Je veux comprendre… le conflit en Ossétie du Sud

  Tout comme les Balkans, la région du Caucase, où se situe l’Ossétie du Sud, est une mosaïque de peuples ayant des langues, des religions et des histoires différentes. Les très violents incidents ayant actuellement lieu dans cette république séparatiste de Géorgie puisent ainsi leurs racines dans un conflit ancien, caractéristique de cette région autrefois […]

Je veux comprendre… le conflit en Ossétie du Sud

 

Tout comme les Balkans, la région du Caucase, où se situe l’Ossétie du Sud, est une mosaïque de peuples ayant des langues, des religions et des histoires différentes. Les très violents incidents ayant actuellement lieu dans cette république séparatiste de Géorgie puisent ainsi leurs racines dans un conflit ancien, caractéristique de cette région autrefois sous le joug soviétique.

Les relations géopolitiques dans le Caucase sont ainsi marquées par le phénomène des « conflits gelés » : ces conflits, qui existaient souvent avant la formation de l’URSS en 1922, ont été réactivés après la chute du bloc de l’Est. Ainsi, dès le début des années 1990, le Caucase a été secoué par des conflits sécessionnistes : Haut-Karabagh et Nakhitchevan entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, Abkhazie et Ossétie du Sud entre la Géorgie et la Russie, Transnistrie entre la Moldavie et la Russie…

En effet, l’éclatement de l’URSS a mis fin aux frontières administratives dessinées par Moscou et a réveillé les volontés indépendantistes de ces minorités. Ces conflits sont dits « gelés » car ces guerres civiles ont certes fait l’objet de cessez-le-feu, mais n’ont pas été véritablement et durablement résolus. Des incidents sporadiques continuent ainsi de raviver régulièrement les tensions, faisant peser une véritable menace sur la stabilité et la sécurité du Caucase.

Aujourd’hui, ce ne sont plus des « incidents sporadiques » qui ont lieu en Ossétie du Sud, mais bel et bien une nouvelle guerre qui vient d’éclater.

 

 

La Géorgie, et sa région séparatiste l’Ossétie du Sud, appartenaient au territoire de l’URSS. Pour lutter contre le nationalisme des minorités, le pouvoir soviétique central avait découpé l’Ossétie en deux parties : au nord, la région a été rattachée à la Fédération de Russie, et au sud, elle appartenait à la Géorgie (clique ici pour voir une jolie carte qui t’explique tout).

Sous le régime communiste, l’Ossétie du Sud bénéficiait donc du statut de région autonome au sein de la République socialiste soviétique de Géorgie. Aussi, lorsque l’empire soviétique éclate et que la Géorgie accède à l’indépendance, l’Ossétie du Sud souhaite conserver cette autonomie, supprimée par le pouvoir géorgien qui tient à affirmer son autorité sur l’ensemble de son territoire.

Mais, comme de nombreux Etats post-soviétiques, la Géorgie est un Etat faible, et les Ossètes du Sud en profitent pour élire leur propre Parlement. Les années 1990 et 1991 sont marquées par un premier conflit violent entre les Géorgiens et les Ossètes, qui proclament leur indépendance unilatéralement en décembre 1991. Un cessez-le-feu intervient en 1992 et une force russe de maintien de la paix est instaurée.

Pendant plus de 10 ans, la situation est typiquement celle d’un conflit gelé. Les tensions se ravivent lorsque les élections de 2004 en Géorgie voient arriver au pouvoir un gouvernement nationaliste, que les Ossètes du Sud votent en faveur de leur rattachement à la Russie en 2006 et que la Russie établit des relations officielles avec l’Ossétie du Sud en avril dernier.

Il existe des causes profondes et diffuses, et d’autres plus immédiates.

Tout d’abord, la Russie joue un rôle de premier ordre dans le conflit ossète. En effet, des troupes russes sont présentes dans la région en tant que forces de maintien de la paix depuis le cessez-le-feu de 1992. Cependant, la Russie n’est pas impartiale, puisqu’elle soutient plus ou moins ouvertement le mouvement séparatiste ossète. Il s’agit pour elle de restaurer sa sphère d’influence sur les anciennes provinces soviétiques, et donc de rétablir sa puissance au niveau régional et mondial. La Russie est ainsi en concurrence directe avec les Etats-Unis pour affirmer son influence sur son ancien empire, en particulier depuis que les « révolutions de couleur » ont contesté, en Géorgie (révolution des Roses), en Ukraine (révolution orange) et au Kirghizistan (révolution des Tulipes), l’absence d’indépendance réelle vis-à-vis de Moscou (clique ici pour en savoir plus sur les révoutions de couleur). Il s’agit donc plus d’un conflit entre Moscou et Tbilissi qu’entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud.

En outre, le Caucase est un véritable carrefour géopolitique au croisement de nombreux intérêts stratégiques majeurs. Géographiquement, il est un point central entre la Russie, l’Europe, le Proche-Orient et l’Asie centrale. Et la découverte de nouveaux gisements de gaz et de pétrole ne fait que renforcer la convoitise qu’il suscite.

Enfin, la récente indépendance du Kosovo (proclamée unilatéralemet en dévrier dernier), reconnue par seulement 45 Etats dans le monde, dont la France, a sans doute contribué au réveil des aspirations indépendantistes des Ossètes. Cela semblerait confirmer les craintes de certains spécialistes et hommes politiques, qui craignaient que cette indépendance ne déclenche un véritable effet domino qui déstabiliserait toute la région. Principalement soutenue par les Occidentaux, l’indépendance du Kosovo crée ainsi un précédent, qui prive ceux-ci d’un moyen de pression sur la Russie, qui était elle opposée à cette indépendance. Les rôles sont désormais inversés en Ossétie du Sud.

Après plusieurs mois durant lesquels la tension n’a fait que croître, le gouvernement de Tbilissi a lancé une offensive sur l’Ossétie du Sud dans la nuit du 7 au 8 août dernier pour restaurer son autorité sur la région. La réaction des Russes a été immédiate : les forces présentes sur place ont riposté, soutenues par l’armée russe envoyée sur place dès le 8 août au matin. Le nombre de victimes est incertain et varie selon les sources.

La communauté internationale a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à la reprise des négociations, sans succès pour l’instant.

Le risque le plus important est désormais l’escalade du conflit et son extension à l’Abkhazie, autre région géorgienne autonomiste.

Tu peux suivre le conflit heure par heure sur le site du Monde en lisant cet article, très régulièrement actualisé, qui t’explique comment et pourquoi le conflit a dégénéré.

 

Pour mieux comprendre les causes profondes de cette nouvelle guerre, tu peux lire :

Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, de Gaïdz Minassian

Situé stratégiquement entre la Russie, l’Europe, le Proche-Orient et l’Asie centrale, le Caucase du Sud est soumis, après seize années d’indépendance, à une pression géopolitique si forte que l’on parle d’une guerre froide d’un nouveau genre. Les tensions entre la Géorgie et la Russie, les crises non résolues dans le Haut-Karabakh (Azerbaïdjan), en Abkhazie et en Ossétie du Sud (Géorgie), la guerre du gaz, les rivalités pétrolières entre les Etats-Unis et la Russie, le processus d’intégration de la Turquie à l’Union européenne et maintenant la crise du nucléaire entre l’Iran et les Etats-Unis perturbent fortement les projets de redressement économique ambitieux – absence de circulation et blocage des échanges culturels, économiques et financiers – et de démocratisation lancés à la sortie du totalitarisme soviétique. Malgré les révolutions « colorées » inaugurées en Géorgie en 2003, l’absence de perspective de paix incite les régimes à se replier dans l’autoritarisme et la course aux armements. Pour la première fois, un ouvrage décrypte les particularismes des trois Etats sud-caucasiens, confirmant l’entrée du Caucase dans la mondialisation – par la mer pour les Géorgiens, par la diaspora pour les Arméniens et par le pétrole pour les Azéris. Il soulève la question cruciale de l’avenir de ces trois Etats, la paix ou la guerre, et dévoile ainsi à quel point cette région instable est devenue un enjeu clé de la sécurité mondiale.

 

A la conquête du Caucase : épopée géopolitique et guerres d’influence, Eric Hoesli (Auteur)

Carrefour dangereux, le Caucase est aujourd’hui l’une des régions du monde les plus convoitées. De la Tchétchénie au Daghestan et à la Géorgie, il demeure un lieu de conflits et d’affrontements. Lutte pour le pétrole, montée de l’islamisme, rébellions armées et combats pour l’indépendance : le massif montagneux qui marque la frontière de l’Europe avec l’Asie et le Moyen-Orient est aussi le champ de bataille des années à venir. Depuis deux siècles, les grandes puissances politiques et militaires se livrent dans la région à une guerre d’influence qui a souvent débouché sur des conflits armés, parfois accompagnés de génocides ou de déportations. L’expansion russe, le  » Grand jeu  » (la guerre froide à laquelle se sont livrés la Grande-Bretagne et l’Empire russe durant tout le XIXe siècle), les tentatives de conquête du massif par l’Allemagne ou la bataille politique et économique pour le contrôle du pétrole : autant de processus marquants dont le Caucase est le décor. Imams et chefs de guerre montagnards, otages célèbres, espions anglais et alpinistes de la Wehrmacht, agents de Staline ou pionniers du pétrole sont les acteurs de cette histoire souvent tragique. A l’écart des idéologies et des partis pris, A la conquête du Caucase est un ouvrage inédit qui révèle sources et témoignages jamais exploités jusque-là. Cette épopée riche et vivante donne les clés d’une histoire qui ne s’achève pas à la dernière ligne de ce livre.

 

Géopolitique du Caucase, Viatcheslav Avioutskii

Le Caucase ? Une extraordinaire complexité géographique : l’imbrication des langues, des groupes ethniques, des cultures et des religions, comme on n’en voit nulle part ailleurs en Europe et dans le monde. Mais c’est surtout une région conflictuelle : la « limite » géopolitique par excellence. L’affaiblissement puis la chute de l’URSS ont réveillé nombre de conflits gelés durant la période soviétique : Nagorny Karabakh, Ossétie du Sud, Abkhazie, Tchétchénie… Pourquoi ressurgissent-ils ? Quelles sont les causes profondes du conflit Tchétchéne ? Pourquoi toutes les tentatives de lui trouver une solution politique échouent-elles régulièrement ? Faut-il considérer plutôt le Caucase comme un prolongement du Moyen-Orient et de ses conflits chroniques ? Pourquoi Oussama Ben Laden s’y est-il intéressé d’aussi près ? Le présent ouvrage mène une analyse géopolitique et tente d’apporter des réponses.

 

Géopolitique des Caucases, François Thual

À l’instar des Balkans, la désoviétisation du Caucase a libéré des conflits identitaires particulièrement violents. Après plus de soixante-dix ans de refoulement, les vieilles haines sont remontées à la surface d’une région de la taille de la France qui a changé de statut géopolitique depuis 1990, passant de celui de terminal d’empire (russe puis soviétique) à celui de carrefour d’influences. Corollaire de cette mutation, la découverte de nouveaux gisements de pétrole et de gaz est venue dynamiser des affrontements séculaires. À la lisière du Moyen-Orient, de l’Asie centrale et des Balkans, les Caucases réussiront-ils à échapper à des siècles de violence qui en font une montagne de sang

 

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