J’ai testé pour vous… porter des dreads synthétiques

Il y a quelques années, Léa S. a porté des dreads synthétiques. Elle vous dit tout tout tout sur cette tendance capillaire.

Étant de l’espèce capillairement instable, il fut un temps heureux où j’eus l’envie de colorer les pointes de mes tifs. À l’époque, ma maternelle n’était pas exactement emballée par l’idée que sa fille devienne une punkette et a un peu tiqué sur les envies de rébellion de mes cheveux. Comme j’étais également une flipette qui craignait d’abîmer sa dense chevelure au contact de l’eau oxygénée, j’ai dû trouver une solution alternative qui me permettrait d’assurer la paix des familles et de mes neurones.

J’avais bien envisagé la perruque, mais l’idée de passer pour une nana atteinte de calvitie dès la fin de sa puberté me semblait légèrement extrême. Grâce au génie du Nain Ternet, j’ai fait connaissance avec les dreads synthétiques. Amovibles et totalement artificielles, elles présentaient deux avantages. Ceux de faire peur à ma grand-mère un peu coincée du col, et de me laisser une solution de repli si jamais la vision de mon propre crâne en version arc-en-ciel s’avérait moins funky que prévu. C’est donc les cheveux au vent que je me suis lancée dans l’aventure capillaire que voici.

Les dreads synthétiques, keskecé que ce truc ?

Avant toute chose, le principe d’une dread synthétique, c’est de ressembler à une vraie dreadlock, mais ce n’est pas une vraie dreadlock. Un peu comme le Coca-Cola et le Canada Drive. Sauf que vue de près, la dread synthétique n’a pas grand-chose en commun avec sa cousine naturelle, puisqu’elle n’est pas faite de vrais tifs. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle n’est pas non plus fabriquée en poils de moquette.

En réalité, la dread synthétique est formée en crêpant des fibres de Kanekalon, une matière qui se présente sous forme de mèches de cheveux synthétiques. Tu peux en trouver un peu à tous les prix sur le net ou chez les grossistes en coiffure, puisqu’elles servent aussi aux tresses africaines. Et c’est là qu’intervient la supériorité de la dread synthétique sur toute autre coloration de supermarché. L’éventail de couleurs du Kanekalon est ultra large, donc tu peux te lâcher sur la palette capillaire. Si tu es du genre prudence-est-la-maman-de-sûreté, il existe forcément une nuance proche de ta teinte naturelle. Et si passer pour une alien ne te fait pas froid aux racines, tout est possible, tout est réalisable.

Il existe à peu près six types de dreads synthétiques dont les noms varient selon leurs fabricants. La dread la plus simple est d’une seule couleur unie. Mais comme c’est encore trop discret, tu peux aussi trouver les variétés suivantes :

  • Les torsadées (ici de Gohkik-boutik) : Ce sont des dreads synthétiques bicolores qui ressemblent à des guimauves chevelues. Elles sont formées d’une ou plusieurs mèches de couleurs entrelacées.

  • Les translatives (ici de Gohkik-boutik) : Celles-là sont bicolores et changent de couleur en plein milieu. Ça te permet d’avoir les racines d’une nuance et les pointes d’une autre.

  • Les « knotty » ou « pop-corn » (ici de DreadfullyYoursHair) : Pour un effet un peu plus Jack Sparrow, l’astuce consiste à nouer une petite mèche de cheveux par dessus la dread.

  •  Les curly (ici de Lady Luz) : Si tu veux un maximum de volume, celles-là filent le bon coton puisqu’elles sont bouclées. Pour obtenir cet effet, il faut enrouler la dread autour d’une baguette lors de sa fabrication, puis fixer le mouvement à l’eau bouillante.

  • Les “roots” (ici de dready-art) : Elles sont faites pour ressembler au maximum à de vraies dreads. Pour reproduire une apparence un peu crado et tout à fait babos, ces dreads sont crochetées pour que les cheveux synthétiques partent bien en live.

Bien évidemment, tu peux faire la foire du Trône dans tes cheveux et mixer ces différents types de dreads synthétiques. Il est aussi possible de choisir la longueur et l’épaisseur, et le nombre de dreadouilles que tu souhaites implanter sur ta boîte crânienne. Il existe des dreads simples avec une petite boucle au bout pour y passer ta mèche de cheveux, ou des dreads doubles qui se replient en deux avant de les mettre.

La pose et la patience des grands sportifs

Bref, mon choix était fait. Mais je n’avais pas spécialement envie de fabriquer ces petits postiches de mes deux mains gauches. Je me suis donc dégottée un dreadeur, c’est-à-dire un mec qui fabrique des dreads synthétiques, en la personne du copain d’une pote. À ma connaissance, le crêpage de Kanekalon n’est pas une activité professionnelle à part entière. Pas mal de gens en font en amateur et les vendent sur le net. Comme toute création manuelle, les dreads synthétiques sont un peu chères : compte minimum 60€ pour une tête.

Avec le fameux copain, nous avons joué avec les paquets de Kanekalon pour faire des combinaisons sympas. Je voulais des translatives qui aient la même teinte que mes cheveux à la racine, puis partent en un arc-en-ciel de couleur (kitsch quand tu nous tiens). Le gars avait une vision plus en orbite que la mienne, et m’a aidée dans le choix et la répartition des couleurs.

Quelques semaines plus tard, ma nouvelle moumoute était prête. Je me suis donc rendue au domicile de mon nouveau coiffeur pour la pose des dreads. En soi, la technique n’est pas compliquée : il suffit de tresser la dread avec tes vrais cheveux, puis de fixer le tout par un élastique en plastique discret. Comme je suis une procrastinatrice dans l’âme et que je ne voulais pas embêter mes copines, j’ai laissé ma tête toute propre aux bons soins du dreadeur.

La pose a pris environ une demi-heure. Ca tire un peu, mais il n’y a pas non plus de quoi s’arracher les cuticules. Je suis donc repartie toute contente avec ma coupe d’ananas multicolore.

Ma nouvelle chevelure featuring un t-shirt qui a été tendance au début des années 2000.

Le quotidien : quelques idées reçues

Globalement, mon entourage a plutôt bien réagi à ma toute nouvelle transformation en tête de poulpe. Tout juste certaines personnes d’âge mûr ont-elles émis l’impertinente idée que je m’étais peut-être mise à fumer les herbes de Provence, mais ce préjugé n’a duré qu’un temps. Par chance, j’étudiais dans un domaine où ma coupe de cheveux n’avait que peu d’importance, idem pour mon job d’été.

Ma mamie a ravalé son dentier, et je me suis assurée un petit succès auprès des enfants. Enfin, pas seulement. Parce que comme tous les styles capillaires un peu barrés, les dreads synthétiques attirent aussi l’attention des gens auxquels tu n’as pas forcément envie de tailler un steak.

Ça leur fournit un prétexte fabuleux pour entamer la conversation, surtout à Paris où tout le monde se regarde avec des yeux d’animaux naturalisés dans le métro. C’est à cette époque que j’ai fait les rencontres les plus surréalistes de ma courte existence, dans les couloirs de la RATP, les rues et les supermarchés de quartiers. Je n’ai jamais ressenti d’hostilité, seulement de la curiosité, de l’admiration, ou de la drague bien relou. Cela dit, certaines questions étaient récurrentes, d’où ma volonté d’éclaircir un peu le bazar. Petit florilège :

« Tant de synthétique sur un crâne qui transpire, ça doit gratter comme Sandra sans sa couverture. »

Bien sûr, si tu es allergique à tous les trucs un peu plastiques, il est fort probable que tes dreads provoquent une réaction. C’est aussi pour ça qu’on conseille aux peaux fragiles de tester avec deux-trois dreads avant de se lancer sur une tête entière. Mais si ton épiderme a un système d’auto-défense normal, il n’y pas de raison qu’une nouvelle sorte d’acné y fasse son apparition.

« Avec autant de volume, tu dois léviter au-dessus de ton oreiller tous les soirs. »

C’est peut-être vrai les deux-trois premières nuits. Mais à force d’appuyer ta tête sur le matelas, les dreads s’assouplissent et devient plus domptables. Elles ne font donc pas forcément une seconde épaisseur sous la joue.

L’évolution des dreads synthétiques, à quelques mois d’intervalle. Oui, j’ai vraiment la tête de Casimir.

« Avec tous ces trucs sur la tête, tu vas finir par attraper un torticolis. »

Personnellement, j’ai un cou en état de fonctionnement normal et une masse de cheveux déjà importante de nature. Du coup, je n’ai pas vraiment vu la différence. Et puis comme dirait Natasha St-Pier, on s’habitue à tout.

« Ça y est, tu ne les quittes plus, tu es vraiment Bob Marley pour toute la vie. »

Scoop : les dreads synthétiques, ça s’enlève et ça se remet, comme la chanson de Claude François (à peu près). Surtout qu’au bout de quelques mois, tes tifs repoussent et les dreads ne sont plus collées à la racine. Pour les ôter, tu devras t’armer d’un peu de temps et de beaucoup de patience. Il faut enlever les élastiques, détresser tes cheveux, les démêler et les laver. Pour les remettre, il suffit de réappliquer la méthode de la pose.

« Mais c’est ultra crade les dreads, comment ça se fait que tu ne sentes pas le vieux chien humide au bout de deux mois ? » et sa variante « Du coup c’est un genre de prison pour tes pellicules, ça les empêche de tomber. »

Parlons-en. Avec des dreads synthétiques, tu peux (et tu DOIS) continuer à te laver les cheveux tout à fait normalement, avec le shampoing de ton choix. Ca évite de trimballer avec toi des odeurs douteuses. Pour le séchage, j’avais opté pour la méthode “air libre et naturel”, mais tu peux t’aider d’un sèche-cheveux. L’essentiel est de rester à une distance raisonnable pour ne pas te changer en torche humaine. Bref, il est possible de rester à peu près propre de la capillarité sans problème.

Certes, quand tu enlèves tes dreads, le mythe s’effondre un peu. Une étrange matière blanche qui ressemble à du sébum est restée collée dans tes racines. Cela dit, un peu d’Ushuaïa et il n’y paraîtra plus. La légende raconte qu’une fois tes dreads ôtées, tu peux les mettre au lave-linge dans une taie d’oreiller pour qu’elles sentent à nouveau le Fébrèze. Je n’ai personnellement jamais testé cette technique, mais elle fait de sérieux adeptes.

BONUS : « Je peux toucher ? »

NAN. JAMAIS. Ne jamais répondre oui à cette question si c’est un vieux qui te la pose un soir dans un Monoprix et prétend être un prof de tango. Il essayera ensuite de te filer son numéro et te déposera subtilement son paquet de capotes dans les bras pour avoir les mains libres. Ce n’est pas parce que tes cheveux sont faux qu’ils ne sont pas reliés à ta tête, toute tentative d’approche tactile par des individus indésirables n’est donc pas à accepter systématiquement.

L’adieu aux dreads, larmes et cris

Après avoir fièrement porté les couleurs de mes translatives un peu partout, j’ai finalement décidé que le temps était venu pour elles et moi de nous quitter. D’abord pour une raison idiote : j’étais un peu lasse de devoir discuter de mes choix capillaires avec tous les quidams qui s’ennuyaient dans la rue. Mais surtout parce qu’après six mois à porter mes couleurs sur des faux cheveux, j’ai eu envie de vivre dangereusement et de tenter une coloration bleue.

Notre séparation fut une souffrance de quelques heures entre démêlage, découpage d’élastiques et brossage intensif. J’avais déjà des prédispositions pour être la fille cachée de Tina Turner, mais l’adieu à mes dreads a carrément fait de moi le sixième Jackson Five.

Cette photo est garantie sans trucages, hormis mon talent pour le détourage © l’année 2009.

Après quelques lavages, mes cheveux ont repris une apparence approuvée par la société. Pendant quelques jours, ma tête s’est sentie nue, puis la vie a repris son cours. Je n’ai jamais remis ma toison arc-en-ciel. Par paresse, par envie de changement, ou parce que mon entrée dans la vie active se rapproche dangereusement et que je vois déjà les mimiques atterrées de mes futurs employeurs.

Mais mon paquet de dreads lavées attend tranquillement, quelque part, au fond d’un placard, le jour de son hypothétique renaissance.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • LuhnàTic
    LuhnàTic, Le 16 mars 2015 à 14h31

    Aeanaa
    "Pour reproduire une apparence un peu crado "

    Vive le cliché.

    Merci mais mes dreads naturelles, elles sont propres. Ont est civilisés parfois quand même :)
    Je confirme.
    Et j'aimerais aussi revenir sur un passage dans l'article concernant le lavage :
    "Avec des dreads synthétiques, tu peux (et tu DOIS) continuer à te laver les cheveux tout à fait normalement".
    Je trouve que la façon dont c'est formulé donne l'impression qu'avec des dreads naturelles, on ne peut pas se laver les cheveux alors que ça fonctionne exactement de la même manière. Ca prend juste un peu plus de temps sous la douche (et plus de shampoing...)

    Mais sinon j'ai rien contre les dreads synthétiques. C'est plutôt fun, surtout au niveau des couleurs. Mais je reste team naturel.

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