J’ai testé pour vous… être étudiante en stylisme

La mode, cet univers impitoyable... Beaucoup d'étudiants sont tentés par les études de stylisme, un cursus qui reste tout de même mystérieux pour le commun des mortels. Juliette vous décrit tout ça.

J’ai testé pour vous… être étudiante en stylisme

Entre vérités et idées reçues, je vais vous guider à la découverte des études qui mènent aux sacro-saints podiums !

Comment y accéder ?

Commençons par le commencement. Les études de stylisme sont avant tout des études d’art (eh oui). Pour pouvoir y accéder, il faut soit un bac STI arts appliqués, soit un bac pro métiers de la mode, soit une mise à niveau en arts appliqués (MANAA) ou encore une prépa (qui est du même topo que la MANAA, sauf qu’elle se fait en école privée).

Pour ma part, étant l’heureuse détentrice d’un bac ES (et après une année de droit, mais c’est une autre histoire), j’ai dû passer par une prépa. J’ai poursuivi ma formation de styliste/modéliste dans la même école privée (comptez 8 000€ par an), et je l’achève cette année !

Pourquoi la mode ?

Bonne question. J’avoue être un peu perdue à chaque fois que l’on me demande pourquoi j’ai choisi ce cursus… À force d’y réfléchir, deux réponses me viennent.

Quand j’étais en seconde, j’avais un prof de français absolument brillant, qui, je ne sais plus dans quel contexte, nous a dit que « quand on aime vraiment quelqu’un ou quelque chose, quand on en est passionné, on ne sait pas expliquer pourquoi, on aime, c’est tout ». Ça résume plutôt bien ma pensée sur mon domaine d’activités.

Cela dit, il est vrai que j’ai toujours cherché à m’exprimer, d’une façon ou d’une autre. J’ai essayé pas mal de moyens (peinture, sculpture, dessin…) mais la mode est la seule et unique chose qui permet de m’exprimer autant que je le veux !

Par contre, le côté « hype » du monde de la mode me passe complètement au-dessus. Je n’ai pas choisi la mode pour être hype, pour être (re)connue. Dans ma vie personnelle, je ne suis pas les tendances, j’achète ce que je trouve sympa et ce qui me va, je m’habille pour me plaire à moi, et non pas pour répondre à un style, à une appartenance sociale !

Même si je me tiens au courant des tendances et de ce qu’il se passe sur les défilés, je vous avoue que la Fashion Week n’est pas un événement que j’attends avec impatience, et je ne suis pas du genre à me « looker » à mort pour aller faire la queue pendant 3 plombes dans l’espoir de m’infiltrer au fond d’un défilé (comme le font beaucoup d’élèves de mon école).

Tenue du dimanche normale, pas d’effort particulier.

Je suis surtout intéressée par les défilés de créateurs hors du commun, ceux pour qui la mode est justement avant tout un moyen de s’exprimer, un art, en somme. Je vous invite par exemple à aller voir le travail d’Iris Van Herpen, Viktor and Rolf, ou encore Winde Rienstra !

Un cursus de stylisme-modélisme, ça consiste en quoi ?

Dans mon école nous sommes une promo de 50 à 60 personnes, divisée en deux classes, suivant la spécialisation : design textile ou modélisme.

De la part des spécialisé-e-s textiles, les profs vont attendre plus de motifs, de mélanges de couleurs et de matières, et tout ce qui touche aux effets textiles (teintures, peintures, broderies…).

Les modélistes, eux, seront attendus au tournant dans tout ce qui touche à la technique de la couture, donc les volumes, les superpositions ou simplement des finitions bien plus propres que chez les textiles.

Pour ma part, j’ai choisi la spécialisation modélisme car je n’ai presque aucune sensibilité artistique au niveau des motifs : je les apprécie chez les autres, mais moi je suis une bouse dans le domaine ! J’ai toujours été plus inspirée au niveau de la forme des vêtements que je dessine, et que j’essaie de rendre à la fois minimalistes et spectaculaires.

En 3ème et dernière année, mon emploi du temps hebdomadaire est composé de 12h de cours de modélisme, de 6h de stylisme, 3h de textile, 2h de techno-textile (la « science » des tissus, un cours utile mais quelque peu chiant), 1h30 d’infographie, 3h de communication. Ce qui nous fait une semaine de 27h30 de travail.

Je trouve que ce n’est pas énorme (c’est moins chargé que la deuxième année), mais il y a énormément, non pardon, ÉNORMÉMENT de travail à la maison.

Depuis la deuxième année, je ne compte plus les nuits blanches. Mon record personnel s’élève à 55h sans sommeil (oui madame) pour travailler.

C’est là la clé de ces études : on ne les fait pas par hasard. Ça demande tellement d’investissement personnel, psychologique et physique, que ce n’est pas fait pour tout le monde. Il faut vraiment être passionné-e et être sûr-e de vouloir faire ça de sa vie pour tenir. De toute manière, ceux qui ne le sentent pas s’en rendent compte très vite.

Dans mon école, nous apprenons à créer une collection (enfin, une partie, car une vraie collection ne comprend pas seulement 10 vêtements) du début jusqu’à la fin.

  • Nous choisissons un thème d’inspiration (les galinettes cendrées par exemple).
  • Nous faisons des recherches en dessin pour tout ce qui est forme des vêtements, et des essais textiles (de la teinture ou du tissage par exemple).
  • Nous choisissons, avec notre prof de stylisme, les différents vêtements que l’on a dessinés, et que l’on trouve les plus pertinents à réaliser pour représenter notre univers et notre thème, et avec notre prof de textile, les effets que l’on va appliquer sur les vêtements ou accessoires, et à quels endroits on va les mettre.
  • Nous montrons nos dessins de vêtements sélectionnés à notre prof de modélisme, qui nous donne la marche à suivre afin de les réaliser, d’abord en toile de patronage (un modèle tout simple en coton, pour se faire une première idée).
  • Une fois les vêtements faits en toile de patronage vérifiés et notés, on passe à la réalisation des vêtements dans le vrai tissu.
  • Une fois les vêtements dans les vrais tissus et accessoires terminés, nous faisons un shooting photo avec mannequin(s), photographe, maquilleurs et coiffeurs choisis par nos soins (on se démerde, en gros).
  • En plus des vêtements, nous devons réaliser tout le côté communication et graphisme qui entoure la collection. Ça veut dire avoir un lookbook, un dossier sur notre collection (contenant des images d’inspiration, des dessins et tout le toutim), des cartes de visites et des goodies (du genre posters, cartes postales…).
  • Ensuite, nous arrivons le lundi avec des cernes jusqu’au genoux (et généralement d’humeur massacrante pour ma part), afin que chacun dispose gentiment dans son petit coin ses vêtements sur des portants, et ses dossiers et autres joyeusetés graphiques sur la table devant. Et nous laissons tout ça entre les mains de nos profs qui vont passer à chaque stand pour tout scruter et juger, afin de mieux nous noter, mon enfant !

Voilà comment nos collections sont réalisées et montées (mais nous avons aussi des notes de suivi de dossier (alias « jury », pour les intimes) à peu près tous les mois, sinon c’est pas drôle) !

En 3ème année nous avons deux collections à faire : une prêt-à-porter, rendue en janvier, et une « créateur », à rendre en juin.

Et voilà mes oeuvres ! (photos Justine Roussel)

Pour celles et ceux qui se posent la question : oui, c’est nous qui payons absolument tout le matériel. Oui, en plus des 8 000 euros annuels. Oui, vous pouvez pleurer.

Démêlons le vrai du faux

La mode est un cursus qui souffre de beaucoup de clichés, et il vaut mieux les prendre avec humour, sinon on a pas fini de faire des cacas nerveux. Mais profitons de l’occasion pour en démonter quelques-uns !

  • « Il n’y a que des filles en mode, et s’il y a des garçons, ils sont forcément gays »

Comme d’habitude, il y a du vrai et du faux dans les préjugés. C’est vrai que nous sommes une grande majorité de filles : dans ma classe il n’y a que 4 garçons. Mais sur ces 4, deux sont hétérosexuels, et deux sont homosexuels. Quand tu es un mec et que tu fais de la mode, tu n’es pas automatiquement gay !

  • « Les étudiants en mode ne sont pas des lumières/sont superficiels »

Énorme idée reçue ici. Le fait de s’intéresser et de consacrer ses études/sa vie à un domaine considéré comme « futile » n’oblige pas à s’arrêter de se cultiver à côté, à s’intéresser à d’autres choses ! On peut être étudiant-e en stylisme et être féru-e d’histoire, l’un n’empêche pas l’autre.

Certes, un étudiant de ma promo a demandé très sérieusement à un prof dans quel magasin il pouvait acheter de l’huile de coude. Certes. Mais il ne faut pas généraliser !

  • « T’es étudiante en mode ? Cool ! Tu dois te faire toutes tes fringues alors ! »

Il m’arrive de porter les vêtements que j’ai fabriqués pour mes collections ou mes cours, mais me faire un vêtement toute seule, entre le fromage et le dessert, comme ça, pour le kif, non.

D’abord, parce que la couture et le patronage, ça me prend déjà 12h par semaine, donc dès que je peux faire autre chose (comme manger du pop corn en me grattant les fesses devant South Park, par exemple), c’est avec plaisir, même si j’adore mes études.

Et ensuite parce qu’un vêtement, ça ne se fait pas en un claquement de doigts ! Il faut quand même faire le patron (ou le retrouver dans le bordel de ta chambre) (mais non, je ne parle pas en connaissance de cause, voyons), aller chercher le tissu, le découper, et assembler le tout à la machine.

LA FLEMME.

  • « T’es étudiante en mode ? Alors dis-moi, j’suis à la mode ? »

Oui je suis étudiante en mode, mais ce sont avant tous des études créatives. Je ne fais donc pas de conseil en image, désolée, pour ça il va falloir aller voir Cristina ma chérie !

C’est comme si tu invitais un étudiant en archi chez toi pour lui demander si ta maison est aux normes…

  • « En mode, il y a tellement de compétition qu’il doit y avoir une sale ambiance dans ta classe »

Eh bien, non. La compétition, je ne la ressens même pas, pour être honnête. Comme dans toutes les classes, il y a des groupes, car les affinités se font naturellement, mais tout le monde s’entend bien dans l’ensemble. J’ai mon groupe d’amis, et j’ai d’ailleurs de très bonnes amies, que je reverrai après la fin de mes études, et qui ont une place importante dans ma vie.

Il est vrai que dans certaines promos avant la mienne, il y avait des ambiances propices à des insultes et provocation gratuites pendant les cours, ou de sales histoires de vêtements découpés avant les jurys…

Soit j’ai de la chance avec ma promo, soit celles des années précédentes étaient maudites, mais comme partout, quand on passe 5 jours sur 7 ensemble, il y a des moments où l’ambiance est moins au beau fixe, c’est normal.

Moi aussi, en arrivant dans l’école, j’avais des peurs et préjugés sur les études de mode. C’est normal car elles ont mauvaise réputation, mais comme d’habitude les rumeurs ont toujours tendance à diaboliser/dramatiser la réalité !

Les études de mode sont assez spéciales, comme toutes les études d’art et de création de toute manière. Mais quand on aime ça, qu’est-ce que c’est épanouissant !

Je conseille vraiment à toutes celles qui hésiteraient d’aller aux portes ouvertes des écoles que vous visez, ou de parler avec des personnes qui sont elles-mêmes dans ces cursus (moi par exemple). Rien de mieux pour vous éclairer que de parler aux étudiant-e-s qui vivent la chose de l’intérieur !

À lire aussi : j’ai testé pour vous… être stagiaire dans la mode

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ka-Pow!
    Ka-Pow!, Le 1 mai 2014 à 16h18

    roppongi;4709299
    L'article est intéressant pour ce qui concerne l'aspect études, mais j'ai l'impression qu'il aurait beaucoup gagné à être étoffé sur les débouchés professionnels. :fleur:

    Je suppose que vous ne sortez pas tout stylistes dans le prêt-à-porter ou la mode, alors qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qui vous attend après ? Est-ce que vous faites des stages, où, etc...

    Ce n'est pas la partie la plus fun, mais c'est sans doute la plus capitale, a fortiori au vu de l'investissement financier :cyclope:
    http://www.esmod.com/fr/content/les-metiers-de-la-mode

    En espérant que ça puisse t'aider :)

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