« Sfar, c’est arabe ? », la peur et le pouvoir du dialogue contre les préjugés, un texte touchant et nécessaire de Joann Sfar

Joann Sfar a publié le récit d'un dialogue qu'il a eu avec un chauffeur de taxi. D'habitude, il acquiesce, mais ce soir-là, il n'a pas laissé passer les théories du complot. Un beau texte sur les vertus de la communication, et le « vivre ensemble ».

« Sfar, c’est arabe ? », la peur et le pouvoir du dialogue contre les préjugés, un texte touchant et nécessaire de Joann Sfar

« Il y a très peu de Sfar de religion juive. »

Joann Sfar est juif, mais comme on le prend souvent pour un musulman, d’ordinaire, il ne corrige pas. Il n’a pas honte, il n’a pas peur, il veut juste la paix. Qu’on ne lui demande pas des comptes sur les actions réelles ou fantasmées d’Israël. Qu’on ne s’arrête pas à sa confession ni à ses origines pour lui adresser la parole.

« Parfois, lâchement, je laisse croire que je suis musulman, ou je ne précise pas. »

Puisqu’il n’a pas besoin de répondre, il ne répond pas. Et c’est comme ça depuis longtemps, pour lui.

« Ce qui est certain, c’est que depuis vingt ans, lorsque le chauffeur arbore les signes extérieurs de l’embrigadement religieux, je n’insiste pas sur mes origines. […] »

Mais il s’est passé un truc, l’autre soir. Parce qu’au chauffeur de taxi qui lui commentait la géopolitique estampillée du sceau des théories du complot, Joann Sfar a répondu, au lieu d’acquiescer nonchalamment. C’est courageux, j’avoue, moi quand le chauffeur de taxi m’explique le féminisme, j’acquiesce aussi. Pas le temps, pas la force, pas la foi de répondre.

Et encore. Le féminisme, c’est une cause en laquelle je crois, ce n’est pas ce que je suis.

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« J’ai eu tort de fermer ma gueule »

Et puis, un soir, dans un nouveau taxi, derrière un nouveau chauffeur qui lui sortait les mêmes fantasmes antisémites, Joann Sfar a répondu. Et il raconte son dialogue avec cet inconnu dans un texte publié sur sa page Facebook, puis reprise sur le Huffington Post, sans doute le meilleur exemple du « vivre ensemble » et de ses obstacles qu’il m’ait été donné de lire cette année.

Ou comment un dialogue honnête et sincère peut permettre de dissoudre les certitudes des préjugés :

« Lorsqu’il s’agit d’un chauffeur avec longue barbe, sourcils froncés, calot blanc et stigmates bleus sur le front, je préfère passer pour un musulman comme les autres. Pour voyager sans polémique inutile. Sauf hier.

Et hier je me suis aperçu que j’ai eu tort, pendant vingt ans, de fermer ma gueule. »

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« Sfar, c’est arabe ? »

 

Joann Sfar est illustrateur et auteur de BD, retrouvez-le sur Instagram, Twitter et Facebook.

À lire aussi : « Si Dieu existe », les dessins de Joann Sfar après l’attentat à Charlie Hebdo

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lamina
    Lamina, Le 14 janvier 2016 à 21h57

    @lafillelabas tout d'abord merci pour ta réponse. Pour ma part, j'avoue très mal connaitre l'histoire de cette partie du monde et en général ne pas rentrer dans ce débat la pour que justement ma religion (je suis musulmane) ne servent pas de prétexte dans le débat , et j'avoue que j'ai aussi toujours peur qu'on puisse me prêter des intentions antisémites sur le sujet (alors que c'est franchement tellement loin d'être le cas bref). Il me semble que les peuples arabes et juifs ont bien tous vécu sur ce territoire la de façon plus ou moins longue et plus ou moins approprié. Après ce que j'avais compris dans le terme "colonisation" c'est que l'arrivée massive de population juive (qui outre le lien religieux/spirituel n'avait pas de lien avec ce terrain) sur ces terres étaient compris comme une colonisation de ce territoire (mais je sais aussi que l'arrivée massive est aussi du au fait que des pays arabes avaient décidés à cette période la de chasser les juifs de leurs pays). Je comprend tout à fait le lien spirituel qu'on peut avoir avec un territoire mais je comprend aussi ce qu'on peut entendre par colonisation . Mais bon comme je le dit je peut tout à fait me tromper et je n'ai pas encore assez fouillé le sujet, je trouve qu'il prend une place assez disproportionné par rapport à certains autres conflits (exemples Yemen) . Breeef, tout ça pour dire qu'au final l’antisionisme j'ai toujours pas capté ce que c'était et quel était son but exacte :cretin:

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