Comment je suis devenue journaliste sans avoir fait d’écoles reconnues

Après cinq années d'études, Juliette est devenue journaliste sans avoir passé de concours aux grandes écoles de journalisme. Elle explique comment elle a fait son petit bonhomme de chemin.

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J’ai toujours voulu faire mille et uns métiers différents : infirmière, médecin dans l’humanitaire, avocate.

Puis le journalisme s’est imposé à moi, je ne sais plus vraiment quand.

« Je voulais être journaliste »

Au lycée, j’étais fan de de musique rock, je lisais des magazines spécialisés comme Rock&Folk ou les InRockuptibles, et je rêvais de vivre la vie de critique musicale.

Dans mon esprit, cela signifiait suivre des groupes en tournée, parler des albums que j’aime et donner mon avis sur tel ou telle artiste.

Quand en terminale ES j’ai dû choisir mes études supérieures, je savais que je voulais être journaliste culturelle.

Plusieurs choix s’imposaient alors à moi :

  • Soit je fais une prépa pour passer des concours de journalisme et tenter d’intégrer une école dans deux ans.
  • Soit je fais une licence de trois ans et après j’avise en master.

J’ai donc saisi mon bulletin et j’ai regardé mes notes : clairement, j’étais moyenne, et je le savais.

Je déteste bûcher des heures sur un sujet, je n’ai jamais appris par cœur une leçon, et je faisais toujours mes devoirs la veille de la date du rendu.

Hors de question pour moi de partir en prépa et bûcher pour un concours que je repasserais sûrement deux fois. J’irai donc à l’université pendant au moins trois ans.

Choisir les bonnes études pour être journaliste

Par bonnes études, j’entends les études qui m’ont convenu à moi et moi seule. Comme dirait le scribe, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises études.

J’ai préféré une licence baptisée Média Culture et Communication dans une faculté privée.

J’ai la chance inouïe d’avoir des parents qui ont pu me payer trois ans de scolarité hors de prix. Et si j’ai choisi cette formation c’est parce qu’il y avait une option journalisme.

En première année, nous avions droit à un cours d’écriture journalistique de quatre heures par semaine seulement. Ce n’était pas énorme, mais j’y ai appris les bases.

Avec cette option, j’ai eu accès à une bibliographie sur le métier et des méthodologies assez complètes.

Je retiens surtout (et exclusivement en fait) le très court ouvrage des éditions Que Sais-Je intitulé L’écriture journalistique.

Avant de choisir cette licence, j’ai parcouru la plaquette de présentation lors des portes ouvertes de l’université.

J’y ai découvert les thématiques abordées et j’ai pu me faire une idée des cours que je pourrais suivre.

J’ai eu droit à des classes de déontologie journalistique, des cours sur l’Histoire des médias et même une introduction au journalisme web.

C’était passionnant bien que ces matières ne constituaient qu’une toute partie du programme. Dans l’ensemble la licence se basait sur l’étude de la science de la communication.

À quelques mois de la fin de la troisième année, il m’a fallu choisir un master, puisque j’avais prévu (enfin mon père surtout) d’aller jusqu’au niveau Bac+5.

Après quelques recherches, j’ai réalisé que je devais prendre des décisions difficiles comme quitter ma région, mes parents et mes amis pour Paris.

J’ai postulé dans trois formations post-bac+3 dans la capitale et en banlieue pour être finalement prise dans un master Humanités et Industries Créatives.

La formation m’a beaucoup plu parce qu’il y avait un parcours Journalisme Culturel. J’y ai été formée au journalisme de radio, des professeurs et intervenants qualifiés m’ont donné de nouveaux outils en méthodologie, et j’ai aussi compris comment m’insérer dans la vie active.

En gros : comment vendre un sujet (reportage, article, critique etc) à une rédaction, puisque c’est généralement par là que les journalistes commencent leur carrière.

Faire le plus de stages possibles dans le journalisme

Les stages ont été l’un des plus grands avantages dans ma vie professionnelle.

Je suis persuadée que mon expérience à travers des stages de 2 semaines à 6 mois a été un vrai plus sur mon CV et auprès des différentes rédactions dans lesquelles j’ai travaillé au fil des ans.

Je n’aurais peut-être pas la formation standard et reconnue par l’État, je savais que découvrir le métier sur le terrain (ou dans un bureau) était la meilleure façon de faire valoriser ma formation et mes compétences.

En revanche, n’ayant pas intégré d’Écoles de Journalisme, je ne pouvais pas bénéficier du réseau de médias et de journalistes dont les élèves profitent.

Mais dans mes deux universités, j’ai eu la chance d’avoir des profs et des professionnels du métier qui m’ont donné quelques adresses mails lorsque je leur demandais.

Pour le reste, j’ai passé des semaines à envoyer des mails avec mes articles, mes essais, des lettres de motivation personnalisées et mon CV.

J’ai contacté tout le monde, je dénichais sur Internet les adresses mails des secrétariats, mais aussi des journalistes, des rédacteurs et des rédactrices en chef de sites et de journaux.

J’appelais aussi de nombreuses rédactions, essuyant des refus catégoriques, le plus souvent.

Mais à force de relancer, j’ai fini par trouver des stages qui m’ont plu.

Je n’ai pas eu peur de m’éloigner un peu du journalisme pour faire de l’événementiel, notamment dans une radio du service public belge.

En premier lieu, j’ai aussi visé les rédactions régionales sachant qu’elles étaient rarement contre l’arrivée de stagiaires même pour deux semaines seulement.

J’ai sacrifié trois étés de suite pour travailler en stage.

J’ai regretté de ne pas avoir pris plus d’une semaine de vacances en trois ans par la suite, alors je conseille vraiment de lever le pied au moins deux semaines, quitte à en discuter avec le ou la maître·sse de stage.

Les stages permettent aussi de développer son réseau.

Cela fut de moins en moins compliqué pour moi de postuler pour un stage puisque je travaillais toujours avec une personne qui avait dans son répertoire des numéros de confrères ou consœurs journalistes.

Je n’étais malgré tout pas exempte de lettre de motivation et de CV à mettre à jour régulièrement.

Travailler dans la presse locale

Je le dis au-dessus : l’expérience sur le terrain est la clé pour se former comme journaliste sans passer par les écoles.

J’ai réussi à décrocher un poste de correspondante locale dans le journal de la région, à l’édition de ma ville, pendant ma deuxième année d’études.

Bon, j’avoue, je ne dis pas tout : la mère d’une amie connaissait une journaliste là-bas et elle a pu passer mon CV, ma lettre de motivation et mes articles au rédacteur en chef.

Correspondante locale a été la meilleure des écoles pour moi.

J’ai fait des reportages pendant presque deux ans dans l’édition locale du journal régional.

J’y ai consacré tout mon temps libre, les weekends dimanche compris, après les cours et durant les vacances. Je donnais mes disponibilités au secrétariat de la rédaction qui se chargeait ensuite de me rappeler pour me donner des missions.

Parfois je devais écrire des petits articles courts sur une assemblée générale d’une association, ou alors un débrief de la dernière édition d’une kermesse d’école.

Il m’arrivait souvent de me retrouver sur le terrain sans savoir exactement à quoi j’allais être confrontée.

Dans certains moments de détresse face au sujet dont j’avais la charge (exemple : l’élection du nouveau président de l’Amicale des philatélistes de la ville) je devais trouver des solutions rapidement : interviewer des gens sur place, demander des numéros et des noms de personnes chargées de la communication, réclamer un dossier de presse.

Cela a aiguillé mon sens de la communication et de la débrouille, tout en apprenant des réflexes de bases que j’ai gardés aujourd’hui.

Je remplissais des notes de frais au faible revenu mais j’ai appris à écrire des articles de toutes les tailles, de toutes les formes (interviews, débriefs de conférences, critiques de spectacles, portraits, articles d’ambiance).

De plus, mon responsable au sein de la rédaction savait que j’aspirais à devenir journaliste, il a donc été un excellent formateur en reprenant certains de mes articles.

Écrire sur Internet

Quand j’ai commencé à me passionner pour la musique rock, j’ai eu envie d’en savoir plus et d’écrire sur le sujet.

J’étais encore au lycée mais j’ai décidé d’ouvrir mon blog sur WordPress gratuitement pour y partager des critiques, des lettres d’amour à mes groupes préférées et des playlists de morceaux que j’adorais.

De fil en aiguille, j’ai découvert une vraie communauté française autour des webzines et des blogs dédiés à la culture rock. J’ai fini par lire des magazines en ligne puis proposer moi-même des articles.

J’ai rejoint l’équipe d’un webzine bénévole et rédigé plusieurs article par mois sur des sujets que je proposais et qu’on me soumettait. Ce sont là mes premiers pas dans le monde de la publication.

Pour la première fois, j’étais relue, et mes papiers étaient validés par un rédacteur en chef.

J’ai continué à écrire sur mon blog, puis à en ouvrir un second, puis un troisième, avant de ne plus avoir assez de temps pour le tenir à jour.

D’ailleurs, je faisais relire et corriger mes articles de blog à mon prof de journalisme en première année de fac.

Il nous encourageait à lui donner nos écrits et se montrait pas franchement tendre sur la correction mais j’ai beaucoup appris durant ces sessions.

En résumé, devenir journaliste c’est difficile et le mieux est de faire une école si tu t’en sens capable.

Mais c’est tout à fait possible de passer par la petite porte avec assez de volonté, un peu de chance et beaucoup de travail.

N’oublie pas que malgré les diplômes, c’est un métier très exigeant, pas très bien payé et qui embauche peu.

Alors réfléchis bien à ce que tu es prête à accepter ou non dans la vie et fais-toi confiance. Toi seule sait ce qui est bon pour toi.

Si tu ne sais pas trop quoi penser de ton avenir, je te conseille ce sommaire dans lequel tu peux piocher pour trouver de l’inspiration et qui t’aidera peut-être à y voir plus clair.

À lire aussi : Trouver sa voie, créer son métier, ne pas s’enfermer… le parcours pro d’Anouk Perry

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Commentaires
  • JulietteGee
    JulietteGee, Le 27 août 2018 à 9h59

    Gabelote
    Finalement, ce témoignage a un peu confirmé des préjugés que j'avais déjà sur l'accession au métier de journaliste qui voulaient que sans réseau/contacts on n'a pas de portes d'entrées.
    Je suis entièrement d'accord avec toi. C'est pour ça que je le précise dans l'article. Je suis assez dépitée de voir le peu de diversité dans le milieu journalistique que je côtoie (et je ne parle pas de madmoiZelle qui doit être la rédaction plus diversifiée par laquelle je suis passée.)

    Je pense néanmoins qu'il existe des cas, plus rares, de journalistes qui sont parvenus à intégrer la profession avec un réseau moins favorisé que le mien.

    Pour tout le monde : Je me demande si un témoignage d'un·e journaliste qui a galéré longtemps pourrait vous intéresser...?

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