Anatomie de la jalousie 2.0

Petite anatomie d'un sentiment qui mène la vie dure à beaucoup de tourtereaux, et ce de plus en plus : la jalousie.

Anatomie de la jalousie 2.0

Autrefois, Papy et Mamie s’envoyaient des cartes postales qui se terminaient par « Mon tendre amour ». Tes parents, eux, s’appelaient sur leur téléphone fixe une fois tous les cinquante ans (il y avait un petit calendrier pour ça). En 2013, rester en contact avec son crush est aussi simple que d’acheter un aller/retour pour Boulogne-sur-Mer (autrefois, c’était en calèche, oui madame). Fort heureusement, les humains n’utilisent plus très souvent les chevaux comme moyen de transport, mais plutôt comme piètres acteurs. Les temps ont changé et c’est très bien ainsi. Cependant, le fait de rester toujours d’une manière ou d’une autre en contact avec ses semblables n’entraînerait-il pas un sentiment bien connu et loin d’être agréable ? Les réseaux sociaux ne seraient-ils pas la porte ouverte à une nouvelle forme de jalousie ?

La jalousie voit tout, excepté ce qui est

La jalousie est une émotion de la pensée et des sentiments. Coutumière des relations humaines, elle s’apparente à un sentiment d’insécurité. Une peur de perdre une personne ou un objet qu’autrui semblerait pouvoir obtenir. La jalousie est basée sur l’imagination et non sur des faits. Elle peut aller d’un simple état de frustration à une paranoïa quasi-maladive. Ce sentiment a toujours été et sera toujours présent : il est donc quasi-impossible de passer à côté. Selon une étude canadienne, la jalousie serait le deuxième problème le plus récurrent du couple.

Pour Freud il en existe trois formes bien distinctes :

  • La jalousie concurrentielle, provoquée par l’infidélité dans le couple. S’ensuivent des sentiments d’humiliation, de plaie ouverte, de problème d’estime de soi ou de l’autre. Dans ce cas, il faut arriver à faire le « deuil » de la faute accomplie. C’est un gros travail sur l’équilibre psychologique et la confiance. Le partenaire devient alors un rival et l’amour se mêle parfois à la haine. Pour bâtir de nouvelles fondations plus droites et justes, il faut faire un gros travail sur soi.
  • La jalousie projetée : c’est la plus fréquente. Elle n’est pas basée sur des faits accomplis mais sur une projection dans le passé. « Et si jamais il/elle… » devient une interrogation récurrente et on va inconsciemment chercher des preuves que la personne nous échappe. Souvent, ce sentiment se trouve chez des gens ayant déjà eu des pulsions envers d’autres personnes ou ayant déjà trompé un ou des partenaires : « Si moi j’y pense, pourquoi pas lui/elle ? ».
  • La jalousie délirante : selon Freud, cette forme de jalousie est une façon de refouler son homosexualité. Il en découlerait un état psychologique maladif et paranoïaque. La jalousie délirante serait liée de près ou de loin au complexe d’Oedipe.

En gros, il s’agit du petit pincement au coeur lorsque tu sais que ta moitié va boire une bière avec une personne du sexe désiré, ou quand tu as envie de lancer un seau d’huile de foie de morue sur ta voisine qui est toujours aussi belle que naturelle. Que tu te raisonnes rapidement ou que tu n’en dormes plus la nuit, la jalousie est toujours là. Rien ne sert de fuir, elle te rattrapera comme le tueur désaxé de n’importe quel film d’horreur.

En ces nouveaux temps moderne ou règnent l’Internet et les chiens qui pètent, les amis virtuels et les stars qui postent des vidéos vides de sens, ne serait-ce pas un vilain fléau qui pointe le bout de son nez pointu ?

Facebook : Duck Face et partenariat domestique

Facebook est devenu le réseau social sur lequel il faut être. T’as pas Facebook, t’as pas de shampoing, même combat. C’est un moyen de communication qui a pris une place primordiale dans la vie des jeunes. C’est également une immense révolution comparable à l’arrivée du téléphone portable. Les barrières entre vie sociale et vie privée sont de moins en moins nettes.

La Presse explique que selon Katherine White, une psychologue de l’Université de technologie de Queensland, il existe trois types de personnes donnant énormément d’importance à ce type de réseaux :

  • Les personnes démonstratives et extraverties : le fait de s’exposer au regard des autres n’est pas un souci, c’est même un aspect recherché.
  • Les gens ayant une faible estime d’eux-mêmes : pour la psychologue canadienne, « C’est d’ailleurs la raison de leur popularité [les réseaux sociaux]. On peut s’épancher et il est très facile d’avoir des centaines, voire des milliers d’amis (…) Pour les gens qui n’ont pas confiance en eux, qui ne se réalisent pas dans leur famille, leur couple ou leur travail, c’est très attrayant. Ça peut devenir une drogue ».
  • Les négligents : « Les gens qui ne sont pas très consciencieux aiment l’absence de règles des réseaux sociaux » : Facebook, Twitter ou encore Instagram deviennent des lieux où tout est possible, sans règles. Les personnes consciencieuses n’accordent pas autant de temps à ce genre d’activités très prenantes car elles se concentrent plus sur leurs études, leur travail, etc.

Mark Zuckerberg a présenté hier Facebook Home, une manière de transformer sa page d’accueil pour accéder instantanément à toutes ses notifications et celles de nos amis. Ceci sera réservé aux téléphones sous Androïd. Une nouvelle façon encore plus simple de communiquer avec nos potes sans bouger de son canapé.

Facebook, censé rassembler et être un lieu de partage, a donc parfois l’effet totalement inverse : le repli sur sa petite personne, l’avalanche de photos à sa gloire. Comme il est facile de se mettre en avant sur ce genre de site Internet, il est d’autant plus simple de se créer un personnage. Tout le monde semble beau, drôle et tellement cool sur une photo de profil. Et cela monte malheureusement très vite au cerveau.

« Yo, bien dormi ? » « Je vais acheter du pain » « T là ? »

Le fait d’être connecté quasiment 24/24h sur les tchats, et les abonnements mobile qui comportent presque tous des offres avec SMS illimités, rend la connexion aux autres constante. Ceci entraîne une liaison permanente avec les gens, invivable pour certain-e-s, ce qui les mène à quitter le réseau social ou du moins s’en éloigner un temps. D’autres, au contraire, ont désormais besoin de se sentir proches en toutes circonstances. Par exemple, si plusieurs étudiants ou jeunes adultes ne se connaissant pas sont rassemblés pour un événement, la majorité sortira son portable pour échanger avec ses propres amis à distance. C’est un moyen passif de se rassurer, de se prouver qu’on est pas seul. Cependant, ce genre de comportement bride de plus en plus la communication.

Dans les relations amoureuses c’est un peu la même chose. Les partenaires doivent toujours être présents l’un pour l’autre. Comme la communication est quasi constante, dès qu’elle est interrompue, l’autre s’inquiète, s’offusque. Et puis la jalousie fait peu à peu son apparition. « D’habitude il/elle me parle à cette heure-ci, si ce n’est pas le cas aujourd’hui c’est qu’il/elle veut me cacher quelque chose ». La réaction semblerait évidente : se calmer, attendre et se faire une raison car tout va bien. Mais Internet met à ta disposition des armes bien plus tentantes…

Facebook, Twitter, Instagram deviennent des énormes banques de données très précieuses. Des lieux visités, des personnes rencontrées, des photos prises, des échanges publics, bref, tout pour un-e stalker en herbe. Dès lors commence une quête effrénée à la recherche de la moindre petite chose qui semble aller de travers. Un poke ou un like devient une preuve de la non-allégeance de ta moitié, et ça devient Hiroshima dans ton cerveau. Tu passes ensuite en revue tou-te-s ses ami-e-s, qui paraissent plus parfait-e-s les un-e-s qui les autres. C’en est trop : tu fermes ton ordinateur et pars ruminer dans ton coin.

Le problème de Facebook c’est que toutes les données sont gardées en mémoire (même tes statuts de 2008 où tu parlais comme Booba). Mais, surtout, elles manquent cruellement de contexte. La personne qui les consulte est seule face à ces informations, sans explications, ce sont simplement des faits. C’est comme ça qu’un simple « Tu me manques » ou un statut relationnel peut être mis dans n’importe quel contexte et interprété n’importe comment.

Dans ce cas, que faire ?

Il faut apprendre à utiliser les réseaux sociaux et les juger à leur juste valeur. C’est un moyen de communication comme un autre mais pas LA manière d’échanger. Se replier sur soi-même entraîne des incompréhensions et favorise la jalousie !

Il faut savoir lâcher prise, se déconnecter ou prendre du recul. Fouiller dans les affaires de son partenaire n’est pas une chose à faire dans le sens ou les réseaux sociaux doivent rester quelque chose de subjectif et de semi-privé. Rompre le lien et bouder dans son coin n’est pas non plus la meilleure solution : si un statut ne semble pas clair, mieux vaut en parler plutôt que de retourner la Toile comme un-e James Bond 2.0. De toute façon, personne n’est parfait dans la vraie vie, même pas ta voisine.

As-tu déjà ressenti ce genre de sentiment face aux nouvelles façons de communiquer ? Comment fais-tu pour passer au-dessus ? 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lululurluberlu
    Lululurluberlu, Le 29 janvier 2014 à 18h45

    Pour ma part, j'étais aussi jalouse au début de ma relation. Mais je pense que ça c'est justement pcq c'était le début.

    Je venais de rencontrer mon copain (avec qui je suis toujours 9 ans après), on s'est mis rapidement ensemble (au bout de 4 jours) alors que 4 jours avant on s'était jamais vus! Donc forcément tu connais pas la personne en face de toi, tu la découvres etc...

    A l'époque Facebook était à ses débuts, donc c'était plutôt msn... Et je regrette d'avoir épier certaines conversations. Mais le temps est passé et on se fait désormais entièrement confiance. Je sais que j'ai été trop indiscrète.

    Mais je pense sincèrement que ça s'apprend avec le temps. Depuis des années on vit ensemble, les amis et amies de l'un sont ceux de l'autre... Il a des filles que je connais pas dans ses contacts facebook (même s'il est pas trop fan de facebook), mais franchement qu'est ce que je m'en fiche... Si vraiment je veux savoir qui c'est, je lui demande. Ni lui ni moi nous trouvons d'avoir dans nos amis facebook des gens qu'on ne connait pas du tout, c'est avant tout un moyen de rester en contact avec nos ami-s -es et anciens ami-s -es. (je vois pas l'intérêt d'avoir dans ses contacts des gens qu'on rajoute comme ça dans ses contacts, ça fait jouer que le physique, et là je peux comprendre qu'on peut être jalouse, car quel est le but ??)

    Bref, si vraiment ça vous bouffe, il faut en parler, pas ruminer dans son coin.

    Après, comme l'une d'entre vous l'a dit, je trouve le truc du "like" tellement facile, comme un réflexe, que je comprends pas pourquoi on peut en devenir jalouse. Croire qu'il y a une arrière pensée montre totalement un manque de confiance, et c'est pour ça qu'il faut PARLER (et pas espionner ^^)

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