J’ai testé pour vous… bosser sur des défilés de mode

Les défilés de mode, les flashes des photographes, les vêtements hors de prix, ça peut faire rêver... mais comment se passent les choses en coulisses ? BadGipsy vous l'explique !

J’ai testé pour vous… bosser sur des défilés de mode

Je suis hôtesse, et j’ai la chance d’être dans une super agence qui nous offre des missions très diversifiées, mais surtout vraiment chouettes ! Chaque fois, on part un peu à l’aventure. Et cette fois-ci, l’histoire se déroule dans le monde enchanté de la mode. Ou plutôt des nichons. Vous allez voir pourquoi.

Le rôle qui nous est assigné est simple : nous sommes habilleuses pendant une semaine sur des défilés de lingerie et maillots de bain. Les locaux sont fous, c’est une plongée immédiate dans un univers parallèle. Vous voyez les petites cours, souvent pavées, au coeur de plusieurs immeubles ? Eh bah eux ils ont foutu une verrière tout en haut, accroché un immense panneau lumineux au nom de la marque en plein milieu, et ont installé la piste de défilé, entourée des tables pour les clients prestigieux, sur le sol d’une de ces cours ! Bref, ils ont trois ou quatre édifices transformés en lieu clos. Je suppose que c’est nécessaire, tout semble être centralisé en cet endroit. La petite pièce où on peut se faire des cafés et grignoter des viennoiseries se trouve juste à côté des ateliers de confection ! On peut voir les tissus qui composent les pièces pendouiller un peu partout, encore dénués de forme et d’âme.

Tout le monde tout nu !

Après la visite, nous sommes orientées vers la salle où nous allons passer la semaine. La « cabine », dans leur jargon. Nous entrons innocemment, et oh surprise, plein de grandes mannequins très jolies, presque nues, qui se baladent en papotant, le téton libre, et le frifri vaguement protégé par un string microscopique de couleur beige. À peine remises de nos émotions, on nous attribue un portant et le mannequin qui va avec. Comme aucune de nous n’a été habilleuse, on nous explique rapidement de quoi il retourne. Il y a quatre ou cinq défilés par jour, on a une petite fiche avec l’ordre de passage des tenues, on a 20 secondes entre chaque passage, et il faut présenter les fringues au mannequin de la façon la plus pratique possible, puis l’habiller comme un enfant, ou comme une poupée, en fermant tout ce qu’il y a à fermer, en vérifiant qu’aucune étiquette ne dépasse, que le téton est bien aligné avec la couture, et qu’il n’y a pas de plis.

Nous combattons notre timidité, les yeux dans les seins du mannequin à qui nous arrivons à l’épaule, et faisons quelques essais pour découvrir la meilleure manière de collaborer dans ce challenge de l’habillage le plus rapide et le plus parfait possible.
Le rythme de travail est agréable : un défilé de cinq minutes pendant lequel c’est le gros rush, enrobé de stress, puis une heure et demie où tout le monde papote, bouquine, dort sur la moquette, et ensuite un autre défilé. Il y a parfois quelques clients qui demande à voir tel ou tel maillot porté, mais l’ambiance est surtout aux Voici, magazines de mode en tout genre et Nouveau Détective, ainsi qu’aux ragots sur les célébrités et anecdotes sur les rares (et adulées) rencontres avec celles-ci. Ce ne sont pas des sujets qui me passionnent habituellement, mais on se laisse vite emporter par la légèreté des propos.

Au bout d’un moment, les musiques se sont incrustées dans notre cerveau, on les chante constamment. À voix haute quand elles passent, dans nos têtes pendant la nuit… Les gestes sont devenus tellement mécaniques, du fait de leur aspect répétitif, qu’on rêve défilé. On se réveille en sursaut persuadée de s’être trompée d’ordre dans les tenues.
C’est aussi là qu’on prend toute l’ampleur de l’expression anglo-saxonne « to flash someone » (qui signifie, en gros, montrer brusquement une partir de son corps à quelqu’un) : à chaque retour en cabine pendant les défilés, les mannequins entrent, le menton haut, torse bombé, en s’arrachant le haut à deux mains, nous envoyant l’image de leur poitrine en pleine face. C’est très impressionnant. Au fait, vous connaissez le mythe de l’homme posté à l’entrée de la piste, un glaçon à la main pour faire tétonner les demoiselles ? Eh bien c’est faux. En réalité, les mannequins s’auto-tripotent, eh oui.

Des femmes comme les autres… à l’assurance extraordinaire

À première vue, les femmes qui défilent sont grandes, minces, belles, et, EN PLUS, très très très sympathiques. Au second regard, elles sont tout aussi adorables, mais on se rend compte que la perfection n’existe pas. Elles ont de la cellulite sur la zone maudite cucul/cuissot, de petits boutons dans le dos et sur les fesses, le corps parfois un peu flasque… Bref, tous les aléas inhérents à un corps humain. De plus, elles ne sont pas extraordinairement bien foutues. Elles sont joliment minces, certes, mais leurs corps n’est pas forcément l’expression divine de tous les canons de beauté. Il me semblait d’utilité publique de partager cette information avec les femmes du monde entier.

Par contre, au moment où elles entrent en piste, une transformation s’opère. Elles relèvent la tête, imposent un maintien à leur buste, leur regard s’emplit de défi et de séduction, leur pas se fait félin… Et de « mignonnes mais banales » elles deviennent littéralement éblouissantes. Comme quoi, c’est vraiment l’assurance, le fait de se sentir bien dans son corps et de sembler gueuler au monde entier que rien ne changera cela qui fait la beauté. C’est un truc qu’on nous rabâche depuis des lustres, mais qui est devenu tellement cliché qu’on en oublie à quel point c’est vrai.

C’est donc une expérience vraiment intéressante. Tout cela a un côté fascinant, détaché des réalités quotidiennes. Mais paradoxalement, cela nous a permis de nous rappeler des choses essentielles. Comme de cesser d’être trop dur et exigeant avec nous-mêmes. Plus superficiellement, à la fin de cette semaine, on ne remarque même plus la nudité, on éprouve une haine farouche pour les chansons qui rythment les défilés, et on est devenues des expertes du maniement de cintre. Parfait pour les soldes.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Reunee
    Reunee, Le 8 août 2012 à 6h23

    J'ai beaucoup aimé ton article et je voudrais savoir si il serait également possible que tu me donnes le nom de cette agence s'il-te-plaît car je suis également étudiante sur Paris et je recherche un petit boulot sympa (en plus je suis passionnée de mode :d). Merci, et bonne continuation!

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