Je suis fauchée depuis toujours, et je m’épanouis quand même !

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Queen Camille n'est pas motivée par l'argent, et ça tombe bien car elle n'en a jamais gagné beaucoup. Avec une bonne dose d'optimisme, elle est devenue une fauchée épanouie !

Je suis fauchée depuis toujours, et je m’épanouis quand même !

En partenariat avec Studio Canal  (notre Manifeste)

J’ai toujours eu assez peu d’ambition au niveau financier. Encore une preuve de mon désintérêt total pour le matériel et de ma grande vertu morale.

Je ne suis pas sûre que j’aurais rejoint les rangs levés par Zoé, le personnage rebelle incarné par Louane dans Les Affamés, un film dont madmoiZelle est la fière partenaire !

Révoltée par le sort réservé à sa génération, elle crée sur Internet un groupe pour que les jeunes partagent leurs galères et fassent entendre leur voix.

Personnellement, je me suis toujours bien accommodée de la crise économique et de tout ce qu’elle n’a pas à m’offrir.

D’aucuns pointeraient mon syndrome de l’imposteur ou ma confiance en moi fluctuante… À ceux-là, je tire la langue !

Tout simplement, l’argent n’a jamais été ma motivation. En conséquence, j’en manque souvent.

Mais je n’en ai cure, puisque j’ai décidé d’être pauvre et épanouie.

Le journalisme, un métier de précaires

Je fais partie de cette génération à laquelle on a promis le Taj Mahal en échange de quelques années d’amphi, de Stabilo et de partiels.

Depuis le collège, voire la primaire, les études supérieures m’ont été présentées comme la voie la plus sûre de parer aux deux plus grosses angoisses de mes parents :

  • Ne pas trouver de travail
  • Gagner un salaire de misère

Avec le recul, j’ai le sentiment de m’être faite quelque peu rouler dans le houmous.


Ah c’est ça la grille des salaires ?

Comme dans Les Affamés, et comme plein de jeunes à travers le monde, j’ai vite été confrontée à la réalité du terrain. Des opportunités foirax, du mépris et des salaires en carton…

J’ai tout de même eu la chance d’apprendre le métier de mon choix en étudiant le journalisme, à l’Institut d’Études Politiques de Grenoble.

Un jour, le journaliste emblématique de Charlie Hebdo, Charb, est venu nous donner une conférence à la fin de laquelle il proposait de nous faire un dessin personnalisé. Trop sympa.

Pour s’inspirer, il posait quelques questions à chacun. Quand il m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, je lui ai parlé de mes ambitions journalistiques mais aussi théâtrales.

Il en a tiré un de ces fameux bonhommes, déclamant un genou à terre :

Ah Camille ! Journalisme ou théâtre ? Chômage ou précarité ? 

Il m’avait bien cernée !

Le fait que le Master Journalisme soit le moins lucratif de Sciences Po n’était un secret pour personne.

À part peut-être pour mes parents, qui n’en reviennent toujours pas que toute ma promo galère au SMIC ou à faire des piges, après tant d’années d’études…

J’avais pour ma part accepté que mon métier ne ferait pas de moi une femme riche mais aurait le mérite de me passionner.

Dix ans, plus tard, rien n’a changé.


Mon rituel du 15 du mois

Un travail épanouissant, c’est bien aussi

Bien vivre son SMIC, c’est d’abord arrêter de considérer le travail uniquement comme un moyen de régler ses factures.

Si payer mon loyer et mes vacances était mon seul but dans la vie, je ferais serveuse, un métier que j’adore.

Mais j’ai l’espoir qu’une activité qui bouffe les ¾ de ma vie me permette au moins d’exploiter à fond mes talents et de construire un monde meilleur.

Au moins.

Je ne dis pas que journaliste, c’est toujours mieux que serveuse ! Je suis spécialisée en économie, j’ai fait des tafs de journalistes fort rasoirs, croyez-moi.

Je veux avant tout un travail qui aie du sens POUR MOI.

Pour que je puisse me dire : OK je sacrifie la plupart de mon temps libre mais cette activité me permet d’être en accord avec mes idéaux et de faire le Bien.

J’accepte donc que le montant sur ma fiche de paye ne soit pas en rapport avec l’implication et la qualité du boulot fourni.

Ça sonne un peu comme « N’hésitez pas à m’exploiter pour pas cher ! »… Mais je le vois plutôt comme l’effort de reconnaitre les avantages non-matériels qu’un travail peu présenter.

Comme des collègues bienveillantes, la liberté de s’exprimer, l’opportunité d’apprendre, de rencontrer des gens…

Bref, de s’épanouir.


La personne la plus désintéressée du monde

Je ne suis pas pauvre, je suis minimaliste

À force d’années de galère, j’ai appris à composer avec mes moyens limités.

J’en ai même fait une philosophie de vie, un truc qui pourrait se résumer en un bon gros « Hakuna Matata » (ça veut dire « Pas de soucis », dixit Pumba)

Je crois que ma personnalité de base m’aide bien.

Le superflu est pour moi un non-sens et je le traque dans les moindres recoins de mon environnement.

Vêtements, objets, produits de beauté, amis… J’évite absolument d’accumuler plus que nécessaire.

Avoir plus d’un savon et d’un shampoing dans sa douche me parait une hérésie, par exemple.

J’aime penser qu’il s’agit d’une forme de sobriété, en réaction à cette société de consommation injuste qui nous oppresse.

Je peux aussi être réaliste en constatant que je n’ai, de toute façon, jamais eu les moyens de consommer plus que le strict nécessaire.

J’ai donc allié ces deux paramètres pour bâtir un mode de vie minimaliste, basé sur la satisfaction, avec un mot d’ordre :

Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien

Et ce n’est pas un vieux rabat-joie frustré du bout qui le dit ! Il s’agit au contraire du maitre absolu du kif, du prince de la bonne franquette : j’ai nommé Épicure.

Ça vous la coupe, hein ?

Bon, je suis toujours en galère, mon découvert me stresse le trognon régulièrement et ne comptez pas sur moi pour vous payer un verre.

Mais je sais au moins que je peux être heureuse avec presque rien !

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QueenCamille


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Commentaires
  • Ann Ha
    Ann Ha, Le 11 juillet 2018 à 23h45

    @Flopidou en tous cas quand tu travailles dans une grosse boîte, au moins en général tu as des syndicats, parfois pas mal puissants (selon le secteur), et malgré leur côté old school (dans ma boîte ils sont souvent un peu décalés par rapport aux désirs des jeunes salariés), ils sont un bon garde-fou face aux pratiques managériales douteuses. Ça permet d'avoir un interlocuteur qui n'est ni ton chef ni ton RH pour te confier (à petite échelle) et d'avoir une force de négociation pour les évolutions de conditions de travail (à grande échelle).
    Plus la boîte est petite et plus le chef est puissant (déjà parce que ton chef direct est rapidement le patron ou pas loin). C'est super quand le chef est bien, c'est moisi quand il est nul... Dans une grande boîte je dis pas que c'est forcément fendard d'avoir un chef nul, mais tu peux avoir d'autres personnes en recours (le chef du dessus, un référent technique, un chef de projet...), ça peut aider à smoother les choses.

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