Josée l’Obsédée a des soucis de langue

Le sexe, c'est avant tout une affaire de communication. Mais comment faire quand on ne parle pas la même langue ? Eh bien, on improvise...

Josée l’Obsédée a des soucis de langue

Ailleurs, dans un pays étranger, à la terrasse d’une auberge de jeunesse. Une foule cosmopolite se presse autour de bières ridiculement bon marché. On décide d’organiser un poker pour passer la soirée, avec des verres offerts à la clé.

Un type surpasse tout le monde, il est seul et n’a donc rien d’autre à faire que de jouer en restant très concentré, alors que la plupart d’entre nous alternent entre coup de grâce et allers-retours au bar, aux toilettes, au dortoir, voire lâchent carrément la partie en cours de route. Notre inconnu, dont je ne sais plus si j’ai oublié le nom ou si je ne l’ai jamais connu, ne parle à personne.

Or, je ne résiste jamais à un type doué dans ce qu’il fait, même si c’est le macramé. Il me fallait donc l’approcher : j’ai profité de sa victoire pour lui offrir un verre, récoltant un « tanque you » incertain. Avec sa peau mate, il aurait pu être Marocain comme Indien, donc je suis le mouvement en parlant anglais, langue universelle qu’il semble maîtriser. Il hoche la tête et soudain j’aperçois ce vide dans les yeux qui ne trompe pas : il ne comprend strictement rien à ce que je suis en train de lui dire.

Je tente l’espagnol, en vain. Le portugais ? Rien à faire. Au cas où, je retourne au français et il finit par me stopper net, l’air désolé :

« I dont inderstand sorrrry »

Dans la série Louie, le héros et Amia tombent amoureux sans jamais se comprendre…

Ces dix minutes de conversation laborieuse, dont cinq passées à parler anglais dans le vent, ont raison de ma patience : je lui propose d’aller danser, ses sourires timides et ses airs désolés suffisent à me convaincre de sa bonne volonté. On dirait un petit oiseau tombé de son nid, c’est proprement irrésistible.

Du coup, j’ai très envie de le ramener dans mon nid à moi, mais vu qu’il s’agit présentement d’un dortoir aux lits instables et que je ne suis même pas capable d’identifier son accent, je me contente de garder ça dans mon espr… ah bah non, sa main sur mes hanches ne trompe pas, nous sommes bien dans un cas avéré de flirt à forte connotation sexuelle.

Mais je ne suis pas seule à avoir repéré le potentiel de cet étrange inconnu mystérieux et ténébreux, le Graal du soir pour bien des jeunes femmes en quête d’exotisme et de challenge. Un regard de chagasse plus tard, je l’attire hors de l’auberge et nous nous embrassons rapidement contre un mur, tout comme dans les films : d’une façon ou d’une autre, je suis décidée à conclure, même si ça signifie enlever mon slip dans la rue. Et il semble partager mon point de vue puisqu’il me tire bientôt par le bras pour m’inciter à le suivre.

Je ne connais pas cette ville, je ne connais pas ce type, je ne sais même pas d’où il vient. Et si je finissais découpée en morceaux de 2 cm de côté ? C’est la question que j’aurais pu me poser. Si j’avais été quelqu’un d’intelligent et de sobre. Et ma stupidité du jour n’avait pas fini de frapper…

Sur le chemin, nous tentons un échange :

« I’m from France, and you ? »

« … »

« France, « Voulez -vous coucher avec moi ce soir ? » Moulin Rouge, PARIS »

« Aaaah, Pariiiis hum hum… »

«… MAIS TOI ? You ? Where you froooom ?»

« Vladivostok »

Par chance, ce n’était pas la première fois que j’entendais parler de cette ville à l’extrême Est de la…

« Russie ? Russia ?»

Un hochement de tête lent et solennel approuva mon propos.

Heureusement nous arrivions dans ce qui semblait être son appartement et le lent silence gênant fut bientôt remplacé par des étreintes compulsives sur son canapé-lit. Pendant de longues et agréables minutes, je crus que je pourrais me passer de communication, que cette partie de jambes en l’air entre deux personnes ne se comprenant pas se déroulerait très bien. Tout comme dans les films.

Eh bah non. C’est pas comme dans les films. Pourquoi ? Je pourrais citer plein de raisons, mais la plus importante ce soir-là fut : les femmes dans les films n’ont pas leurs règles. Ça fait partie des mythes sur le sexe entretenus par Hollywood. 

C’était plus ou moins le cas métaphoriquement parlant ET littéralement parlant. Sauf qu’il était mince. 

Alors même si depuis ma dernière aventure, j’étais devenue une véritable reine des fluides, je me devais quand même de prévenir mon partenaire. Ne serait-ce que par respect pour son mobilier. Et puis vu notre capacité à échanger, s’il commençait à croire qu’il m’avait blessée on en aurait jamais fini… Tout devint soudain extrêmement compliqué.

« I have my periods »

« … »

« Menstruation. Blood. »

« … »

Était-ce la fatigue ? La lassitude ? L’alcool ? Toujours est-il que je pris une initiative bizarre : les mains à la gorge, je mimai l’étranglement puis la mort, toute langue dehors. Mon cerveau avait dû faire un lien bizarre entre la mort et le sang, puis les règles, qui aurait pu me valoir 5 ans de psychanalyse freudienne dans un autre contexte.

Croyant à un jeu sexuel, il écarquilla les yeux avant de porter ses propres mains à mon cou, m’interrogeant du regard quand à la pression à effectuer.

J’ai hurlé de rire nerveusement, et quand je me permis à nouveau de le regarder, il avait l’air d’un oiseau hors de son nid renversé par un tracteur : mi-triste mi-paniqué. Il avait dû croire que je me moquais de lui, le pauvre.

Je n’avais plus qu’une solution, et puis j’étais déjà nue : ça simplifiait l’affaire. Mais cette solution allait me demander beaucoup de courage. Je pris sa main et la dirigeai droit vers… la ficelle de mon tampax.

Silence. Surprise. Tentative pour tirer la ficelle vers le bas, par réflexe probablement. Recul brusque de moi-même. Éclair de compréhension dans ses yeux. Silence.

Avec une cup ça aurait été autrement plus folklorique

À ce moment-là, dans ma tête c’était le grand vide, j’entendais les corbeaux croasser et je voyais des buissons morts rouler devant un saloon. J’avais décidé de m’abstraire totalement de mon corps pour partir vers le monde merveilleux de mon imaginaire, le temps qu’il se décide à réagir.

Il finit par m’indiquer… la porte.

Outrée mais pas fâchée d’éviter de coïter avec un goujat, je commençais à me rhabiller. Il pris alors fermement mon bras, me fit quitter l’appartement avec seulement ma culotte pour draper ma dignité, le reste de mes habits toujours à l’intérieur. Je commençais à hurler et me débattre alors qu’il…

M’amenait vers ses toilettes.

Toilettes qui étaient juste en face, sur le palier. Et où il m’invita à entrer avec un air gêné qui m’évoque encore aujourd’hui le chaton nouveau-né ayant du mal à se mettre sur ses pattes pour la première fois.

Bonjour, je suis un chaton mignon, tu pourrais t’occuper de tes menstrues dans les toilettes pour pas salir le plancher s’il te plaît ? 

Quand je revenais, une serviette m’attendait sur le canapé-lit et la soirée se finit bien mieux qu’elle n’avait commencé.

Faire la chose sans pouvoir communiquer, ce n’est pas facile : avec de la bonne volonté et du respect on peut quand même s’en tirer sans trop de dommages, mais ma pudeur aura dû sacrément prendre sur elle !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Emititi
    Emititi, Le 23 juin 2014 à 12h59

    Ah, oui, une aventure similaire, avoir ces menstruations, et rencontrer un beau hollandais sur st malo. Trois jours de pur bonheur, mais trois jours pendant les menstruations. J'étais verte. Enfin ce fut deux nuits mémorable quand même. le mien parlait quand correctement anglais.

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