Carte postale du Japon – Séismes sous le soleil levant

Le Japon se situe au milieu de quatre plaques tectoniques. Forcément, ça bouge et ça secoue. Laetitia vous raconte comment les Japonais gèrent ces séismes quotidiens.

Carte postale du Japon – Séismes sous le soleil levant

Une première vibration, une pause, puis une succession de vibrations horizontales qui vont croissant, puis diminuent d’intensité. Et plus rien. Une sensation surprenante au début, mais à laquelle on s’habitue – plus ou moins selon notre degré d’anxiété naturelle. Il vaut mieux pourtant accepter ce phénomène auquel on ne peut rien car au Japon, les séismes sont plus nombreux que les levers de soleil !

Séisme mode d’emploi

Un outil assez performant informe les habitants : la Japan Meteorological Agency (JMA) suit de près toutes les secousses enregistrées dans l’archipel, et au-delà lorsqu’il y a risque pour le Japon. Elle recense actuellement une petite dizaine de séismes par jour. La majorité d’entre eux est soit trop éloignée des côtes, trop profonde ou trop faible pour être ressentie. Les autres remuent un peu – parfois tout juste de quoi se réveiller la nuit – et quelques-uns sont suffisamment importants pour déclencher une alerte.

En effet, lorsque la JMA enregistre un séisme à « fort potentiel », une alerte est alors envoyée sur tous les portables enregistrés dans les préfectures concernées. Pas besoin de souscrire un service, c’est automatique. En presque un an de vie dans le Kanto (la grande région autour de la capitale), ça ne m’est arrivé que deux fois. Le portable émet un son qui ne laisse aucun doute sur l’urgence de la situation… Les autorités recommandent de s’éloigner des vitres ou des cloisons, se rapprocher d’un mur porteur ou se réfugier sous une table, pour éviter les blessures dues aux chutes d’objet. Il faut aussi ouvrir la porte de la pièce où l’on se trouve, et allumer la télévision pour suivre les informations et recommandations qui défilent en travers de l’écran. En revanche, pas la peine de se jeter dans la cuisine pour couper le gaz : un système de sécurité le stoppe en cas de secousse.

Si le séisme se double d’un risque de tsunami, les programmes télé laissent la place à une carte commentée, avec le signalement des côtés en danger, la hauteur estimée de la vague et l’heure à laquelle elle devrait toucher le rivage.

En voiture, on ressent moins précisément les tremblements de terre ; il est cependant conseillé d’atteindre un parking et de s’y stationner, de ne pas sortir du véhicule en attendant que le sol reprenne son comportement habituel de stabilité rassurante.

En attendant le Big One

À la jonction de quatre plaques tectoniques, diversement actives (la plaque des Philippines progresse de 4cm par an par exemple), le Japon ne peut être que secoué par de nombreux séismes. Une constatation bien sûr modérée selon les régions, la plus touchée étant celle du Tohoku, qui est en plus particulièrement exposée aux tsunamis. Les régions qui longent la mer du Japon, côté Corée du Sud, sont plus épargnées.

La fréquence des séismes au Japon a conduit à un comportement permanent de vigilance – mais qui émousse peut-être la sensation de danger. Les immeubles obéissent à des normes de construction anti-sismique exigeantes ; encore que le séisme de Kôbe, en 1995, ait révélé corruption et contournement des règles…

En principe, le danger vient des murets en briques, qui s’écroulent assez facilement, et à tout le bazar qu’on entasse dans les maisons et qui menace de tomber lorsque la secousse est très forte. On conseille très fortement de fixer au mur tous les meubles hauts, de disposer chez soi et dans son véhicule d’un kit de survie (lampe torche, couverture de survie, signal de détresse, de quoi manger, boire…). Autre dispositif utile : un service de messagerie d’urgence a été mis en place ; les membres d’une famille peuvent enregistrer des messages genre « tout va bien » sur un répondeur accessible sur leur numéro de fixe habituel.

Cette armada de dispositifs permet une information efficace en cas de crise – un peu flippant quand on découvre tout d’un coup en s’installant, mais rassurant au final. Les scientifiques jouent à Madame Irma et promettent un séisme de très grande magnitude pour la capitale, au rythme d’un par siècle. Le dernier ayant eu lieu en 1923, on nous prédit 70% de chances pour subir le « Big One » d’ici trente ans…

Les séismes en eux-mêmes provoquent relativement peu de dégâts, la population y étant préparée et la construction, généralement adaptée à la situation. En revanche, contre la puissance de l’eau, on ne peut pas grand-chose. Les dégâts monstrueux causés par le tsunami (étymologiquement, « la vague du port ») du 11 mars 2011 ne le montrent que trop bien.

Histoire du poisson-chat

Selon une légende presque moderne, le Japon repose sur un énorme poisson-chat, le Namazu, dont la tête est maintenue par une pierre, laquelle est habitée par la divinité qui régit les tremblements de terre. Lorsque le dieu est fâché, ou parti ailleurs ripailler avec la foule de divinités shinto, il relâche la pression sur cette pierre et laisse le poisson-chat libre de ses mouvements… En bougeant, celui-ci déclenche d’énormes secousses qui agitent tout le pays.

Cette explication du poisson-chat planqué sous l’archipel est née après une inondation puis un séisme survenu à Edo, l’ancienne Tokyo. L’inondation a provoqué l’arrivée de nombreux poissons-chats dans les fleuves et les cours d’eau ; la proximité d’un tremblement de terre a conduit à penser que les bestioles avaient « senti » la menace et fui. Un grand séisme accompagné de nombreux dégâts, en 1855, fait réapparaître la légende, plus d’un siècle après. Le temple qui hébergeait sur son territoire la fameuse pierre qui maintient l’animal tranquille a largement exploité cette idée pour accroître son audience… Sur le mode « priez et faites une offrande au dieu pour que ça ne se reproduise pas », le culte a contribué à répandre la légende.

Philippe Pelletier (La Fascination du Japon, le Cavalier Bleu, 2011) mentionne aussi, présent dans des textes dès la fin du premier millénaire, un « insecte des séismes », puis, bien plus tard, une cartographie représentant le Japon, reposant sur le dos d’un dragon couché en boule. Bref, on ne sait pas exactement ce qu’il y a sous les quelques milliers d’île qui composent le pays, mais une chose est sûre : ça bouge !

À une toute autre échelle, la France est aussi en zone de risque sismique… As-tu déjà eu l’occasion d’en ressentir un ? Pourrais-tu vivre avec l’idée que oui, la terre tremble quand ça lui chante ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Elrewin
    Elrewin, Le 2 mai 2013 à 0h47

    Pardon si cette question a déjà été posée, mais la France est vraiment en zone de risque sismique ? Je n'en ai jamais subi un seul, ni même entendu parler - d'un récent en tout cas...

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