Comme de nombreux pays africains, dont les frontières ont été arbitrairement dessinées par les colonisateurs durant le XXème siècle puis conservées lors de la décolonisation, le Soudan est une mosaïque ethnique. La fracture principale sépare le Nord du pays, de population arabo-islamique nomade, et le Sud du pays, majoritairement peuplé de tribus africaines chrétiennes et animistes, le plus souvent sédentaires.
De cette opposition sont nées les deux premières guerres civiles (1955-1972 et 1983-2005), qui ont conduit à l’explosion du conflit du Darfour en 2003, une région désertique à l’ouest du pays, qui est actuellement la plus grave crise humanitaire du début du siècle : on dénombre environ 300 000 morts, 2,4 millions de déplacés et plus de 200 000 réfugiés, avec une menace réelle d’extension au Tchad et la République centrafricaine depuis quelques mois.











Le 01/04/2007 Ã 23h10
Le problème de Kouchner, c'est que ce n'est plus un homme de terrain depuis des années... Il fait de la politique maintenant, point barre. Il n'est pas allé au Darfour depuis plusieurs mois il me semble, et il en parle comme si il y était, au nom de tous les humanitaires, alors que justement, ces derniers semblent tous être contre son avis... Le problème est qu'il part du principe qu'il est impossible de faire parvenir l'aide humanitaire au Darfour, ce qui est faux! Médecins du Monde est parti, certes, mais c'est bien la seule ONG qui a souhaité fermer ses programmes là -bas, toutes les autres sont restées, et leur travail doit être salué, plutôt que de faire comme s'il n'y avait plus personne sur le terrain...Je suis sûrement très biaisée, étant donné que je bosse dans une ONG où Kouchner est détesté au plus haut point, mais je dois dire que quand je lis ses interviews (notamment son fameux appel dans le super canard catho "Le Pèlerin"**), je me dis qu'il déconne sévérement et qu'il est bien à 10 000 lieues de la réalité du terrain!
Pour l'ordre des thèmes abordés, je l'ai dit, je chipotais
Pour avoir des sources sur l'évolution du conflit, je crois qu'il n'y a que sur des sites d'ONG qu'on peut trouver ces infos à l'heure actuelle, mais j'ose espérer que des bouquins sortiront sur la question...
Edit: **Il a choisi exprès ce canard pour passer son appel parce qu'il veut jouer dans le registre du compassionnel et je trouve ça vraiment dangereux, de faire de ce qui se passe au Darfour une affaire "morale" parce que c'est la porte ouverte à toutes les dérives. "Il faut intervenir parce que c'est un devoir moral" > Je vois là une porte ouverte à une intervention militaire qui se terminera de toutes façons en bain de sang, pour les civils notamment, et on pourra appeler ça "Kosovo 2 le retour" ou "Afghanistan 2, le bourbier infernal" et là on fera quoi? Bah on se dira "zut, c'est la merde, les gens meurent, mais au moins on est intervenus" et alors on aura bonne conscience. \o/
Le 01/04/2007 Ã 23h30
Tu sais, c'est marrant, parce que vraiment, en écrivant l'article, je pensais vraiment à toi, j'étais certaine qu'on ne serait d'accord sur tout et que la discussion après serait intéressante...Je suis vraiment à l'opposé de toi sur les ONG. Je reconnais que certaines sont irréprochables et font vraiment des choses absolument nécessaires qu'aucun gouvernement n'accepte d'assumer. Mais par mon expérience à l'ONU, je suis devenue extrêmement méfiante vis-à -vis de la "nébuleuse" ONG, des informations qu'elles transmettent avec l'alibi du "on est sur place" et qui sont parfois fausses, du fait que ces organisations jouissent d'une présomption de bonne moralité irréfragable et d'une légitimité absolument pas démocratique, etc. J'arrête ma charge ici, parce que 1. ce n'est pas le sujet et 2. ça ne concerne qu'une partie des ONG. D'où le fait que j'aie plutôt penché pour Kouchner que pour Brauman.
En ce qui concerne l'intervention armée, c'est effectivement ce que j'ai introduit dans la conclusion, en rappelant que le Darfour était grand comme la France et qu'il ne s'agit pas d'un petit soulèvement dans une ville. Je suis entièrement d'accord avec toi qu'une intervention armée n'est pas la solution à la crise du Darfour et qu'elle ne servirait qu'à donner bonne conscience aux opinions publiques occidentales. D'ailleurs, il n'y a aucun gouvernement à ma connaissance qui défende l'idée d'une intervention armée comparable à l'Irak (sutout vu la succès de cette dernière
Le 01/04/2007 Ã 23h41
Et c'est marrant sinon parce que moi c'est sur l'ONU que j'ai énormément d'a priori
Et puis pour conclure (parce que j'ai trop sommeil!) je dirai que c'est intéressant de confronter nos opinions, surtout quand elles divergent à certains endroits, et je ne m'en plains pas, bien au contraire!, puisque ça me permet de m'exprimer sur certains points qui me paraissent malheureusement trop peu abordés, ou qui sont pratiquement absents des débats actuels sur la crise du Darfour...
Donc merci pour cet article
Le 02/04/2007 Ã 10h30
Le problème autant pour les sanctions économiques que pour le fonctionnement de l'ONU en général, c'est qu'il faut systématiquement l'accord des Etats. En l'occurrence, sur le Soudan, je pense que jamais la Chine n'acceptera des sanctions économiques gelant les exportations de pétrole par exemple... Et puis on a vu l'efficacité des sanctions économiques en Irak aussiPour les niveaux de sortie de crise, je pense que si ça ne fonctionne pas sur le terrain, c'est parce que les mandats sont votés non en fonction de la situation (situation A = il faut du peace enforcement = on vote un mandat de peace enforcement) mais en fonction des forces que les pays acceptent de mettre à disposition et les risques qu'ils sont prêts à leur faire prendre (situation A = il faut du peace enforcement mais non, on veut pas se faire chier = on vote du peace keeping pour être tranquille).
L'autre truc qui montre vite ses limites, ce sont les casques bleus eux-mêmes, qui sont à 99% des soldats d'armées de pays en développement, pas formés, pas équipés et qui ne savent tout simplement pas comment agir
Sur la bureaucratie en revanche, je ne peux que te suivre. Mais des choses qui apparaissent parfois totalement dérisoire (rédiger des rapports annuels sur le trafic de drogue par exemple) sont en fait des instruments très importants. Ca n'a l'air d'être que du papier, mais c'est ensuite une "arme" pour le naming and shaming d'avoir des chiffres établis par l'ONU, que les pays hésitent quand même à remettre en cause publiquement.
Pour la réforme, oui à 100%. Le problème, ce sont toujours les Etats. Je crois que c'est d'ailleurs le problème principal de l'ONU. Et je crois qu'il faut bien différencier les actions de l'ONU (réalisées avec les fonctionnaires internationaux de l'ONU) et les actions menées par l'ONU au nom des Etats (avec l'accord nécessaire des Etats et du personnel mis à disposition par les Etats). En l'occurrence, la première partie (ce dont je parlais pour la rédaction de rapports par exemple) me semble fonctionner nettement mieux que la deuxième, justement parce qu'il n'y a pas de blocages de la Russie ("ah non, je ne veux pas qu'on dise qu'il y a des drogués et des malades du SIDA dans mon pays"), de la Chine ("ah non, je ne veux pas qu'on dise qu'il y a des atteintes aux droits de l'Homme chez moi") ou de la France ("ah non, je ne veux pas que mes soldats meurent"). Ce sont deux parties distinctes, pas en droit, mais dans les faits, de l'activité de l'ONU, et ça ne fonctionne pas du tout de la même façon.
Je trouve ça bien aussi de ne pas être d'accord, c'est enrichissant
Le 02/04/2007 Ã 12h25
Merci pour l'article très clair et bien écrit, qui vient de m'apprendre énormément de choses.Le 29/05/2007 à 15h10
Tout le monde, je pense, devrait écouter cette émission de France Culture, "du grain à moudre", sur le Darfour.Je copie-colle le résumé du site:
émission du lundi 28 mai 2007
Darfour : intervenir ou soigner ?
LÂ’humanitaire dans le malaise
Alors que le french doctor, Bernard Kouchner, a été appelé à diriger le Quai d’Orsay, la polémique sur la manière de faire cesser les massacres au Darfour risque de s’envenimer encore davantage. Depuis plusieurs semaines un débat fait rage dans le monde humanitaire. Il divise ceux qui sont partisans d’une intervention armée pour faire cesser ce que Bernard-Henri Levy pense pouvoir devenir « le premier génocide du XXIème siècle » à ceux qui, au nom de la complexité de la situation locale, défendent une solution par la médiation et la négociation. Derrière ce qu’on pourrait prendre pour un simple différend de méthode, se cache en réalité une vraie divergence de points de vue : d’abord sur le rôle des ONG humanitaires dans une zone de conflit, et deuxièmement sur l’interprétation qu’il convient de donner à ce conflit-là , le Darfour.
Résumons la situation : le collectif Urgence Darfour a lancé avec son grand meeting parisien du 20 mars dernier un fort lobbying en direction d’une intervention internationale armée. B. Kouchner, qui y était présent, a défendu l’idée du devoir d’ingérence et de corridors humanitaires, au nom d’une solidarité avec les persécutés du Darfour qui ( je le cite) « sont nos alliés naturels : des africains musulmans qui veulent un Soudan uni, un gouvernement laïc, un régime démocratique. Ils sont (ajoute-t-il) les représentants d’un islam modéré ». C’est précisément ce que d’autres associations comme MSF, Médecins du Monde ou encore Action contre la Faim, contestent. Eux ne se reconnaissent pas dans cette lecture opposant l’islam radical à l’islam modéré, lecture qu’ils jugent manichéenne, et craignent que les positions d’Urgence Darfour ne fragilisent encore davantage leurs capacités d’action sur place en accentuant l’assimilation croissante entre l’humanitaire et le militaire. Le président d’Urgence Darfour, Jacky Mamou, leur répond en qualifiant cette polémique d’« étrange » et d’« incompréhensible alors qu’une véritable guerre contre les civils se déroule dans l’ouest du Soudan ». C’est pourtant de ce qu’est, de ce que veut et de ce que peut l’humanitaire dont il s’agit à travers ces débats et c’est pourquoi nous avons choisi de les relayer aujourd’hui.
Rony Brauman. Médecin. Président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994.
Anime aujourd'hui le centre de réflexion et de formation de MSF.
Professeur associé à l'Institut d'études politiques de Paris.
Pierre Micheletti. Président de Médecins du Monde.
Diane Chanel. Président de Comité Soudan (association membre d'Urgence Darfour).
Jean-Marc Tyberg. Premier Vice-Président du Collectif Urgence Darfour.
Président de la nouvelle ONG ("La Voix des Droits de l’ Homme", dont le but est de mettre en place des radios humanitaires sur zone de conflit).
Le 29/05/2007 Ã 16h38
Merci Ruby de continuer à nourrir le sujet. Ca m'éclaire un peu plus sur l'opposition dont on avait déjà parlé toutes les deux entre les différentes ONG. J'arrive mieux à comprendre le pourquoi du comment des différentes positions avec ton dernier post, mais je n'arrive toujours pas à savoir qui "a raison"... :rolleyes: En tout cas, merci pour cette précision !Le 29/05/2007 à 16h49
Cette émission était tellement intéressante qu'il fallait à tout prix que je la partage avec d'autres personnes!Je trouve que Rony Brauman a vraiment bien parlé (il passe vraiment très bien dans les médias, contrairement à Bradol, qui je trouve, est trop sur la défensive), et le vice président d'Urgence Darfour a mal mobilisé son temps de parole (il parlait tellement lentement et ne finissait jamais ses phrases, c'est dommage, parce qu'on comprend encore moins où ils veulent en venir!). Le sujet était vraiment intéressant, et puis les présentateurs, bien rôdés, ils menaient le débat vraiment intelligemment.
La dérive identitaire du conflit a d'ailleurs été très bien abordée. Ca change, et tant mieux, ça nous sort des idées reçues comme quoi "tous les conflits sont religieux ou ethniques, surtout en Afrique".
Le 04/12/2007 Ã 22h05
Soirée spéciale sur le Darfour ce soir sur Arte, avec un premier reportage très intéressant sur les origines du conflit ("Autopsie d'une tragédie"), qui sera rediffusé le 6 décembre à 9h55, puis disponible pendant une semaine sur le site internet.