Josée l’Obsédée a toujours une bonne excuse

Josée l'Obsédée a parfois l'imagination bien utile. Comme la fois où elle a sorti une bonne excuse de sa poche dans un contexte coïtal...

Josée l’Obsédée a toujours une bonne excuse

Il y a quelques semaines, je traversais ma rue, de l’espoir plein la culotte : j’allais forniquer. Je m’en doutais, parce qu’on s’était un peu chauffés par message avec un José que je connaissais peu et qu’alors que je lui avais proposé d’aller boire un verre, il avait préféré m’inviter à venir chez lui. Dans son appartement. Où il vivait seul. Les signaux étaient plutôt au vert, vous en conviendrez.

J’avais, au cas où, envoyé son adresse et son nom par texto à une amie, mais c’est ce que je fais toujours (pour qu’on retrouve le plus rapidement possible la personne qui m’a démembrée, si un jour j’ai vraiment pas de chance).

J’étais contente comme tout. J’étais pas en manque ou quoi, hein, c’est juste que pour moi, les quelques heures pré-coïtales sont aussi agréables que la perspective de manger dans ton restau préféré même si t’as pas super super faim. J’allais forniquer et je savais pas vraiment à quoi m’attendre, parce que je ne connaissais pas le mec que j’allais retrouver. On avait échangé quelques mots et quelques messages, et il avait l’air très sympa et cool. Et je savais qu’il était physiquement tout à fait à mon goût.

J’étais plutôt confiante : il avait le même humour que moi, et c’est, la plupart du temps, l’assurance de passer un bon moment de complicité quoiqu’il arrive.

Comme huit Josée sur dix ne se passent pas comme prévu, tu comprendras bien que ce moment de complicité n’a… pas franchement eu lieu.

Parce que si le courant passait extrêmement bien par texto, si l’entente semblait évidente, il n’en fut rien en vrai. Je l’ai compris en entendant sa voix à l’interphone. Une voix molle, une diction aussi énergisante qu’une grosse grippe. L’exploit était tel que j’ai ressenti sa désagréable nonchalance dans le dialogue suivant :

Bidibidi, bidibidi (j’imite extrêmement bien le bruit de l’interphone)

Lui, décrochant le combiné : Ouais ?
Moi : Eh, salut, c’est Josée !
Lui : Ah ouais. C’est au troisième.
Moi : Cool, merc –

Clac. Il avait raccroché.

Obtempérant, et toujours dans l’espoir de passer une bonne soirée (après tout, il ne serait pas le premier phobique du téléphone à croiser ma route), j’ai pris l’ascenseur, direction le troisième étage.

Quand il a ouvert sa porte, ça sentait vachement fort le parfum, et la décoration était extrêmement épurée. J’ai pensé à tous les films d’horreur dans lesquels les tueurs en série optent pour un ameublement minimaliste. J’étais ravie d’avoir pensé à envoyer son adresse à quelqu’un qui me veut du bien. J’avais presque envie de l’envoyer à ma mère aussi, par message. Un truc simple du genre « Ce soir, je nique à cette adresse si tout va bien. Si tout va mal, je suis morte et enterrée dans un parc. Bisous à Papa et toi, vengez-vous bien si besoin avec l’aide de la justice ».

« Ah c’est sympa, chez toi », je lui ai dit en m’avançant dans l’appartement, parce qu’on sait jamais comment peuvent réagir les gens à la décoration épurée quand ils sont vexés qu’on ne complimente pas leur décoration épurée. « Tu peux retirer tes chaussures, s’il te plaît ? » a-t-il répondu avec autant de sécheresse dans la voix qu’il y en a dans mon slip pendant une allocution de Marine Le Pen sur BFM.

« BIENVENUE CHEZ MOI ! » (Un amateur de design minimaliste)

Je les ai retirées, mes chaussures. J’aurais aimé qu’il me le demande avec un peu plus de chaleur, mais je n’ai ni complexe sur mes chaussettes, ni chaussettes trouées, ni complexe sur mon odeur de pieds, alors je l’ai fait. Je sais pas pourquoi, tout de suite, d’entrée, ça m’a donné envie de partir.

Je crois que j’ai un peu de mal avec les gens hyper tatillons sur la propreté. Je suis propre. Mon appartement est propre. Mais jamais ça me viendrait à l’idée de demander aux gens de s’y déchausser. Ceci étant dit, ce n’est pas parce que quelqu’un est différent de moi que je le rejette, alors j’ai pris sur moi et me suis dirigée vers son balcon où, je l’espérais, on aurait une conversation animée et teintée de rire.

Là encore, il n’en fut rien. J’avais beau relancer la conversation tout le temps, il répondait par deux ou trois mots, puis replongeait les yeux sur son téléphone. Effectivement, il riait, mais il ne se marrait pas à mes vannes à moi, ni à mes anecdotes que je racontais finalement plus pour avoir quelque chose à faire que pour échanger…

« Excuse-moi, c’est un pote qui me raconte ses mésaventures avec les meufs ».

Ah ok.

Je m’ennuyais, mais comme je m’en voulais d’avoir amené une bouteille alors que le mec ne m’offrait même pas de cacahuètes, je suis restée. Je me suis attelée à mon occupation préférée quand je m’ennuie : je rajoutais trois couches sur mes petites anecdotes de vie pour me divertir. Détendu, il a fini par se confier un peu.

« J’ai eu une centaine de partenaires sexuelles, mais à part mon ex elles ont toujours été un peu nulles. »

J’ai pas pris ça pour un défi. J’ai dit « ah, ok », parce que je m’en foutais un peu. Peut-être que lui me mettait au défi, c’est possible, mais j’aime beaucoup trop les choses de la sexualité pour me mettre une quelconque pression.

Je le trouvais désagréable, profondément. Quand il n’avait pas le nez planté sur son portable, il me balançait des piques un peu acerbes, genre le mec s’est pris pour un génie du cynisme alors qu’il était juste étrangement blessant. Je n’étais pas à 100% à l’aise avec lui, mais je n’étais pas mal à l’aise non plus. Est-ce qu’il me plaisait physiquement ? Il me plaisait physiquement. Est-ce que j’avais envie de sexer ? J’avais envie de sexer.

Il était blasé alors je me suis simplement dit que j’allais essayer de faire ma parade, et que si ça ne marchait pas en un quart d’heure, je rentrerai chez moi. Du coup j’ai fait l’enchaînement de regards et de mouvements qui fonctionne régulièrement. Peut-être que tu t’imagines présentement que ma parade du fion consiste à danser La Macarena ou Carrapicho, j’sais pas :

J’ai pas de miroir en face de moi quand je cherche à choper alors je peux pas en être sûre à 100%, mais je crois pas. En tout cas, ça a fonctionné. Il ne répondait pas à mes regards un peu chauds, il n’a pas réagi quand je lui ai fait du pied, mais il s’est levé d’un coup, a éteint la lumière et m’a dit cette phrase que jamais je n’oublierai :

« Maintenant, montre-moi ce que tu sais faire. »

Montre-moi. Ce que tu sais faire. J’ai éclaté de rire, pensant qu’il plaisantait, mais il s’était installé sur son canapé en défaisant sa ceinture et attendait que je le rejoigne. Je me suis sentie, j’sais pas, comme un mec qui fait un duo de clowns dans les supermarchés du coin sauf que son associé boit des bières pendant que lui bosse. J’avais l’impression d’être dans un film, dans une de ces scènes nulles où l’héroïne se fait prendre pour une merde par son plan cul.

Qu’importe : j’y suis quand même allée. J’ai fait des préliminaires pendant dix minutes et j’en ai eu marre, alors j’ai appelé à la pénétration de manière subtile (« TU RANGES OÙ TES CAPOTES ? ») et on s’est adonné à cette joie pendant quinze minutes. C’était pas mal, hein, c’est pas ce que je dis. Mais au fur et à mesure des coups de rein, je repensais à l’heure et demie qui venait de s’écouler.

Un coup de zboub et me revenait en tête le « C’est au troisième » tout sec. Un deuxième, et je me revoyais, penaude, en train d’enlever mes chaussures. Au centième, à peu près, j’étais super énervée contre lui et j’avais perdu toute motivation, j’avais pris conscience que je ne m’étais pas sentie respectée de la soirée, et je m’étais souvenue que le respect, c’est la condition numéro 1 pour que j’entreprenne d’ouvrir mes cuisses. Je commençais à laisser mon regard s’enfoncer de plus en plus dans le vide. Ça a dû se sentir parce qu’il est allé chercher du lubrifiant, avant de revenir en moi.

J’avais envie de partir. J’avais envie de partir et j’avais pas besoin d’une excuse quelconque (le simple fait de ne pas avoir envie de rester est une excuse pour partir, et j’en suis consciente). Mais je sais pas, dans la précipitation, je me suis dit que ça se faisait pas, de partir comme ça, sans justification. J’ai vaguement senti que le lubrifiant était chauffant, alors j’ai crié « STAHP ! Il est chauffant ton truc nan ? J’suis allergique. J’SUIS ALLERGIQUE ! ».

Je jouais tellement mal que j’ai eu l’impression d’être Nicolas Cage dans L’Apprenti Sorcier (pardon Nicolas, mais je t’aime trop pour accepter que tu aies fait ça). Mais j’étais heureuse d’avoir bondi sur le subterfuge. J’étais tellement heureuse qu’il a dû sentir une pointe de joie dans mon cri faussement effrayé.

Je tiens mon jeu d’actrice de Drake Ramoray.

Pendant un moment, j’ai voulu faire semblant encore un peu, et rester une dizaine de minutes pour ne pas partir comme une voleuse. Et puis en fait, non. C’était maintenant, il fallait que je sorte, que je rentre chez moi et que je ne revoie plus jamais ce mec avec qui le courant était si mal passé que j’avais envie de tout péter.

Entre le « J’SUIS ALLERGIQUE ! » et le moment où j’ai pris l’ascenseur, il s’est écoulé environ une minute trente (dont une pour m’excuser de le laisser comme ça, en plan, pénis en l’air et capote sur le sol). « Oh lala, c’est vraiment trop bête », que je lui disais, « vraiment trop bête » tout en enfilant en quatrième vitesse chaussettes, jean, t-shirt et veste. J’ai évidemment remis mes chaussures à l’extérieur puisque ça avait l’air si important pour lui.

Avec le recul, je m’en veux un peu de ne pas avoir mieux réagi, de ne pas simplement lui avoir dit « en fait, t’as été tellement désagréable que je veux pas que tu me visites plus longtemps »

Mais les choses se sont passées comme elles se sont passées, et je suis partie comme je suis partie. Sur le chemin, je m’en suis brièvement voulu d’avoir eu besoin d’un mensonge pour partir alors que je lui aurais peut-être rendu service pour le futur en lui disant la vérité. Mais surtout, je m’en suis un peu voulue d’avoir tenu à forniquer alors que je ne me sentais pas à l’aise avec lui, qui n’avait guère l’air d’avoir la moindre estime pour moi. Et puis j’ai arrêté de me culpabiliser et me suis promis de ne plus chercher à me faire pénétrer par un individu qui ne me respecte pas assez.

Parce que, oui, j’aime le sexe. Mais je m’aime plus, moi.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Natarocas
    Natarocas, Le 6 octobre 2014 à 13h58

    Je commençais un peu à angoisser quand notre Josée nationale à commencé son affaire avec cet espèce de beauf de la bite malgré son attitude de merde ! Gros soulagement à la fin de l'article, parce que ça me tordait les entrailles de voir un mec si con tirer son coup quand même :P

    Après bon, oui ne pas/plus avoir envie (surtout dans le contexte ça se comprend CLAIREMENT) c'est une raison suffisante, mais une fois que le mec te visite je pense pas qu'il le prenne forcément comme ça et dans le feu de l'action, je pense qu'une réaction à base d'excuse c'est tout de même compréhensible, même si j'aurais aimé un happy ending avec remise en place du José ^^

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