de travail… Je ne voulais pas spécialement être actrice ou réaliser, et du coup j’avais un peu de mal à cerner et j’ai fait un BTS gestion de production pour travailler sur la production des films et organiser des tournages ; c’était vraiment cool, mais c’était fini en deux ans et j’avais envie de continuer les études parce que j’ai eu mon bac à 18 ans et ça ne me tentait pas trop de bosser à 20. J’ai fait une licence axée sur la distribution des films et après la distribution, c’est l’exploitation, donc je me suis orientée là-dessus.

Tu t’épanouis dans ton travail ?

Ouais ! Ça c’est cool c’est d’aller travailler tous les jours et de se dire « Je fais un taf qui me plaît ». Parce que je dois être au contact des salles de cinéma tous les jours, les appeler, connaître tous les films qui sortent à chaque fois, appeler les distributeurs pour faire des contrats avec eux pour qu’ils nous payent bien les contributions… Il y a un vrai contact humain.

Après ça reste une association donc l’inconvénient c’est qu’on ne peut pas vraiment évoluer, qu’il n’y a pas trop de sécurité de l’emploi et je pense qu’il y a peu de chances pour qu’on me propose un CDI, et puis le salaire n’est pas très élevé par rapport au niveau d’études. Pour une première expérience c’est très bien et après je vais essayer d’évoluer.

T’as des pistes pour évoluer justement ?

Bah Cannes ça sert à ça ! (On rit) On rencontre plein de gens, donc j’essaie d’enrichir un peu mon carnet d’adresses et je me dis que peut-être un jour je trouverai comme ça. L’année dernière j’étais déjà venue alors que j’étais stagiaire dans l’association, mais sans accréditation, sans rien. J’ai pas fait beaucoup de séances, mais j’ai fait beaucoup de soirées du coup parce que les gens de l’asso récupéraient des invitations : tous les exploitants du réseau pour lequel on travaille avaient des invits aux soirées sauf qu’eux, comme ils se levaient tôt puisqu’ils sont là pour le travail avant tout, ils nous les donnaient.

Cette année c’est complètement différent ! Je vois des films parce qu’on m’a donné une accréditation et donc, je vais moins aux soirées. Je vais essayer d’en voir un maximum parce que c’est toujours mieux d’avoir le plus d’avis possibles sur les oeuvres quand on en parle en conseil d’administration.

Après, si les exploitants ont eu un coup de coeur pour un film, ça va être notre rôle d’appeler les distributeurs et de leur dire « Bon voilà, nous on a soixante salles, c’est des toutes petites, mais on sait qu’il y en a 30 d’intéressées pour le film, est-ce qu’on peut faire une circulation de copies ». C’est à dire qu’on va louer au distributeur une seule copie numérique du film et on va la faire tourner dans nos salles. Nos seuls frais, ça va être le Chronopost d’une salle à une autre et ça fait des économies énormes.

Ta journée type à Cannes c’est quoi ?

Lever à 6h30 pour aller voir des films (je suis à 25 minutes à pied du Palais). On a rendez-vous avec les exploitants devant les marches à 7h30. On fait la projo du matin, celle de 11h parfois. La séance de l’après-midi pour l’instant c’est un peu compromis, je n’ai pas encore réussi à trouver une projection où on n’a besoin que d’un badge ; je vais essayer cet aprèm pour Grand Central mais en général faut vraiment y aller à l’avance, faire la queue… Après je rentre à l’appart sous le coup de 18, 19h, je me change et je sors.

Cette envie de travailler dans le cinéma, elle te vient d’où ?

Au lycée, les sorties qu’on faisait le vendredi ou le samedi soir avec mes potes c’était essentiellement au cinéma. J’y allais deux fois par semaine et c’était vraiment pas cher à l’époque. Je me rappelle, quand j’étais au collège, c’était 17 francs la place. Ça paraît fou aujourd’hui ! J’ai vu énormément de films et ça me plaisait.

Et d’un autre côté, j’aimais bien la gestion, organiser des vacances, des soirées, faire des plannings… Je me suis dit que là, il y avait peut-être quelque chose pour moi parce que le cinéma c’est une grosse industrie et organiser un tournage doit être le truc le plus complexe du monde. Du coup, je me suis dit que j’avais envie de concilier les deux.

D’ailleurs c’est quoi les qualités requises pour réussir dans ton métier ?

Avoir des contacts, vraiment. Avoir trouvé mon stage dans cette association est probablement le meilleur truc qui pouvait m’arriver parce qu’ils sont en contact avec tout le monde, ça fait un super réseau. Après ça dépend de la branche : si tu travailles en production, vaut mieux être plutôt organisé. Si tu veux travailler dans la distribution il faut avoir des talents de négociateur pour placer des films. Et pour les exploitants de salle il faut surtout avoir de la polyvalence parce que t’es amené à tout faire : nettoyer le pop-corn ou encore appeler le distributeur pour lui dire qu’il y a un problème dans la livraison du film.

Pour se faire des contacts, il faut être sociable mais ce n’est pas forcément quelque chose d’inné. J’ai toujours su me démerder, m’organiser. Par contre ce que j’ai essayé d’acquérir et que je n’avais pas du tout, c’est le contact avec les gens parce que je suis plutôt timide à la base. Quand j’ai pris le poste sur le numérique, je me suis retrouvée dès la première semaine au téléphone avec des gens importants, avec les studios Disney par exemple, et là j’avais la voix toute tremblante. La fille au bout du fil m’appelait, moi, pour des renseignements et je pense que j’étais pas du tout crédible (elle rit). Ça prouve qu’on peut mettre de côté sa timidité.

Merci à Julie pour cette passionnante interview !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kryptonique
    Kryptonique, Le 25 mai 2013 à 13h58

    Merci pour cette interview dans ma période de doute sur mon choix de carrière !! J'ai aussi envie de me tourner vers le milieu du cinéma :puppyeyes: mais comme Julie : pas envie d'être réal ou actrice ! Donc avoir plein d'avis sur les métiers différents ça aide et aussi le problème du trouver du boulot me freine un peu ! :tears:

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