J’ai testé pour vous… passer une journée en fauteuil roulant

Des gens en fauteuil roulant, on en voit tous les jours. Mais il est facile d'oublier à quel point la vie leur est compliquée... Pour mieux les comprendre, cette madmoiZelle a passé une journée en fauteuil, et ce ne fut pas une partie de plaisir.

J’ai testé pour vous… passer une journée en fauteuil roulant

Si on tend l’oreille, on peut parfois entendre ceci à propos des personnes souffrant d’un handicap: « Ils ne pourraient pas avancer plus vite ? », « Dégage de mon chemin, ou je te fais dégager », « Espèce de débile, t’es même pas capable de marcher tout seul ! »… J’ai donc décidé de devenir moi-même une « espèce de débile » incapable de marcher toute seule pendant toute une journée.

Chez nous, dans la belle province canadienne, nous avons une semaine dite « de la déficience » durant laquelle des activités de sensibilisation ont lieu. Parmi ces activités, à ma polyvalente (équivalent du lycée au Québec), nous avions la possibilité de vivre une journée en fauteuil roulant pour comprendre la situation des gens contraints à se déplacer ainsi. Voici un résumé de mes aventures de fille bien roulée (fauteuil roulant, vous suivez ? Hahaha).

La première période

Ma première épreuve a consisté à combattre la loi de la gravité et à escalader le mont Everest la petite pente à côté de l’escalier, spécialement créée à cet effet. J’ai rapidement réalisé la force que cela exigeait de mes petits bras tout mous qui ont eu toute la peine du monde à fournir l’énergie pour me faire grimper.

Mes cris d’effort ont vite alerté mes professeurs qui supposaient probablement que je me battais à mains nues avec un rhinocéros. J’ai eu droit à plusieurs « HAAAAAAAAAAH ! MON DIEU QU’EST-CE QUI T’EST ARRIVÉ ? », ce à quoi je répondais candidement que j’avais lancé un bâton de dynamite sur un lac gelé et que mon chien me l’avait rapporté (inspirée par un prix Darwin).

Après être finalement rentrée dans la classe, ce fut un calvaire de me placer derrière mon bureau. J’ai fini par envoyer valser les bureaux à l’autre bout de la pièce pour ainsi circuler librement laissant aux autres le loisir de les replacer.

Le reste de la matinée

Une des épreuves qui se révéla des plus éprouvantes : aller chercher mes cahiers dans mon casier. Au début de l’année scolaire, moi et ma coloc’ de casier (qui mesure plusieurs mètres de plus que moi) (le casier, pas la coloc), on s’était logiquement entendues pour que mes affaires reposent au-dessus des siennes (je ne sais pas pourquoi j’ai dit oui à cette entente merdique). Mes cahiers sont déjà placés trop haut pour moi en temps normal ; perdre 70 cm de hauteur n’ayant rien arrangé, j’ai vachement peiné pour récupérer le matériel de la journée.

Une fois le matériel en main (je me jurai que la prochaine fois, je demanderais de l’aide) il me fallait maintenant descendre le mont Everest la même petite pente de rien du tout qui m’avait donné un mal de chien. Mes affaires bien en main (puisque je m’étais dit que je n’aurais pas besoin de sac à dos pour les transporter…), je me lançai avec une certaine réticence dans la descente de ce qui m’apparaissait maintenant être une piste de bobsleigh. Le tissu de mes leggings étant glissant, mes livres se mirent à dégringoler à vitesse grand V vers le sol (trahie une fois de plus par la loi de la gravité !). Répondant naturellement aux réflexes de mon corps, j’oubliai les règles les plus élémentaires de survie en chaise roulante et je me penchai pour ramasser mes satanés bouquins en lâchant les roues de mon engin auto-piloté. N’ayant pas enclenché le frein, je me mis à rouler très vite vers l’avant. Évidemment, mes effets personnels se trouvaient juste sous le siège, déséquilibrant le véhicule et me faisant dangereusement pencher vers l’avant, dévalant toujours la pente à vive allure. Aucune réaction ne me vint à l’esprit, sinon crier tel un paon qu’on plumerait en commençant par l’arrière des genoux !

De bons samaritains me rattrapèrent (si vous me lisez en ce moment, sachez que vous avez sauvé la vie d’un génie de l’écriture ; l’humanité et moi-même vous en serons éternellement reconnaissantes). Reprenant mon souffle, je les remerciai avant de me pencher à nouveau pour reprendre mes livres, causes de tous mes malheurs. Les remettant sur mes genoux, je recommençai à circuler mais les coquins s’acharnèrent à poursuivre leur descente infernale. Je relâchai mes roues et recommençai ce manège à plusieurs reprises, mes sauveurs à mes trousses pour me rattraper à chaque fois avec bravoure. Je ne sais pas s’ils m’ont trouvée étrange, mais personnellement, je me dis qu’une comparaison avec un autotrophe n’est pas déplacée au niveau de l’intelligence. En arrivant finalement dans la salle de classe (qui était tout près), mon professeur me tint à peu près ce langage: « Hola señorita, he oído sus gritos de angustia, pero yo estaba demasiado doblado de la risa para rescatarte »*

*Mais non, c’est une blague, il n’a pas dit ça. Il a dit: « Ça roule ma poule ».

L’épreuve ultime : la cuvette

À mon grand soulagement, l’heure du déjeuner s’est bien déroulée outre le fait que je devais dépenser à peu près 300 calories pour chaque mètre de déplacement effectué. Rien de notable ne s’est passé, sauf l’épisode des toilettes. Vous êtes-vous déjà interrogé-e-s sur la façon dont les gens qui n’ont pas l’usage de leurs jambes vont aux toilettes ? En fait, c’est dix fois plus compliqué que cela en a l’air. Le seul fait d’entrer dans la cabine spécialisée est complexe : je m’y suis reprise à trois fois. La première fois, j’ai pris de l’élan pour y aller et je me suis coincé le bras entre la cloison et la chaise roulante (c’est très douloureux, j’ai paradé avec une ecchymose pendant deux semaines). Au second essai, je suis entrée saine et sauve (enfin, presque) mais à l’envers : difficile de faire quoi que ce soit lorsqu’on est planté face à la cuvette (à moins de… oubliez, je ne m’aventurerai pas sur ce chemin vaseux). Le troisième essai fut le bon : je parvins à me mettre dans la bonne position, à côté de la cuvette, dos à la chasse d’eau. La suite du travail revenait maintenant à mes bras : allez, forcez, petits bras mous ! Rien à faire : ceux-ci furent incapable de soulever mon tronc. Répondant aux conseils bien avisés du superviseur de cette journée, je décidai de ne pas y laisser la vie (de peur de me mériter un prix Darwin) et de quitter les lieux proprement.

L’après-midi en fauteuil roulant

Les dernières périodes de cours furent riches en émotions et en jambes pleines de fourmis (être VRAIMENT sédentaire, c’est plus désagréable que vous ne le pensez). J’ai fini par m’habituer à ce moyen de transport et à être capable de piloter mon Enterprise personnel aussi bien que le capitaine Kirk dans Star Trek . Ça roule ma poule ! J’ai même pu m’amuser à écraser les pieds des importuns (eh oui, c’était VOULU!).

La morale de cette histoire…

Mes chers petits choupinets, ce que je vais vous dire est l’évidence même : les personnes à mobilité réduite sont des HÉROS. Beaucoup plus héroïques que Superman, car 1) ils existent dans la vraie vie et 2) lorsqu’ils sont fatigués d’être restreints dans leur mobilité, ils ne peuvent tout simplement pas enlever leurs lunettes et se vêtir d’un costume rouge moulant ridicule. Nous savons tous comme il est parfois difficile de faire des tâches toutes simples pour nous mais eux, ils doivent vivre avec ces contraintes tous les jours et poursuivre leur vie. Je pense donc qu’il est de notre devoir de leur faciliter l’existence, à commencer par la base : ne pas les insulter. Enfin, je tiens à vous dire que je connais personnellement des enseignants extraordinaires qui font face à ces embûches tous les jours mais qui demeurent avant tout des professeurs passionnés et passionnants ; ils sont la preuve qu’on peut vivre de grands succès malgré ces difficultés.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bigbangfonction
    Bigbangfonction, Le 16 mai 2013 à 16h35

    C'est une super initiative, dommage que ça n'existe pas en France pourtant on aurait bien besoin.
    Je suis malade et je peux être en fauteuil roulant comme en béquilles ou sans rien ou encore avec du matériel médical. L'un des gros problèmes en France c'est que les gens associe personne en fauteuil = personne qui ne peut pas marcher. C'est comme ça qu'un jour dans un super marché on m'a crié "fausse handicapée" parce que je m'étais à moitié levé pour attraper quelque chose. A ça j'ai juste sourit parce qu'au bout d'un moment on en a marre de répondre.
    Le regard des gens aussi est important dans cette histoire. Un regard qui change selon l'âge de la personne en fauteuil. Les personnes âgées qui me dévisagent j'ai compris qu'elles sont étonnées voir triste de voir une jeune en fauteuil. Les jeunes eux c'est plus de la pitié, ils se disent qu'ils pourraient être à ma place. Mais le regard des gens a évolué, moins de pitié dans leur regard.
    Mais il y a encore beaucoup de progrès à faire. Notamment sur le regard du handicape, seulement 15% des handicapés sont des personnes en fauteuil.
    J'ai la chance d'avoir eu mon bac malgré avoir loupé un tiers de mes cours voir la moitié avant le bac, du fait d'une crise. J'ai aussi la chance d'être à l'université. Université où il est fièrement mit au mur un logo accès aux personnes handicapées aux toilettes MAIS, mais pour y accéder il y a trois marches !!!!!!!!!!!!!!!!
    MAIS on progresse. Et il ne faut pas que ça s'arrête, car malgré tout dans certains domaines ça piétine, surtout dans l'éducation.
    Il faut sensibiliser d'avantage au handicape "invisible", il faut montrer aux gens que la vie en fauteuil demande beaucoup d'effort.
    Le plus difficile c'est dans les magasins alimentaires, la dernière fois une femme a balancé son caddie et j'ai failli me le prendre.
    Merci pour cet article.

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