Quand journalisme et BD ne font qu’un

L'actualité, c'est passionnant mais parfois indigeste. Et grâce au miracle de la bande dessinée, dans des cases, tout passe mieux !

Quand journalisme et BD ne font qu’un

On me dit souvent que la bande dessinée est faite pour les enfants, parce qu’il y a beaucoup d’images et très peu de texte. Hé bien c’est faux, faux et re-faux. Et l’un des usages « sérieux » de la BD le plus excitant, c’est selon moi le journalisme en BD.

Ce genre ne se limite pas aux quelques cases humoristiques de Plantu ou Vidberg. Même si c’est un bon exemple, il existe des reportages BD plus poussés et qui valent le coup d’oeil. Tu connais peut-être Persepolis, de Marjane Satrapi. Avant d’être un film, c’est une bande dessinée en quatre tomes, racontant sa vie et l’histoire de son pays.

C’est un genre très particulier, car en plus d’utiliser le dessin plus que le texte, il laisse beaucoup de place à la poésie. Le journalisme est en soi un genre plutôt factuel. Mais dans une BD, les sentiments de l’auteur transparaissent beaucoup plus : par exemple dans une ville imposante, il pourra se représenter en tout petit, sans respecter les proportions. Cela ne change pas l’exactitude de l’information, au contraire : c’est plutôt un moyen de mieux la faire comprendre. Du coup, c’est un genre accessible à tous.

Certains auteurs se sont spécialisés dans la bande dessinée journalistique, et Joe Sacco en est un symbole. Son parcours représente bien son travail, puisqu’il a d’abord fait des études de journalisme avant de passer une maîtrise d’art à l’université de l’Oregon. Curieux de tout, il réalise des reportages en BD à Gaza, en Inde, en Bosnie… Son neuvième livre, Gaza 1956, en marge de l’histoire, a d’ailleurs été primé au festival d’Angoulême. Sacco est un parfait exemple parce qu’il n’est pas uniquement apprécié par les amateurs de BD mais aussi par les journalistes.

Mais mon auteur préféré à moi reste Guy Delisle. Sa particularité est qu’il pose durablement ses valises dans un pays, et nous permet de découvrir son quotidien, ses particularités… Pyongyang, paru en 2003 chez l’Association, est un vrai chef d’œuvre. C’est une mine d’information sur la vie en Corée du Nord, racontée avec simplicité et spontanéité. Les Chroniques de Jérusalem, un autre de ses livres, a reçu le prix du meilleur album et a d’ailleurs été chroniqué par Pénélope.

En France aussi, la bande dessinée journalistique à la cote. La Revue Dessinée a sorti son premier numéro à l’automne 2013. Le principe ? Un collectif d’auteurs et de dessinateurs se réunissent pour produire un magazine entier (228 pages) de reportages en BD. Le ton est ultra diversifié puisqu’on y trouve des questions d’actualité chaudes, des rétrospectives d’un événement politique marquant, des j’ai testé pour vous

Le tout fonctionne comme un journal classique, sauf que c’est entièrement illustré. L’intérêt n’est pas seulement de se mettre dans la peau du journaliste, mais aussi d’éveiller notre curiosité grâce aux images. Et ça marche ! Le second numéro est en librairie depuis le 10 décembre, et le troisième est prévu pour le 12 mars.

Moins inédit mais tout aussi délectable, la revue XXI publie dans chaque numéro un reportage en BD. Patrick de Saint-Exupéry, créateur de la revue, le dit lui-même : « Les dessins disent la chaleur, la boue, l’espoir, la confusion, la joie ».

Et si mon article t’as convaincue, ou que tu es déjà une adepte du genre, voici de quoi alléger ton portefeuille : XXI a publié un recueil de 20 reportages en BD de différents auteurs, parmi lesquels on retrouve notamment Joe Sacco.

La présence de longs reportages en bande dessinée dans un magazine d’actualité montre bien que le genre n’est pas sous-estimé. Avec la création de La Revue Dessinée, je serais même prête à parier qu’il prend de la vitesse !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Regan.
    Regan., Le 30 décembre 2013 à 12h23

    Wouhouw! :snowman: Merci pour cet article!

    Je suis une grosse fan de BD Reprotage et je trouve qu'on en parle pas assez, c'est en effet une façon plus ""simple"" (grosse guillemets ici) de comprendre des faits importants.

    Je trouve que le dessin apporte plus de réalisme qu'un livre, sans tomber pour autant dans le trash (pour ce qui est de certaines scènes violentes).

    Il y a aussi les "Le Jour Où... " de France Info, Jean-Pierre Filiu, spécialiste du Moyen-Orient, Igort pour les pays de l'Est,...

    Dans la catégorie BD des sites d'Amnesty International et Reporters Sans Frontières, on trouve aussi de très bonnes BD. :)

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