Jobs, le génie est partout (mais pas au cinéma)

Jobs, biopic du créateur d'Apple, sort demain, mercredi 21 août 2013. Amélie l'a vu et elle ne te conseille pas vraiment de te ruer au cinéma...

Jobs, le génie est partout (mais pas au cinéma)

En général, je n’aime pas les biopics. Souvent, ces films s’intéressent à des grandes figures de l’humanité qui ont des vies riches et documentées. Je trouve que ce sont souvent des oeuvres sans fin, qui laissent un petit goût d’inachevé.

Il y aura ceux qui trouvent que le propos n’est pas assez creusé (normal : c’était pour le grand public et toi tu as déjà écrit une thèse sur Ray Charles). Il y en a d’autres qui ont décroché au bout de la troisième seconde (normal : y avait une paire de Converse dans Marie-Antoinette, faut pas nous prendre pour des prunes).

Bref, à part quelques exceptions, il y en a toujours un pour aller de son 0,5 étoile (nul) sur Allociné.

Je n’étais donc pas la spectatrice idéale pour Jobs, mais j’ai aussi la caractéristique d’être parfois trop bon public. Je suis un peu comme Marcel Duchamp (ou Esmeralda) : je vois du beau là où les gens perçoivent dégoût et ennui. Je sais m’enjailler de peu, ce qui ne veux pas dire que je suis passive et indulgente. Quand un film est un navet, ce n’est pas moi qui irait le déterrer pour en faire un chef-d’oeuvre, on est bien d’accord.

J’allais donc voir Jobs au cinéma avec enthousiasme. Mais ça s’est vite gâté.

Jobs, sa vie, son oeuvre (ou presque)

Dans un biopic, lorsque l’on ne veut pas s’éparpiller, cibler le propos sur une partie de la vie de la personne : quelques années, voire quelques jours ayant eu une influence décisive, peut être une bonne idée. C’est le cas pour Jobs.

Celles et ceux qui croyaient que le film serait un hommage larmoyant à Steve Jobs, avec disparition en grande pompe et pluie de mouchoirs, seront déçu-e-s. Jobs s’intéresse à la vie du co-fondateur d’Apple, mais pas du début à la fin. Ça commence alors que Steve a environ 20 ans et ça se termine alors qu’il est en pleine quarantaine.

Je trouve cette approche plutôt cool, car un film qui aurait traité toute la vie de Jobs aurait sans doute duré plus d’un siècle, et j’aurais vraiment fini par m’endormir.

Ici on débute avec un étudiant lambda en rébellion contre la société. Lui, son truc, c’est de se balader la voûte plantaire à l’air et de rendre visite aux hindous lorsqu’il en a l’occasion. Jusqu’au jour où il trouve sa voie : l’informatique (heureusement que c’était pas la viennoiserie, on mangerait des croissants beaucoup trop chers) (rhoo ça vaaa). Alors il s’associe à un ami, un autre Steve, Wozniak cette fois-ci, pour créer une petite entreprise dans son garage : c’est Apple Computers.

Alors oui, tu t’en doutes, l’ascension est assez rapide : tous les iPad du monde ne sont pas fabriqués dans un hangar de stationnement de Los Altos.

Mais ce n’est pas toujours une flèche montante. Parfois Steve J. et Steve W. ont été face à des murs bien solides et la pomme a failli se transformer en château de cartes. Bref, tout n’a pas été joliment fait et blanc laqué dès le départ.

C’est ce que le réalisateur, Joshua Michael Stern, a tenté de faire : montrer le potentiel d’un homme d’exception, et la manière dont il a effectué son ascension vers ce qu’il est désormais dans la mémoire collective. Pour moi, dans les grande lignes, il a plus ou moins réussi, mais de manière plus que laborieuse.

Une histoire en trois parties

Le film semble structuré autour de trois parties : les prémices de l’entreprise et son développement, la galère et un Jobs qui perd les pédales dans sa propre mouise, et le grand retour (ou « 40 ans, l’âge de raison »).

Quelque chose de pas cool se trame. 

Au lycée, on t’obligeait à réaliser cet horrible truc appelé « plan ». Thèse, antithèse et synthèse te sortaient par les trous de nez et tous les pores de la peau. Eh bien avec Jobs c’est exactement le même principe.

Le film m’a semblé hyper scolaire, dans le sens où il se veut structuré mais qu’il est en réalité très brouillon. Regarder Jobs c’est un peu comme lire une fiche de révision : intéressant mais pas tellement.

Ashton Kutcher zombifié sur une plaine morne et sans fin

Ashton Kutcher dit avoir « transpiré du Steve Jobs » pour pouvoir se mettre dans sa peau. Le problème c’est qu’il a dû au passage se noyer dans tant de sécrétions… Le producteur affirme que l’acteur se sentait connecté avec le génie d’Apple. Il a travaillé son rôle comme un fou, et ça c’est plutôt louable.

Le problème n’est pas qu’Ashton fait figure d’ectoplasme mais bien qu’il en fait beaucoup trop. Au final j’ai trouvé sa prestation assez molle. Par exemple, ses efforts pour mimer la démarche de Jobs sont souvent assez risibles. À vrai dire, il ressemble à un figurant de Walking Dead (du côté putride de la force).

Pour être encore plus proche de lui, l’acteur a choisi de suivre le même régime alimentaire que Jobs (à savoir des jus de fruits et des salades), ce qui lui a valu un aller-retour à l’hôpital avec des carences à gogo.

À trop vouloir rendre hommage à Steve Jobs, Ashton donne pour moi une prestation moyenne. Il est bon, mais pas extraordinaire. C’est dommage étant donné qu’il gère tout de même plus de 40% des dialogues du film…

 Pourtant c’était bien parti.

Les autres acteurs ne sont pas tellement mieux, aucun ne sort franchement du lot — à part peut-être Josh Gad dans le rôle de Woz (co-fondateur et ami de Jobs) ; c’est en tout cas le seul qui a su attirer ma sympathie.

Un peu à l’image de l’esthétique de la marque, le film semble froid, les relations stériles et le contact à peine effleuré. Les sentiments ne sont pas au rendez-vous. Le problème, c’est que quand tu t’enfermes dans une salle obscure avec une bande de personnes qui semblent tantôt se causer avec des pincettes, tantôt ne pas se connaître du tout, et ce pendant deux heures et sept minutes, c’est chiant.

Voilà, je pense avoir mis mon petit doigt sur le gros point noir du film : Jobs, en fait, c’est super chiant.

Un homme relou dans un film ennuyeux

S’il y a quelque chose de bien avec le long-métrage de Joshua Michael Stern, c’est que je n’ai pas trouvé qu’il faisait office d’énorme publicité pour Apple (bien que ce ne soit pas l’avis de tou-te-s).

Justement, Jobs n’est pas présenté comme un génie calme et bon, un héros de blockbuster. C’est un homme dans tout ce qu’il a de plus humain et viscéral. Il est parfois en colère, il prend parfois les mauvaises décisions et ne manifeste aucune reconnaissance envers son entourage.

Steve Jobs était parfois un gros con, une enflure de première. Je trouve que mettre en avant cette facette de sa personnalité c’est aussi contribuer à améliorer ce film, qui fait autant figure de divertissement que d’hommage.

C’est dans ses crises de nerfs que j’ai trouvé Ashton le plus convaincant (sauf quand il pleure). Jobs, c’est l’histoire d’un homme plus talentueux avec sa tête qu’avec son corps (il n’est pas très doué pour serrer la main des gens par exemple). Ses relations semblent altérées par son travail, sa drogue préférée.

Le problème, c’est que tout ça c’est bien beau, mais ça ne suffit pas pour maintenir le film à la surface. Et il s’enfonce, minute après minute.

La riposte par Sony

Pas besoin de chipoter, en général la critique a été plutôt sceptique vis-à-vis du long-métrage. Déjà, ça la fout mal. Mais, quand ce sont les principaux intéressés qui s’offusquent, là, la crédibilité en prend un coup.

Steve Wozniak (Woz) a affirmé lui-même ne pas être satisfait de Jobs. Il a déclaré sur BloombergTV qu’il était déçu que feu son ami ne reçoive pas le respect qu’il mérite. Pour lui, seule la facette du fonceur a été mise en avant. Parfois le créateur d’Apple doutait, mais ça on ne le voit pas. « Certains aspects sont complètement faux », affirme-t-il : les aléas de la vulgarisation au cinéma…

Ok, on pourrait s’arrêter là, enterrer le film sans faire de bruit et passer à autre chose. Mais non. Ce même Steve Wozniak est déjà en train d’aider Sony à produire un nouveau biopic sur Steve Jobs, mettant cette fois-ci son rôle plus en avant.

Pour l’instant, le scénario est encore à la phase de l’écriture, mais avec Aaron Sorkin, le scénariste de The Social Network, ça promet d’être quelque chose d’une autre ampleur. Le film devrait être structuré autour de trois produits phares d’Apple.

Jobs est un film plein de longueurs qui met ses deux pieds dans le principal problème des biopics : il est souvent trop superficiel, mais s’arrange pour être aussi beaucoup trop long.

Je ne m’étais jamais intéressée de près à la vie de Steve Jobs. Je voyais en ce film un moyen de m’éduquer en douceur, afin de m’immiscer dans quelque chose de plus conséquent et instructif par la suite. Après être sortie de la séance j’ai eu l’impression de n’avoir rien appris.

Je pensais voir Jobs se creuser la cervelle et savoir comment il était arrivé à mettre plus de 80 Go de musique dans ma poche. Dans le film, l’aspect révolutionnaire du bonhomme est un peu oublié.

J’attendais des anecdotes (Bill Gates n’est évoqué qu’une seule fois), des séquences sur son enfance ou encore son passage chez Pixar (c’est quand même HYPER COOL Pixar, monsieur le scénariste, non ?).

Jobs n’est pas très mauvais. C’est juste un film passable et malheureusement décevant. 

À bon entendeur. 

Si tu es tout de même curieu-x-se, tu pourras voir le film à partir du mercredi 21 août (oui, c’est demain) dans ton cinéma !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Aamu.
    Aamu., Le 25 août 2013 à 19h12

    On pourrait dire du coup que la place pour le film est comme la marque ? Trop cher pour ce que c'est ?

    Spoiler

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